24 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (4)

Bibliographie

Mara Lobo, Parc industriel, São Paulo

Pagu (Mara Lobo) qui vient
de publier avec grand succès
son roman Parque industrial
Parc industriel, au commencement d’une littérature anémique, pauvre en couleur et en vibration, comme l’est la littérature brésilienne, présente une saveur et une violence impressionnantes.
Mara Lobo, le nom qui apparaît comme étant celui de l’auteur de Parc industriel, n’est rien d’autre qu’un pseudonyme. Et ce pseudonyme dissimule Pagu, cette curieuse et admirable Pagu, qui se révélait il y a peu, à São Paulo et Rio, une femme de culture et d’action.
Réellement, Pagu a eu une vie singulière, dans ce pays. D’hier date sa campagne d’O Homem do Povo, campagne qu’elle mena aux côtés d’Oswald de Andrade, et qui s’acheva en un grave conflit.
Ensuite elle se prolétarisa, enfila la blouse de l’ouvrière, travailla en usine. C’est de cette phase que lui sont restées les impressions qui, condensées en un livre, donnèrent ce roman rapide, expressif, vibrant, clair, qu’est Parc industriel.
Livre prolétaire, roman dans lequel évoluent des ouvriers malheureux et des millionnaires inconscients — Parc industriel est un cri, une protestation qu’il faut prendre en considération.
Du succès que le livre rencontre actuellement, peut témoigner le fait suivant : sorti il y a un peu plus d’une semaine [sic], il fait déjà l’objet d’une deuxième édition.

(Anonyme, « Bibliografia / Mara Lobo, Parque industrial, S. Paulo »,
Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, mardi 24 janvier 1933, p. 7.)

Dans le texte : ill. et légende originales.



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

19 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (3)

Panorama
par Ary Pavão

Parc industriel, roman prolétaire… Tant que « les employés des tissages déchiffrent sur le crâne de la crevette impérialiste » que São Paulo est le plus grand centre industriel de l’Amérique du Sud, on croit encore à Mara Lobo, mais, dès que la « petite Italienne matinale » adresse certain salut expressif au tram, le nom de la couverture du livre disparaît comme par enchantement, pour laisser apparaître à sa place — Pagu — avec la violence et l’éclat de son tempérament révolutionnaire. Puis c’est le Brás avec ses usines, ses cheminées puissantes, ses mendiants, ses enfants en haillons, ses apôtres anonymes ; la rue de l’amertume, enfin… cette même rue de la vie facile, que les heureuses créatures font « paver de diamants, pour que s’y promène leur amour »…
« Travailleuses à l’aiguille », les humbles petites couturières qui lèchent les vitrines des maisons élégantes de la rue Barão de Itapetininga, pleines d’envie devant les gourmandises exposées… Araignées tristes qui tissent les robes coûteuses des autres femmes, sans pouvoir les porter. Un jour, voilà qu’arrive l’élégant coupé sport qui ne manque jamais de faire son apparition là où il y a de jeunes ouvrières faméliques. Après la garçonnière, l’abandon, la honte… La lutte des classes dans tous les secteurs. La séance du syndicat régional est une page extraordinaire. Le compagnon Miguetti qui est un agent de la police, et qui se rend à la réunion dans l’unique dessein d’interrompre les orateurs et de les dénoncer à l’Ordre Politique et Social, est une figure obligée dans toutes les sociétés ouvrières du Brésil. Le jour où les travailleurs mettront à la rue tous les Miguetti qui vivent parmi eux, je ne dis pas qu’ils augmenteront le volume de leurs revendications, mais ils diminueront considérablement leurs ennuis. Miguetti est une institution nationale. Il débute comme prolétaire, devient agent infiltré et finit propriétaire et persécuteur de ses anciens compagnons…
Le noir Alexandre, que la cavalerie de l’Ordre a un jour assassiné, est une autre figure impressionnante et bizarre du livre de Pagu. Et les deux petits noirs, Carlos Marx et Frederico Engels, que la vieille paralytique a commodément brésilianisé en Marcos et Enguis ?... Et toute une somme de choses délicieuses. Otávia, Alfredo et Eleonora — les principales figures du roman —, on les connaît. Les deux premiers évoluent par ici, heureux des idéaux qu’ils ont embrassés. Eleonora est restée à l’Esplanada, attendant sa nouvelle toilette* pour un gala de charité. De temps à autre, peut-être, la visite une légère nostalgie du temps passé. Mais le sifflement des usines est une musique fort malcommode aux oreilles habituées aux orchestres des hôtels de luxe… Et elle chasse les mauvaises pensées en commandant un autre Martini…
Roman rapide, couleurs fortes, personnalité. Même pour ceux qui, comme moi, ne participent pas au courant d’idées qui l’a inspiré, Parc industriel de Pagu est un livre qui se lit avec plaisir. Impropre aux enfants et aux jeunes filles — comme tout livre qui contient des idées — il intéresse, parce qu’il peint avec une notable simplicité les aspects les plus désolants de cette lutte terrible que les inégalités humaines ont créée entre les différentes couches sociales.
N’était la présence de certains termes que les dictionnaires civilisés ont bannis de leurs pages, par incapacité esthétique, je conseillerais à tout le monde la lecture de ce livre. Il y a des créatures, toutefois, que leur sensibilité empêche de lire ou d’entendre certains mots… quand bien même nous les avons tous à l’esprit, en un stock imposant, pour les déverser — quoique mentalement — sur ceux-là qui se mettent en travers de notre chemin, ou qui tentent, d’une certaine manière, de diminuer notre part de bonheur…

(A. Pavão, « Panorama »,
Diário Carioca, Rio de Janeiro, jeudi 19 janvier 1933, p. 4.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

7 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (2)

Le livre de la semaine
Dans le sous-sol du parc industriel
par Geraldo Ferraz

Le livre de Mara Lobo, Parc industriel, est sorti samedi 31 décembre, avec une publicité disant qu’il s’agit d’un roman prolétaire, le premier de 1933.
C’est une anticipation de la nouvelle année qui a illustré les vitrines des librairies avec le sérieux cinématographique noir et blanc de la couverture horrible, antipathique, du livre de Mara Lobo.
Je n’ai même pas besoin de le lire pour écrire ici qu’il ne s’agit pas d’un roman prolétaire. La qualification, qui est expliquée par la préface (« la statistique et l’histoire de la couche humaine qui soutient le parc industriel de São Paulo, et qui parle la langue de ce livre, se trouvent, sous le régime capitaliste, dans les prisons et dans les baraquements ouvriers, dans les hôpitaux et dans les morgues ») de la 5e page, ne correspond à aucun modèle littéraire existant. Cela a été suffisamment expliqué dans une note du Diário da Noite, à la publication du livre de Paulo Torres, des poèmes dits également prolétaires. En résumé, le contenu peut avoir un sens révolutionnaire (révolution prolétaire) mais il ne s’agira pas pour autant d’une œuvre prolétaire. Celle-ci ne sera possible que sous le régime déterminé par la révolution prolétaire, et elle devra correspondre aux conditions sociales et humaines qui en découleront, etc.
Le livre de Mara Lobo est un roman de sens révolutionnaire. Pour ce faire, l’auteur a sélectionné certains éléments et a réalisé, dans une forme toujours intéressante, un notable travail littéraire, dans la succession des épisodes du récit.
Ces éléments sont bien distribués et sont le résultat passionnément exposé du choc des vies qui palpitent dans le sous-sol du parc industriel. C’est la ville des travailleurs qui s’entraperçoit avec son fleuve Tietê, ses rues de résidences ouvrières, l’âpreté de la journée, dans l’atmosphère enfumée par les hautes cheminées d’usine. L’insistance des métiers à tisser jusqu’aux machines à coudre où s’éreintent les filles du parc industriel. Logements collectifs et syndicats en pleine séance. L’attitude de M. L. au côté du Parti contre l’Opposition, parfaitement manifestée. Et toute la question sexuelle avec sa somme de causes, conséquences et conflits. Quelques mots par trop grossiers, dénonçant une préoccupation littéraire néfaste. Roman du parc industriel pauliste, roman pauliste. Complète opposition au roman carioca de Lima Barreto et sa dernière édition, Marques Rebelo. Souvenir d’Oswald de Andrade 1e phase, Les Condamnés (de la Trilogie en souffrance), jusque dans certains épisodes. Sans plagiat. Mais admirable de couleur bien locale — si différent de la Bagaceira du ministre des Transports, Zé Américo.
Des lignes d’eau-forte dans certaines descriptions :
« Le Tietê trouble. Barques à l’ancre et en transit, chargées de troncs et de gros hommes aux chemises à haut col couleur cannelle. Ils s’installent.
« Le bac qui grogne de ses engrenages rouillés. Elle mouille sur l’herbe trempée le tissu bon marché de son manteau à la doublure usée. Ses cheveux noirs s’entortillent autour des lianes. Terre, morceaux de charbon. »
Et la lumière des projecteurs balaye incisivement la scène, les spectateurs, tout le mouvement du parc industriel, sous-sol obscur d’où surgissent les détails des masques tragiques, des moments angoissants des meetings, place de la Concórdia, des mouvements de bas en haut, dans la force d’aurores que l’on commence à pressentir, sur la ligne de l’horizon…
Ce n’est plus la littérature sambinette de Mário de Andrade Conservatoire. Les âneries de Coelho Neto pour Prix Nobel. Les sirops anglais de Machado de Assis. C’est la vie humaine en conflit avec les conditions qui encadrent les relations du capital et du travail, dans la lutte en perspective. Les débuts d’écrivain les plus beaux et les plus courageux de cette délicieuse fin 1932. Malgré tous ses défauts. Peut-être pour cela-même, une jeune sincérité.

(G. Ferraz, « O livro da semana / No subsolo do parque industrial »,
Correio de S. Paulo, samedi 7 janvier 1933, p. 2.)


N.B. : Cet article méconnu, qui constitue la toute première recension du roman dans la presse de l’époque, est signé par un proche, appelé qui plus est à occuper le premier plan de la biographie de Pagu. Le journaliste et romancier Geraldo Ferraz (1905-1979) s’était d’abord signalé comme secrétaire de rédaction de la Revista de Antropofagia (2e phase, 1929) d’Oswald de Andrade, et avait collaboré ponctuellement à O Homem do Povo (1931), le journal d’Oswald et Pagu, fondant et dirigeant lui-même un autre journal de gauche également radical, O Homem Livre (22 n°, mai 1933-février 1934). C’est avec sa complicité que Pagu, condamnée début 1936, s’évadera avant la fin de sa peine de 2 ans d’emprisonnement, en 1937, avant d’être arrêtée et nouvellement condamnée en 1938. À sa sortie définitive de prison, en 1940, G. Ferraz la recueille et l’épouse. Ils passeront ensemble le reste de leur vie, partageant un même engagement, à commencer par leur collaboration au journal du trotskiste Mário Pedrosa, Vanguarda Socialista (1945), et signant ensemble le roman anti-stalinien A Famosa Revista (1945), le deuxième et dernier roman publié par Pagu.



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

31 décembre 2014

Les couvertures du (post-)modernisme brésilien / Lancement Pagu


Mara Lobo
[Patrícia Galvão, dite Pagu, 1910-1962]
Parque industrial
(Romance proletário)
São Paulo, s. n., 1933
145 p.

Couverture anonyme, attribuée à Lívio Abramo (1903-1992).

Pas d’achevé d’imprimer, pas de justification de tirage. Ouvrage diffusé à partir du 31 décembre 1932 ; 2e tirage supposé en janvier 1933.

*
Mise à jour :

14 décembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou presque)


Jean Gravigny
[Fernand Aubier (1876-1961)]
Montmartre en 1925
Édition définitive augmentée de quelques notes curieuses
et particulièrement d’une étude plus complète sur la galanterie à Montmartre
Paris, Éditions Montaigne, « Coll. du Gai Savoir » (n°1), 1925
14x19 cm, 181 p.

Couverture en couleurs et dessins de Vicente do Rego Monteiro [1899-1970].

Achevé d’imprimer le 29 avril 1925 sur les Presses des artisans imprimeurs, F. Lefèvre directeur (23, rue de la Mare, Paris).

13 octobre 2014

Là où il faut être (rappel)

Plus que quelques semaines pour visiter l’exposition « Modernités plurielles » du Centre Pompidou et y trouver :

des toiles
de
Tarsila do Amaral
(la fameuse et trop rare Cuca !),
Vicente do Rego Monteiro,
Emiliano Di Cavalcanti,
et
Lasar Segall,

Tarsila, A Cuca (1924)


des textes et citations
de
Oswald de Andrade,
Mário de Andrade,
Flávio de Carvalho,
et
Luís Aranha*,


la revue Klaxon
et
les catalogues dexposition de Tarsila à Paris.

Tout cela, pêle-mêle, dans les salles contiguës « Anthropophagie » et « Futurisme international ».

Qu’on se le dise.


* Avec 3 vers tirés du « Poème Pythagore », qui ne se seraient jamais trouvés là, de fait, sans l’édition française de Cocktails (Poèmes choisis), suivi d’une étude par Mário de Andrade, choix, trad., préf. et notes par A. Chareyre, Toulon, La Nerthe, « Collection Classique », 2010, 116p., 20€. [présentation ici : http://boisbresilcie.blogspot.fr/2010/11/qui-connait-luis-aranha.html]

Exposition : « Modernités plurielles, 1905-1970 » (commissaire général : Catherine Grenier ; commissaires associés : Clément Chéroux, Cécile Debray, Michel Gauthier, Aurélien Lemonier), Centre Pompidou (niveau 5), du 23 octobre 2013 au 26 janvier 2015.
Catalogue : C. Grenier (dir.), Modernités plurielles, 1905-1970, 256p., 300 ill. (album, même titre, 60p., 100 ill.).

Première recension de cette partie de l’exposition, ici-même :
http://boisbresilcie.blogspot.fr/2013/10/la-ou-il-faut-etre.html

8 octobre 2014

Luis Aranha à l'université : cocktail ! (événement ajourné)

Voix singulière de la génération moderniste de 1922, proche de Mário de Andrade, collaborateur de KlaxonLuís Aranha (1901-1987)  « le taciturne », comme l’écrivit Blaise Cendrars qui ne croyait peut-être pas si bien dire  abandonna toute ambition littéraire vers 1924, définitivement. Son œuvre  un petit ensemble de 26 poèmes archivés sitôt réunis sous le titre Cocktails , restée à létat de tapuscrit et promise à l’oubli, amplement commentée par Mário de Andrade en 1932, fut publiée en volume pour la première fois (et dernière ?) en 1984 au Brésil, traduite en français en 2010*, puis en espagnol en 2012… Figure presque parfaite, en somme, de linédit et du posthume.
Or voilà que la poésie discrètement incontournable de Luís Aranha fait l’objet d’une thèse universitaire qui promet, enfin, d’en proposer une analyse et une interprétation véritables, nécessaires, attendues.

Soutenance de thèse
en Théorie et Histoire littéraire

Uma leitura de Cocktails
Justaposição de imagens e associação de ideias
na poesia de Luís Aranha

par Júlio Bernardo Machinski

sous la direction de
Maria Eugênia Boaventura

le 14 novembre 2014 à 14h30
à l’Instituto de Estudos da Linguagem
de l’Universidade de Campinas (IEL-Unicamp)

Membres du jury :
Leandro Pasini (UNIFESP)
Ivan Francisco Marques (USP)
Augusto Massi (USP)
Rui Moreira Leite (USP)

Résumé :
À travers ses poèmes à caractère moderniste, dont le registre lyrique se fonde sur la réélaboration d’emprunts aux expressions poétiques des avant-gardes européennes, Luís Aranha propose une reconstitution dionysiaque et critique, fondée sur l’ironie et l’humour, du processus de transformation du paysage urbain de São Paulo, ainsi que des modes de vie au début du XXe siècle, conséquence du soudain développement technologique de la dite seconde révolution industrielle. À cette fin, le poète a recours, en particulier, aux procédés formels futuristes et cubistes que sont le collage, la rupture syntaxique, la juxtaposition d’images et l’association d’idées. De la sorte, Aranha contribue de manière significative au renouvellement du code littéraire brésilien en un moment de transition entre la poésie post-romantique et la poésie moderniste. Ce travail analyse un ensemble de dix poèmes choisis dans Cocktails, en suivant le dialogue établi par Luís Aranha avec quelques noms de la poésie française moderne, en particulier Rimbaud, Cendrars et Apollinaire. [trad. A. C.]


* En librairie :
Luís Aranha, Cocktails (Poèmes choisis)
suivi d’une étude par Mário de Andrade
Choix, trad. du portugais (Brésil), préf. et notes par Antoine Chareyre
Toulon, La Nerthe, « Collection Classique », 2010, 116p., 20€

Faute d’être à Campinas pour assister à cet événement, on reliera également la préface de Juan Manuel Bonet à l’édition espagnole de Cocktails, traduite en français ici :
http://boisbresilcie.blogspot.fr/2012/06/propagande-transatlantique-8.html


Le blog Bois Brésil & Cie se proposera de rendre compte, prochainement, des principaux apports de cette thèse.

7 septembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou ce qu’il en reste)


Renato Almeida
[1895-1981]
Velocidade
[essai]
Rio de Janeiro, Edição Schmidt, 1932
13x19 cm, 133 p.

Achevé d’imprimer le 16 novembre 1932 sur les machines de la Gráfica Kosmos (Rio de Janeiro).


6 septembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou ce qu’il en reste)


Guilherme de Almeida
[1890-1969]
Meu
(Livro de estampas)
[poèmes]
São Paulo, chez l’auteur, 1925
14x19 cm, 90 p.

Couverture illustrée par Paim [Antonio Paim Vieira, 1895-1988].

Achevé d’imprimer le 10 avril 1925 à la Tipografia Paulista de José Napoli e Comp. (São Paulo), avec 4 ex. sur papier Fabriano numérotés et signés par l’auteur.

5 septembre 2014

(Hommage à Mário de Andrade, l’apprenti photographe)

N.B. : Rentré tout chaud du Brésil, le rédacteur du blog Bois Brésil & Cie reprend ses activités intermittentes.

2 juillet 2014

Propagande transatlantique - Copinage pan-latino-américain



Urbe 1924
Metropolis 1929
City 2010
Métropole 2013


Vient de paraître, en anglais et comme hors de saison (?), une intéressante réflexion critique sur le recueil fameux du stridentiste mexicain Manuel Maples Arce, l’inénarrablement intitulé Urbe (Super-poema bolchevique en 5 cantos) (1924), en écho à la nouvelle traduction américaine du poème par Brandon Holmquest, City, parue en 2010 chez Ugly Duckling Presse (New York), laquelle vint succéder à celle de John Dos Passos, Metropolis, lancée dès 1929 (par ailleurs reprise dans l’anthologie de Jed Rasula et Tim Conley, Burning City : Poems of Metropolitan Modernity, chez Action Books en 2012).

Ça se passe en ligne, sur The Volta Blog, et c’est signé Zoe Tuck :

Pendant ce temps, on peut lire en français (et en espagnol) ce Métropole ainsi que toute la poésie stridentiste de Maples Arce, depuis 2013 grâce au Temps des Cerises (et à quelques critiques attentifs) :

Qu’on se le dise !

29 juin 2014

Un poème

RIO DE JANEIRO
par
Oliverio Girondo


La ville imite, dans le carton, une ville de porphyre.

Des caravanes de montagnes campent dans les environs.

Le « Pain de Sucre » suffit à napper de sirop toute la baie….. Le « Pain de Sucre » et son téléphérique, qui va perdre l’équilibre faute d’une ombrelle de papier.

Avec leurs faces peinturlurées, les constructions sautent les unes par-dessus les autres et quand elles sont en-haut, elles redoublent d'ardeur, pour que les palmiers leur donnent un coup de plumeau sur le crâne.

Le soleil ramollit l’asphalte et les fesses des femmes, fait mûrir les poires de l’électricité, souffre un crépuscule, sur les boutons d’opale que les hommes utilisent jusque pour fermer leur braguette.

Sept fois par jour, on arrose les rues avec de l’eau de jasmin !

Il y a de vieux arbres pédérastes, fleuris de roses thé ; et de vieux arbres qui avalent les gamins qui jouent à l’arc sur les promenades. Des fruits qui en tombant font un trou énorme sur le trottoir ; des noirs qui ont des peaux de tabac, les paumes des mains faites de corail, et des sourires insolents de pastèque.

Pour seulement quatre cents mil-réis on commande un café, qui parfume tout un quartier de la ville pendant dix minutes.

RIO DE JANEIRO, NOVEMBRE 1920.



Poème trad. de l’espagnol (Argentine), tiré de Oliverio Girondo, Veinte poemas para ser leídos en el tranvía [Vingt poèmes à lire dans le tramway], ill. de l’auteur [peintes par Ch. Keller], éd. achevée d’imprimer le 15 décembre 1922 sur les presses de Coulouma, à Argenteuil, tirée à 850 ex. numérotés, sur papier Vélin pur fil Lafuma, et 150 ex., sur le même papier, hors commerce, signés par l’auteur, 24x32cm, n. p.

3 juin 2014

Là où il faut être

# Rendez-vous
le samedi 14 juin à 15h
sur le stand du Temps des Cerises
au 32e Marché de la Poésie
(place Saint-Sulpice, Paris 6e)
pour une
signature,
par son traducteur même,
du livre :

Manuel Maples Arce
Stridentisme !
Poésie & Manifeste
(1921-1927)

Édition bilingue & illustrée

Éd. & trad. de l’espagnol (Mexique)
par Antoine Chareyre


Le Temps des Cerises (Paris), coll. « Commun’art »
16 x 16 cm, 372p., 25€
(paru le 14 novembre 2013)

# 4e de couverture :
Mexico, 1921 : un jeune poète placarde au coin des rues un confondant Comprimido estridentista, synthèse des multiples « ismes » d’Europe à l’usage du Mexique postrévolutionnaire. Avec ce manifeste, Maples Arce (1900-1981) fonde le Stridentisme, l’une des premières et des plus significatives avant-gardes d’Amérique latine. Une demi-décennie durant d’agitation culturelle, de nouveaux manifestes collectifs et de revues éphémères, il publie les recueils Andamios interiores, poemas radiográficos (1922), Urbe, super-poema bolchevique en 5 cantos (1924) et Poemas interdictos (1927). Au-delà des pièces d’anthologie, le présent volume entend donner à lire ces textes essentiels d’un auteur longtemps mésestimé, mais aussi, au gré d’un appareil critique, documentaire et iconographique fourni, à comprendre et à voir un mouvement encore méconnu en France. Ami de Diego Rivera et des muralistes, tôt salué par Borges, traduit par John Dos Passos, tiré des archives par Roberto Bolaño, le chef de file du Stridentisme méritait sans doute les soins de cette première édition d’ensemble en français.

# extraits de presse sur l’ouvrage :

Ouvrage publié avec le soutien du Programme d’Aide à la Traduction (PROTRAD) dépendant d’institutions culturelles mexicaines, et du Centre National du Livre (CNL).

29 mai 2014

Jouons un peu

Fort du nombre de ses non-lecteurs, jamais démenti et en hausse constante, le blog Bois Brésil & Cie. lance en toute inconscience ce grand jeu-concours :

Quel est le point commun
de ces trois ouvrages ?


(Les réponses, dûment justifiées et documentées, seront postées sous la forme de commentaire au présent message.)

21 mai 2014

La critique d'avant-hier soir

« Le sous-titre dont M. Paulo Prado accompagne son Portrait du Brésil nous donne la clef de son livre : c’est un essai sur la tristesse brésilienne. Cette tristesse est un fait : autochtones et voyageurs s’accordent à le reconnaître. […] Les pages que M. Paulo Prado consacre à [la conquête] sont si remarquables que nous ne pouvons qu’exprimer le profond regret qu’elles ne soient point accessibles au lecteur. En effet, l’ouvrage de M. Paulo Prado n’est pas traduit. Ne se trouvera-t-il pas quelque éditeur pour combler cette lacune ? […] son livre est un livre d’amour. C’est le livre d’un homme qui aime son pays et souffre de le voir encore “endormi dans son rêve colonial”, ne pressentant pas “le péril de rester en marge” de tout ce que peut apporter un état de choses nouveau qui, conclut l’auteur, permet tout au moins d’avoir “confiance en un futur qui ne peut être pire que le passé”. Et, à elle seule, cette mélancolie justifierait le titre de son livre. »

(Mathilde Pomès, « Les livres », La Renaissance de l’art français et des industries de luxe (Paris), vol. XIX, n°6, juin 1936, p. 50-51)

En préparation :
Paulo Prado
Portrait du Brésil
(Essai sur la tristesse brésilienne)
trad. du portugais, notes et présentation par A. Chareyre

Vien(nen)t de paraître

Brésilographies


C’est en un mois de mai (1500) que se trouvait conclue la découverte du Brésil, « par hasard », par la flotte de Pedro Álvares Cabral partie pour les Indes, une trouvaille qui se trouva attestée dans la lettre de Vaz de Caminha à Dom Manuel Ier, roi du Portugal. Première relation de voyage au Brésil, invention tout à la fois d’un pays et d’une littérature, et date fondatrice d’une grande tradition d’émerveillement comme de perplexité, sans cesse renouvelée — Oswald de Andrade, dans le Manifesto da Poesia Pau Brasil de 1924, n’entendait-il pas raviver cette « joie de l’ignorance qui découvre » ? retombant en enfance dans le poème « Le 3 mai » : « J’ai appris avec mon fils de dix ans/ Que la poésie est la découverte/ Des choses que je n’ai jamais vues »… Et c’est en un autre mois de mai (2014) que paraissent coup sur coup deux ouvrages qui viennent nous rappeler à quel point cette fabrique textuelle du Brésil fut aussi une grande affaire française, avec ses grandes heures et ses errements, depuis le mystérieux navigateur Binot Paulmier de Gonneville, parti à son tour pour les Indes et abordant lui aussi par accident, tiens donc, les côtes brésiliennes en 1504. Ensemble, ils témoignent de la richesse et de la permanence de cette « relation » privilégiée, cet imaginaire français du Brésil. D’un côté, les 1231 pages de l’anthologie conçue par le spécialiste de la question, Régis Tettamanzi, Le voyage au Brésil (Anthologie de voyageurs français et francophones du XVIe au XXe siècle), nous invitent, à travers une table des matières pléthorique et particulièrement concertée, à une exploration en tous sens, au gré d’itinéraires historique, géographique, thématique et culturel, bien au-delà des synthèses ou simplifications vulgarisatrices. On y retrouvera, à côté de certaines pages consacrées, maints textes oubliés et toujours édifiants, significatifs de dispositions variées, signés par des auteurs les plus divers, de toutes les époques et de tous les métiers, religieux missionnaires, navigateurs, aventuriers, historiens, géographes, scientifiques, ethnologues ou sociologues, diplomates, artistes, poètes, littérateurs et essayistes, reporters… De l’autre, et comme une continuation, le journaliste Patrick Straumann, à qui l’on doit déjà deux volumes sur Rio de Janeiro et sur l’art baroque de l’Aleijadinho, réassume et actualise cette posture du voyageur français et en retient La meilleure part (Voyage au Brésil), une brève synthèse, entre l’essai et le récit de voyage. Ces deux publications ouvrent à leur façon une période où l’on va beaucoup parler du Brésil, et éditer à tour de bras (ça a déjà commencé).

Régis Tettamanzi (éd.), Le voyage au Brésil (Anthologie de voyageurs français et francophones du XVIe au XXe siècle), Robert Laffont, « Bouquins », 2014, 1231p.
Patrick Straumann, La meilleure part (Voyage au Brésil), Chandeigne, « Lusitane », 2014, 118p.