25 juillet 2021

L’Alamblog devise sur Alcântara Machado

Non content d’avoir semé l’inquiétude dans le petit monde du livre, au printemps dernier, en alertant tout un chacun de l’apparition alors imminente de L’oncle d’Amérique (lire l’épatant billet du 20 avril), Éric Dussert alias le Préfet maritime a eu le bon goût de lire Brás, Bexiga etc. d’Alcântara Machado, et le chic d’en rendre compte derechef sur L’Alamblog, dans la catégorie « Les vrais coupe-faim », ce 24 juillet.

Cet intelligent billet tout plein de rapprochements inspirants se lit par ici, et la conclusion est sans appel : « Les nouvelles du volume, annotées avec gourmandise par le traducteur-éditeur, démontrent qu’on avait tort d’ignorer ce Brás, Bexiga et Barra Funda, informations de São Paulo, une pièce remarquable de la littérature du siècle dernier. »

20 juillet 2021

En vogue

Vous voulez du roman prolétarien ? dans une veine féministe ? et du monde entier ?
En voici :


(De gauche à droite et par ordre de première publication en langue française :)


(N. B. : Ces trois livres, en dépit de ressemblances parfois frappantes, n’ont pas reçu le même accueil lors de leur parution en français. Rien n’est perdu pour qui sait tirer les bons fils. Des fois qu’un(e) libraire inspiré(e) voudrait faire une table thématique...)

À propos de Tarsila

À lire sur Diacritik depuis le 19 juillet, 5e volet de la série « Peintresses en France » : « Tarsila do Amaral : star de l’art brésilien », une évocation par Carine Chichereau de la vie et l'œuvre de notre chère Tarsila, figure majeure du mouvement moderniste, auteure par exemple de la mythique couverture et des illustrations de Bois Brésil, le recueil de poèmes de son époux Oswald de Andrade dont nous donnions en 2010 une édition française — laquelle apparaît pour illustrer cet article en ligne, sans autre référence, et dont une nouvelle version revue et corrigée est en préparation.

14 juillet 2021

Le Matricule zoome sur Alcântara Machado

Dans Le Matricule des anges (n°225, juillet-août 2021), l’attentif Guillaume Contré propose en page 13 un beau « Zoom » sur Brás, Bexiga et Barra Funda d’António de Alcântara Machado, premier volume paru chez L’oncle d’Amérique.

Et fichtre, « on attend déjà la suite » !



11 juillet 2021

Pagu affole (encore) les libraires

« Pagu pourrait être l’une des narratrices des récits de Clarice Lispector. »
C’est ainsi qu’à la librairie Archa des Carmes (23 rue des Carmes, Arles), on définit notre si chère Patrícia Galvão (Pagu), entre autres belles réflexions à propos de son autobiographie Matérialisme & zones érogènes (éd. Le Temps des Cerises, 2019), publiée pour faire suite au roman Parc industriel (idem, 2015).
L’article, diffusé en mai dernier dans une newsletter de la librairie, peut se lire sur la page Facebook de l’Archa des Carmes (par ici).
Les vrais bons livres ne sont jamais des « nouveautés » en librairie, ce sont toujours déjà des ouvrages de fonds. Ils espèrent leurs lecteurs, et les trouvent. La preuve.

27 mai 2021

Un écho

Il y en a qui suivent, et qui savent enfoncer le clou. C’est ainsi qu’Éric Dussert, avant tout le monde, alertait de belle manière sur l’imminente apparition de L’oncle d’Amérique traducteur-éditeur, notant par exemple qu’« il n’y aura pas lieu d’occulter ou de faire mine de ne pas voir paraître le premier volume de [la] maison », lequel se trouve en librairie depuis le 11 mai 2021.
L’intégralité de cet épatant billet, en date du 20 avril, se lit ici.
Bravo à l’Alamblog, toujours sur la brèche !

24 mai 2021

Vient de paraître

António de Alcântara Machado
Brás, Bexiga et Barra Funda
(Informations de São Paulo)

édition critique & pseudo-fac-similé

traduction du portugais (Brésil),
notes, suppléments, bibliographie & postface
par Antoine Chareyre

L’oncle d’Amérique traducteur-éditeur
ISBN : 978-2-9574976-0-7
14×19 cm – 252 p. – 21 €
– paru le 11 mai –


« Brás, Bexiga et Barra Funda est l’organe des Italo-Brésiliens de São Paulo. (…) Brás, Bexiga et Barra Funda, en tant que membre de la presse libre, tente de fixer tout au plus quelques aspects de la vie laborieuse, intime et quotidienne de ces nouveaux métis nationaux et nationalistes. C’est un journal. Rien de plus. De l’information. C’est tout. Il n’a ni parti ni idéal. Il ne commente pas. Il ne discute pas. Il n’approfondit pas. (…) Dans ses colonnes, on ne trouve pas une seule ligne de doctrine. Ce ne sont que faits divers. Événements de la chronique urbaine. Épisodes de la rue. (…) Brás, Bexiga et Barra Funda n’est pas un livre. »
(La rédaction.)

« Une affaire sérieuse. »
« En fin de compte, ce que voulait vraiment Alcântara Machado c’était tuer la littérature. Il l’a tuée. Brás, Bexiga et Barra Funda est le meilleur journal jamais apparu au Brésil. Il ne contient pas une goutte de littérature. »
(Carlos Drummond de Andrade)

Le Brésilien António de Alcântara Machado (1901-1935) se forme dans le journalisme au début des années vingt et, repéré par Oswald de Andrade, rejoint bientôt l’avant-garde de São Paulo dont il se fait un enthousiaste agitateur, assumant la direction de la revue Terra roxa e outras terras (1926) et de la fameuse Revista de Antropofagia (1928-1929). Après la parution remarquée du reportage Pathé-Baby (1926), il s’impose avec les nouvelles de Brás, Bexiga et Barra Funda (1927) et de Laranja da China (1928) comme un prosateur essentiel de sa génération, en styliste hors pair et génie de la forme ultra-courte. Disparu précocement, il laisse quelques nouvelles éparses, un roman inédit, des travaux érudits du côté de l’historiographie brésilienne et une œuvre copieuse de journaliste, critique et chroniqueur. À l’égal de ses amis Oswald de Andrade et Mário de Andrade, il demeure aujourd’hui un classique du modernisme brésilien.

« Ses livres sont tous des sortes de chef-d’œuvre parce qu’il réalise toujours intégralement ce qu’il a entrepris. »
« Un exemple typique de l’affaire pliée. »
(Mário de Andrade)

« Je le baptiserais volontiers António de Alcântara Machado de Assis. »
(Oswald de Andrade)

*
Sur le site de l’éditeur :

Feuilleter les premières pages du livre
Consulter l’avis de parution/argumentaire et la revue de presse
Découvrir l’espace documentaire « Autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado » (archives critiques, images, vidéos, musiques…)
Commander le livre sur la boutique en ligne

4 février 2021

Un communiqué de L’oncle d’Amérique


Où en sommes-nous ? (nous demandez-vous)
Eh bien, nous travaillons, avec un sens des priorités assez relatif voilà tout.
Par exemple en inaugurant, sur notre site, la page « Autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado », qui devrait compter une cinquantaine d’items d’ici le lancement du livre.
Comprenez que L’oncle d’Amérique a mobilisé tout son département des archives et son équipe de graphistes au grand complet pour monter et éditer ce petit dossier fait d’archives critiques sur l’édition originale, de témoignages sur l’auteur, d’images et illustrations retrouvées, de vidéos, de vieilles musiques... Documents rares, trouvailles, anecdotes, pour les plus curieux d’entre les curieux.
Une affaire à suivre, amis lecteurs.

10 octobre 2020

La presse se déchaîne pour Pagu

Ce qui est bien avec les ouvrages de fonds, c’est qu’ils peuvent susciter des commentaires longtemps, très longtemps après leur sortie en librairie.
Ainsi de Matérialisme & zones érogènes, l’édition française de l’autobiographie de Pagu, publiée en mars 2019, remarquée ici ou là (En attendant Nadeau, Sitaudis, Les Lettres françaises…), et qui fait encore l’objet d’une belle note de lecture dans le dernier numéro des Cahiers Benjamin Péret (n°9 daté de septembre 2020). Vifs remerciements à Manon Julian pour sa curiosité et sa lecture attentive.

6 octobre 2020

Petite chronique du mouvement international des livres & des idées : Pagu, par pertes et profits

Au Brésil, les éditions Companhia das Letras viennent de lancer, en ce mois d’octobre, une nouvelle édition de l’autobiographie de Patrícia Galvão (Pagu), un texte posthume publié pour la première fois en 2005 chez Agir editora, sous le titre Paixão Pagu (A autobiografia precoce de Patrícia Galvão), et indisponible depuis quelques années. Une bonne nouvelle ? Un progrès ?


Entretemps, faut-il préciser, une traduction intitulée
Matérialisme & zones érogènes (Autobiographie précoce) (Le Temps des Cerises, 2019), faisant suite à celle du roman Parc industriel (Le Temps des Cerises, 2015), aura mis ce témoignage historique, intime, politique et féministe, à la disposition des lecteurs français. Mais cette traduction aura, non moins, assez considérablement fait avancer l’intelligibilité du texte et la connaissance d’ensemble du parcours de l’auteure, une figure tellement galvaudée, tellement sujette aux approximations et au ressassement des mêmes superficiels clichés, au gré d’un généreux glossaire des noms propres (25 p.) et d’une chronologie précise et fouillée (26 p.) contenant, l’un comme l’autre, des éclaircissements indispensables et bien des données tout à fait inédites, aussi bien du côté biographique que du côté de l’histoire culturelle, sociale et politique.
Une édition savante, comme on dit, qui n’est pas du luxe pour un texte de cette nature, rédigé en 1940 hors intention de publication, à l’attention d’un intime, et de ce fait plein d’imprécisions, d’allusions, de non-dits, de lacunes, un témoignage à la fois précieux et fragile sur une conjoncture (celle de la fin des années 1920 et surtout des années 1930) qui réclame aujourd’hui une approche prudente et informée, un récit nommant au passage de multiples figures, notoires ou moins notoires, du monde intellectuel et artistique, de la vie politique d’alors, pour le moins complexe et changeante, du mouvement ouvrier et syndical et du communisme brésilien et international, plongées dans une semi-clandestinité propre à déconcerter les plus avertis… Une édition, par conséquent, dont on peut déplorer que le lecteur brésilien ne puisse jouir — cette réédition chez Companhia das Letras n’ayant pour toute nouveauté que son design de couverture (le marketing, c’est bien), et la modification, qui s’imposait assurément, du titre principal, remplacé par le sous-titre.
L’éditeur brésilien, pour présenter ce qui serait l’« unique texte autobiographique laissé par Patrícia Galvão » (faux : Verdade e liberdade, édité en 1950, constitue aussi un témoignage capital, et un complément plus qu’utile au texte de 1940 qui suspend le récit des faits en 1934…), l’éditeur brésilien, donc, écrit notamment : « Patrícia Galvão a presque toujours été vue à travers l’optique masculine, que ce soit pour ses relations ou pour la manière dont son art pouvait être comparé à celui des hommes de son époque. Dans Autobiographie précoce, pas d’intermédiaires : nous avons accès à une Pagu qui écrit sur elle-même. Un livre essentiel pour comprendre l’un des personnages les plus intrigants de l’histoire brésilienne. »
Fort bien. Quitte à supprimer tout intermédiaire masculin, il fallait aussi s’en tenir à l’état civil et abandonner carrément le nom « Pagu » (qui trône seul en première de couverture), parce qu’après en avoir fait son pseudonyme l’intéressée aura fini par le récuser, et qu’il rappelle on ne peut mieux comment elle fut d’abord l’invention des hommes, en l’occurrence du poète Raul Bopp, qui la courtisait et la baptisa ainsi dans le poème « Coco de Pagu », peu de temps avant qu’elle ne se transforme en une égérie (à côté de Tarsila) du groupe de la Revista de Antropofagia, et à une époque où elle donnait belle matière aux pages illustrées des magazines de variétés, mondanités et concours de beauté aidant.
Quant à comprendre, comprenne qui peut, en réalité. Car est-ce aussi pour désaffubler Pagu du regard masculin que l’on est allé jusqu’à supprimer les textes introductifs de l’édition de 2005, signés par ses deux fils, Geraldo Galvão Ferraz et Rudá de Andrade, tout de même concernés, et contextualisant utilement un texte venu tardivement à la publication, et par l’universitaire nord-américain Kenneth David Jackson, qui reste aujourd’hui l’un des premiers spécialistes de la vie et de l’œuvre de Pagu ? L’édition de 2005 s’achevait aussi sur une chronologie plus que sommaire, par trop générale et assez peu adaptée au contenu de l’autobiographie, et sur quelques notes de vocabulaire, assez indigentes. N’était-ce pas alors l’occasion de reprendre le travail d’édition à nouveaux frais, et de donner à ce texte toute la portée et la profondeur qu’il peut avoir, en l’accompagnant d’une information solide et actualisée ? Fût-ce en allant voir du côté de l’édition française ? fût-ce en allant consulter les quelques chercheurs qui se donnent la peine, aujourd’hui, de faire avancer le « dossier Pagu » ?
Au lieu de cela, cette nouvelle édition s’en tient à une brève et générale « Note sur l’auteure » en fin de volume (autant dire rien qui vaille), et au principe du cahier photos de l’édition de 2005, un dossier iconographique peut-être bienvenu pour illustrer le propos intime de l’auteure, mais qui n’est pas sans perpétuer cette image glamour de Pagu, pour ne pas dire people et un peu voyeuriste, celle-là même qu’il s’agirait de mettre à distance, certes pas de censurer ou d’oblitérer (comment comprendre, dès lors, ce que put représenter cette Pagu-là dans la société brésilienne d’alors ?), mais d’enchâsser, d’intégrer de manière critique dans une vision beaucoup plus vaste et, notamment, plus politique.
Enfin, voilà encore une preuve, s’il en fallait, que l’erratique bibliographie brésilienne, qui fait souvent errer le lecteur d’une édition épuisée à l’autre, et les divers mouvements de prédation dans l’industrie éditoriale, à la recherche de quelques parts de marché, ajoutés aux petites affaires des uns et des autres, ne sont au service ni des œuvres, ni vraiment de la postérité des auteurs, ni même des lecteurs, en droit de réclamer si tant est qu’ils puissent se douter de ce dont on les prive.
C’est dire avec quelle impatience on attend, au même catalogue, la reprise du roman Parque industrial qui viendra remplacer, pour le meilleur et pour le pire, la belle réédition produite en 2018 par Linha a Linha, qui représentait, excusons-la, la première édition critique brésilienne de ce roman désormais mythique, et qui a déjà été rendue indisponible (on s’assure ainsi le moment venu, vous comprenez, une petite base de lecteurs frustrés).
Voyez comme on régresse. Mais comme on est quand même content de voir Pagu reparaître au Brésil, on peut applaudir les éditions Companhia das Letras, qui auront fait le service minimum.

18 septembre 2020

La voix de Sérgio Milliet

Le label phonographique Festa, d’illustre mémoire, fondé à Rio de Janeiro, en 1955, par Irineu Garcia (1920-1984), lançait en 1958 ce qui devait être le dernier disque de sa fameuse collection « Poesia[s] », laquelle accueillit en studio un total de 24 poètes brésiliens issus de trois générations successives, depuis le mouvement moderniste des années 1920 jusqu’aux figures plus contemporaines.
Ce volume XIII de la collection (LPP013), sous une pochette illustrée par Fernando Lemos et avec un texte de présentation de Luís Martins, était partagé comme à l’accoutumée par deux poètes, en l’occurrence Sérgio Milliet (face A) et Manuel Bandeira (face B), ce dernier ayant déjà inauguré la collection (et tout bonnement le catalogue Festa) trois ans plus tôt, en s’octroyant la face A d’un disque dédié aussi à Carlos Drummond de Andrade.
Loin de la popularité de ces deux sommités de la poésie brésilienne, Sérgio Milliet était devenu, depuis la haute époque de l’avant-garde moderniste, un essayiste et critique d’art et de littérature plutôt influent, l’auteur notamment d’un Diário crítico publié en 10 volumes de 1944 à 1959, et avait quelque peu relégué au second plan la création poétique, son apport à l’évolution de la poésie brésilienne ayant toujours été, du reste, assez discrètement remarqué.
Il faut croire toutefois qu’il jouissait encore, dans les années 1950, d’une certaine notoriété à ce titre. Il n’avait d’ailleurs pas cessé de faire paraître, de temps à autre, de nouveaux textes dans le genre, creusant un sillon discret et singulier, à l’ombre des grandes voix de l’époque, et ce sont justement des poèmes tardifs qu’il lut alors devant le micro : « Paisagem italiana », « Longitudes », « Que nada recorde nada », « O morto », « Bem da gente », « O mar outrora », « Lembrança », « Tristeza », « Vazio », « Sob o signo da virgem » et « Inverno suiço ».
(L’enregistrement de « Que nada recorde nada » fut par ailleurs repris, par le même label, sur Poetas do Brasil (Antologia, vol. I) (IG49007), un disque intégralement constitué par des titres de la collection « Poesias » et lancé en 1968 avec un texte de présentation d’Irineu Garcia.)


Par leur ton ou leurs thèmes, ces poèmes ne sont pas sans rappeler certaines compositions des années 1920, que l’on peut lire en français dans le volume Poèmes modernistes et autres écrits (Anthologie 1921-1932) (La Nerthe, 2010). On eût aimé entendre le timbre de voix, l’humeur du jeune poète qui bataillait alors aux côtés de Mário de Andrade, Oswald de Andrade et les autres, et même l’accent de celui qui écrivit d’abord ses vers en français. Mais il s’agit là, sauf erreur, du seul enregistrement connu de la voix de Sérgio Milliet.

14 septembre 2020

À paraître

L’oncle d’Amérique, traducteur-éditeur à Paris, nous informe : le premier titre de son catalogue sera prochainement dédié au Brésilien António de Alcântara Machado, génie moderniste de la prose ultra-courte, et au recueil de nouvelles Brás, Bexiga et Barra Funda (Informations de São Paulo), première édition française, critique et pseudo-fac-similé, suppléments, notes, bibliographie et postface du traducteur.


Un classique très sympathique, lu par des générations d’écoliers brésiliens, bientôt entre les mains de tous !

12 septembre 2020

Une anthologie « pour le plaisir », avec Miomandre

Il y a décidément mille manières de monter une anthologie, que celle-ci soit bonne, mauvaise, pertinente ou plus oiseuse, objective ou subjective, rationnelle ou hasardeuse, académique, excentrique ou, simplement, curieuse et un peu inattendue par son objet, selon que l’on vise l’ouvrage de référence ou l’anecdote bibliographique…
Étrange trouvaille que celle-ci, pour les collectionneurs et les amateurs de la chose franco-brésilienne : Poèmes français d’écrivains brésiliens, [avant-propos,] choix et notes biographiques de Luiz Annibal Falcão (président de l’Alliance française de Rio), préface de Francis de Miomandre, Périgueux, Pierre Fanlac, s. d., 115 p. (achevé d’imprimer le 8 août 1967 dans l’atelier de Pierre Fanlac près la Tour de Vésone à Périgueux).
Une compilation dont le seul titre pose bien des questions, entre réflexions théoriques, histoire littéraire et socio-culturelle, et études de cas : en amont, pourquoi, dans quelles circonstances (collectives ou personnelles) des Brésiliens se sont-ils trouvés écrire en français ? en aval, quelle diffusion, quelle réception, quelles lectures possibles pour ces productions forcément décalées, un peu hors-sol, ni d’ici ni d’ailleurs, écrites pour qui ?
Le bref « Avant-propos » de l’organisateur ne nous donnera qu’une justification bien générale :

L’influence française au Brésil se faisait déjà sentir au XVIIIe siècle, surtout par la lecture des encyclopédistes.
La conjuration d’Ouro Preto, à Minas, en 1792, qui réunissait un groupe de poètes et d’intellectuels rêvant de proclamer l’indépendance et la révolution de 1817 à Pernambuco, instituant une république éphémère dans le Nord-Est du pays, s’inspirèrent directement des philosophes français et de la Révolution.
La mission artistique appelée, en 1816, par le roi Jean VI du Portugal, alors installé à Rio de Janeiro, dont il avait fait sa capitale, allait contribuer à cette influence d’une manière éclatante.
Ainsi, voici plus de deux siècles que les Brésiliens apprennent, lisent et parlent le français.
C’est donc presque naturellement que des écrivains et des poètes brésiliens ont été amenés à s’exprimer en français. Ce faisant, ils ont démontré, une fois de plus, le miracle de l’universalité de la langue française. Mais, surtout, ils l’ont employée parce qu’elle est un merveilleux instrument d’expression. Nulle autre au monde ne pourrait mieux être ce langage de l’intelligence et du cœur.
Nous avons trouvé plus de deux-cents écrivains brésiliens ayant écrit des poèmes, des contes, des études historiques ou scientifiques en français.
Ce petit recueil de poèmes n’en est donc qu’un court aperçu.

Quant au corpus, on y trouve un certain nombre d’auteurs parfaitement négligeables, des amateurs, des déracinés perdus définitivement dans les eaux du bilinguisme d’antan et dont on ne sait trop s’ils mériteraient de figurer ailleurs qu’en ces pages, mais aussi quelques signatures plus notoires : Aloysio de Castro, Alphonsus Guimaraes, Augusto de Menezes, Christovam de Camargo, Dalzo, Dominique Braga, Gonçalves Crespo, Machado de Assis, Manuel Bandeira, Maria Eugenia Celso, Ozorio Dutra, Egas Moniz Barretto de Aragao, Raul Pedrosa, Ribeiro Couto, Sergio Milliet, Tristao da Cunha, Vicomte de Pedra Branca, Joaquim Nabuco, Rodrigo Octavio, Rosa Tango de Argaez, Gilda Guinle.
On retiendra ici la présence de deux figures du mouvement moderniste, quoique servis par une postérité dissemblable en tant que poètes : Manuel Bandeira (1886-1968) et Sérgio Milliet (1898-1966), encore qu’à ce titre il faudrait aussi dire un mot de Ribeiro Couto (1898-1963), qui fut, autour de 1930, diplomate à Marseille puis à Paris, où il mourut après avoir remporté en 1958 un prix international de poésie décerné aux étrangers.
Manuel Bandeira occupe les pages 53-57, avec « Mes vers te font du mal », « Bonheur lyrique », « Chambre vide » et « Les complaintes de Julien Lescaut », des poèmes déjà bien connus pour deux d’entre eux, recueillis qu’ils furent dans Libertinagem (1930) et sur lesquels l’auteur s’expliqua, je crois bien, dans Itinerário de Pasárgada (1954) ou quelque part dans sa correspondance avec Mário de Andrade. De Bandeira, d’ailleurs, l’unique traduction française en volume (l’anthologie Poèmes, préf. d’Otto Maria Carpeaux, Paris, P. Seghers, « Autour du monde », 1960) fut cotraduite (avec l’auteur et F. H. Blank-Simon) par ce même Luiz Annibal Falcão, ici maître d’ouvrage. Et Bandeira fut lui aussi un fameux anthologiste, entre autres l’organisateur, dans le même genre de curiosités, d’une Antologia dos poetas brasileiros bissextos contemporâneos (Rio de Janeiro, Zélio Valverde, 1946 ; rééd. Nova Fronteira, 1996) — « bissextiles », comprendre : les poètes occasionnels. Voici sa « note biographique », par Falcão :

Manuel de Souza Bandeira est né à Recife, État de Pernambuco. Ayant fait ses études à Rio de Janeiro, puis à São Paulo, il suivit la carrière universitaire, étant actuellement professeur des littératures hispano-américaines à l’Université de Rio.
Écrivain et poète, il publia en 1917 son premier recueil de poèmes « A Cinza das Horas » (La Cendre des Heures), qui le classa d’emblée parmi les plus grands poètes du Brésil. On sentait, dans ses poèmes, une émotion profonde, une sensibilité contenue, une amertume voilée mais poignante, sous une forme parfaite, d’un rythme et d’un son nouveaux, et, par-dessus tout, cet indéfinissable qui est la magie de la poésie.
Ce n’est qu’en 1936 que Manuel Bandeira publia son premier livre en prose : « Les Chroniques de la Province du Brésil », où il évoque avec maîtrise le Brésil colonial. En prose, on lui doit encore un magnifique « Guide de Ouro Preto », une Histoire des Littératures et une « Présentation de la Poésie Brésilienne », outre quatre anthologies de poètes brésiliens. En poésie, après « Carnaval » (1919), « Libertinage » (1930) et « Estrela da Manhã » (1936). Il a publié plusieurs éditions de ses poèmes, dont quelques-uns ont été composés en français.
Manuel Bandeira appartient à l’Académie Brésilienne depuis 1940.

Sérgio Milliet, qui occupe les pages 85-90, avait engagé sa carrière de poète avec trois volumes composés en français ; il est ici retenu avec deux pièces, « Misère » et « Printemps », tirées du dernier d’entre eux, Œil-de-bœuf (Anvers, Lumière, 1923), un recueil rarissime et bien oublié, pourtant significatif, et désormais lisible dans Poèmes modernistes & autres écrits (Anthologie 1921-1932) (éd. et trad. d’A. Chareyre, Toulon, La Nerthe, 2010) — et l’on ignorait cette réapparition dans une anthologie assez confidentielle de 1967. Voici sa « note biographique » :

Né en 1898 à São Paulo où il vient de mourir, Sergio Milliet da Costa e Silva, après avoir fait ses études dans sa ville natale, entre à l’Université de Genève. Ses premiers ouvrages sont écrits en français : « Par le sentier » et « Le départ sous la pluie ».
En 1922, il rentre au Brésil et prend part au mouvement de rénovation littéraire des « modernes » de São Paulo. En 1923, il publie « L’œil de bœuf » à Anvers. Après deux ans de séjour à Paris, il rentre définitivement et publie de nombreux ouvrages comme « Poemas análogos » (1927), « Terminus Sêco » (1930), un roman, « Roberto » (1935), « Marcha a rè » et « Roteiro do Café » (1937), « Ensaios » et « Poemas » (1938), « Pintoras e pinturas » (1940), « Duas cartas no meu destino » (1941), « Marginalidade da pintura Moderna » et « A pintura norte-americana » (1943). En 1937, il avait représenté le Brésil au Congrès de Population à Paris.
Professeur à l’École Libre de Sociologie et de Politique, journaliste, traducteur de nombreux ouvrages français ayant trait au Brésil, comme ceux de Jean de Lery, de J. B. Debret et de Claude d’Abbeville, il est le président de l’Association des Écrivains Brésiliens.
Les deux poèmes que l’on va lire et dont on goûtera la saveur, figurent dans « L’œil de bœuf ».

Joie supplémentaire, cet ensemble est préfacé, quoique à titre posthume, par l’exquis Francis de Miomandre (1880-1959), un écrivain et critique mieux connu, en tant que traducteur, pour ses affinités hispaniques, mais qui fraya aussi du côté brésilien, plus occasionnellement — ne lui doit-on pas le tout premier roman de Machado de Assis passé en français, en l’occurrence Dom Casmurro (préf. d’Afrânio Peixoto, Paris, Institut international de coopération intellectuelle, « Coll. ibéro-américaine », 1936 ; rééd. préfacée par le traducteur : Albin Michel, 1956, 1989 ; Le Livre de Poche, 1997), dans une version revue par un autre poète moderniste, le cher ami Ronald de Carvalho ? (Une traduction volontiers décriée par les éditrice et traductrice de la version actuellement en librairie, mais qui ne démérite certainement pas.)
Miomandre n’évite pas les poncifs, à tous égards, mais il répond à sa façon, lui aussi, aux questions évoquées plus haut. Cette « Préface », pour finir, la voici :

Il y a des mots qui, pour chacun de nous, restent chargés d’une puissance d’évocation que rien ne semble jamais devoir diminuer. Ils exercent sur l’esprit une sorte d’enchantement. Pour moi, Brésil est un de ces mots magiques. Il suffit que je le prononce pour voir aussitôt se lever devant mes yeux mille images merveilleuses du Ciel, de l’Océan, de la Montagne, de la Forêt. Mille images de plages éblouissantes, de fleuves immenses, de fleurs inconnues, de savanes, de sylves profondes, de villes abandonnées qui dorment parmi les statues, mille images d’aventures et de splendeurs, de loisir et de beauté, au milieu d’une population où se fondent toutes les races de l’univers, en une harmonie de tolérance et de sagesse. Le modernisme le plus audacieux voisine, en ce pays unique, avec le romantisme le plus sentimental. Et la race est si belle, justement parce qu’elle a su se développer en toute liberté, dans l’ignorance de tout préjugé racial ! Et l’esprit y est tellement ouvert, tellement généreux ! Tous les Brésiliens que j’ai connus avaient ce trait commun de noblesse et de grandeur, de bienveillance enthousiaste à l’égard de toutes les idées et de tous les projets de toutes les formes de la vie. Aucune autre région de l’Amérique ne présente pour moi un attrait aussi vif, dans aucune autre je ne me sentirais mieux en accord…
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C’est sans doute qu’il existe, entre ce pays et le mien quelque affinité profonde, que nous dissimulent les prodigieuses différences du climat et du site. Et cette affinité, comment la nier quand on constate de quelle faveur ont toujours joui et continuent de jouir notre langue et notre culture ? et cela (avouons-le à notre confusion) avec une réciprocité si faible qu’elle en est dérisoire. Oui, le Brésil aime la France, et s’obstine à croire qu’il peut indéfiniment en subir l’influence et en recevoir les leçons. Les preuves de cet amour sont tellement nombreuses qu’on ne saurait en citer une sans aussitôt ressentir l’injustice d’omettre les autres. Mais celle que nous présentons aujourd’hui, dans ce livre, est une des plus caractéristiques et des plus saisissantes. Car, enfin, je défie qu’on arrive dans aucun autre pays du monde, à réunir autant de noms d’auteurs ayant écrit dans une langue étrangère. Alors qu’au Brésil, on dirait qu’il s’agit d’une tradition. Aucun snobisme en un tel geste, rien qui ressemble à un accès de vanité d’érudit. Non, mais la coquetterie bien naturelle de qui s’amuse, avec la plus gentille et courtoise modestie, à s’exercer en un idiome où il a appris à penser, à rêver, en un idiome qu’il a eu plaisir à parler en même temps que sa langue maternelle. C’est tout, et cela finit par faire, tout de même, un ensemble imposant, et, selon moi, extrêmement émouvant. Car, dans cette phalange où brillent les maîtres de la littérature brésilienne, si riche en poètes, en romanciers, en savants, en géographes, en conteurs, en critiques et en philosophes, vous chercheriez en vain le nom d’un ambitieux quelconque, d’un homme animé de la moindre arrière-pensée. Toutes ces pages ont été écrites dans un désintéressement absolu, pour le plaisir.
Pour le simple plaisir de s’exprimer dans la langue considérée depuis toujours comme la plus belle de toutes, dans la langue réservée aux plus parfaites énonciations de la pensée, de l’émotion et de la rêverie. Mais nullement, mais jamais, dans l’idée de se faire valoir auprès des Français mêmes, puisque, ces pages nous ne les avions jusqu’ici point lues, nous n’en connaissions pas même l’existence. Elles seront pour nous une révélation, et combien flatteuse !
Puisse ce recueil, absolument unique en son genre, nous inspirer ; d’abord la fierté pleine d’émotion que doit provoquer un hommage si pur et si spontané, mais ensuite — et surtout — l’envie d’en être plus dignes encore en y répondant par la curiosité que mérite l’œuvre directe et personnelle de ces généreux écrivains. Puissent de nombreux traducteurs s’attaquer à cette œuvre abondante et puissante, où le pittoresque ne parvient pas à étouffer la vie intérieure, où les drames du cœur et les fêtes de l’esprit se déroulent parmi les fastes de la plus somptueuse nature. Il n’existe pas de meilleur moyen que la lecture de ces ouvrages pour entrer dans le monde de ce pays plein de mystère et de beauté, dans le monde merveilleux du Brésil.
Francis de Miomandre

9 juillet 2020

Pour relire Sérgio Milliet


« ŒIL DE BŒUF, par Serge MILLIET (Edit. Lumière, Anvers.)
Beaucoup d’influences trop évidentes : Verlaine, par exemple et puis Cendrars et aussi toute la pacotille moderne… et pourtant… l’auteur a commis quelques vers agréables et deux bons poèmes : Paysage et Poésie. Attendons le prochain recueil. »

C’est ce qu’écrivait, chichement, le poète et critique Géo Charles (1892-1963) dans sa rubrique « Les livres » (sous-rubrique « Livres belges ») de la revue Montparnasse (n°33, 1er mai 1924, p. 7) qu’il codirigea avec Paul Husson et quelques autres, à propos d’Œil-de-bœuf précédé d’autres poésies (avec un bois gravé de Joris Minne, Anvers, Éditions Lumière, 1923) de Sérgio Milliet (1898-1966).

Il s’agissait du troisième recueil du jeune moderniste brésilien (quoique belge par un hasard bibliographique), à la fois le dernier qu’il composa en français (les deux précédents — des œuvres « de jeunesse », comme on dit — ayant été édités en Suisse à la fin des années 1910) et le premier qui accusât une inspiration véritablement nouvelle, authentique proposition au sein des recherches de l’avant-garde de São Paulo que l’auteur intégrait depuis peu, ayant donné quelques poèmes de l’ouvrage en préparation dans l’éphémère revue Klaxon (1922) après en avoir lu certains, croit-on savoir, lors de la fondatrice « Semaine d’art moderne » (février 1922).

Si Milliet, un cas intéressant de bilinguisme littéraire, fit passer quelques pièces d’Œil-de-bœuf, à la fois traduites et remaniées, dans sa production en portugais, il ne réédita jamais louvrage en tant que tel, resté peu lu et devenu parfaitement introuvable (l’édition originale avait été tirée à 520 exemplaires), ignoré du public, négligé même par les spécialistes du modernisme brésilien — après qu’il eut pourtant fourni quelques exemples essentiels à l’ami Mário de Andrade, dans son essai A Escrava que não é Isaura (Discurso sobre algumas tendências da poesia modernista) (1925) — et finalement repris in extenso, pour la première fois, dans le volume Poèmes modernistes & autres écrits (Anthologie 1921-1932) (éd. et trad. d’Antoine Chareyre, Toulon, La Nerthe, 2010), où lon trouve aussi le « prochain recueil » attendu par Géo Charles (Poemas análogos, 1927).

Nonobstant cette situation pour le moins discrète, dans l’édition comme dans l’histoire de la poésie brésilienne (sans parler de la française ou de la francophone), Œil-de-bœuf demeure une œuvre d’une belle fraîcheur juvénile, au croisement d’influences peut-être contradictoires (mais travaillées comme telles), bien dans l’air du temps sans doute, mais point impersonnelle et nullement anecdotique, veut-on croire : de ces poésies-synthèses qui témoignent de l’effort d’une époque, dans le fourmillement des tentatives oblitérées ensuite par les plus malins, et qui résonnent fort avec certains chefs-d’œuvre de l’avant-garde d’alors. Et réellement il s’y trouve des pages d’une belle vigueur, volontiers obsédantes, au-delà de celles que voulut bien retenir Géo Charles, un autre de ces poètes « mineurs » de l’esprit nouveau qui se peuvent relire avec curiosité, et qui partageait d’ailleurs avec Milliet une même admiration pour Cendrars.

Pour le plaisir de rouvrir un livre qui se peut encore réclamer en librairie, voici les deux textes sur lesquels se referme le recueil :


ŒIL-DE-BŒUF

Œil-de-bœuf
« Le ciel est par-dessus le toit »
Mais la vie est en bas
grouillante
acrobatique
acide
souple
multiface

Homme sandwich des gratte-ciels illuminés
regards de fou sur le monde simultané
klaxons rauques des modernes tempéraments
voici venir l’homme aux ailes d’acier
l’homme-machine
l’homme-sandwich
Klaxons rauques des modernes tempéraments
et la vie est en bas grouillante
parmi les grands express internationaux
les automobiles
les métros
LA VIE             LA VIE             LA VIE
les longues cheminées des usines
ces accouchées
les cheminées d’automne
monotone
avec leurs beuglements
intermittents
klaxons rauques
perçant comme des salves de mitrailleuse
la misanthropie des vaincus
AH !
                  L A  G U E R R E . . . . . . . .
Effroi
Tous les drapeaux du monde
arc-en-ciel et désespoir
ET DEUIL ET DEUIL ET DEUIL
sénégalais le couteau rouge entre les dents
et les armées
les chars de guerre
les boulevards
les avenues
l’affolement des milliers d’acrobates
dans le cirque de la vie
les trapèzes se déplacent
les boules roulent trop vite
les chevaux galopent en arrière
et les clowns inventent de vrais calembours
trop subtils
pauvre public
Devant ces tours nouveaux
la stupeur se propage
se multiplie
et le directeur du cirque
annonce

ACROBATIES DIDACTIQUES

Acide trop acide
pour l’estomac habitué
à la fadeur contemporaine
Poison
Folie
Arrêtez les criminels
empoisonneurs
détourneurs des saines intelligences
pauvre public
effaré
ameuté
qui se croit leurré
et qui réclame son bel argent

Manque de souplesse
ressorts cassés
de vieilles voitures bon marché
Les derniers modèles 40 H/P.
mangent les côtes
sautent les trous
avalent les pavés
120 à l’heure vers l’avenir
                                    « Non, l’avenir n’est à personne »
Qui sait      120 à l’heure
Évoluez pour rattraper
les hommes multiface
car voici déjà l’homme-sandwich
Évoluez
Accélérez
120 à l’heure
pour voir comme eux
le panorama simultané

ŒIL-DE-BŒUF
harmonie géométrique
des artères qui se croisent
des cubes
des sphères
des pyramides
en relief
des cœurs qui saignent
des lèvres adultérines
aventurines
caméléons
ô les yeux caméléons
quelle obsession
œil-de-bœuf
accélérez
le paysage se déforme
les arbres se rencontrent
dans leur fuite éperdue
et les montagnes se déplacent
lentement
comme l’aiguille de la vitesse
On avale des kilomètres
et des paysages
aisément
on avale tout
de la blague
du poison
et des balles de révolver
un jeune homme très romantique
mille étoiles dans le ciel
                                                             « par-dessus le toit »
Klaxons rauques


yeux lubriques
viaducs
aqueducs
grands-ducs et chouettes
associations
révolutions
république soviétique
guillotine
ŒIL-DE-BŒUF


POST-FACE

Et quelques-uns ont dit
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ce n’est qu’un fou
C’est un poète futuriste
un dé-tra-qué
Un fouturiste ajouta-t-on
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Vers d’amour et romantisme
et sonnets mirobolants
symbolisme aussi et                 SURTOUT
comme une nuit très longue……
Qu’est devenue cette hantise de la rime
Mais on disait encore
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et pourtant il n’est pas trop bête
c’est bien dommage
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et leur mépris m’enveloppait d’une auréole
et leurs paroles
qui suaient l’envie
                                  et l’affront
s’enchaînaient en couronne au-dessus de mon front…