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20 mars 2015

Là où il faut être / Lancement Pagu (25)

AVIS AU PEUPLE — La scandaleuse Pagu NE sera PAS de la délégation officielle de 48 auteurs brésiliens invités au Salon du Livre de Paris (20-23 mars 2015), qui a ce goût très sûr de n’accueillir que des écrivains vivants. Évitez les longues files devant les tables de dédicace, Fuyez les causeries bondées du stand Brésil, Soyez révolutionnaire et faites le choix de la dissidence, en vous rendant sur le stand G86 des éditions Le Temps des Cerises et en exigeant le livre :

(roman prolétaire)

Prologue de Liliane Giraudon

Traduction du portugais (Brésil),
notes & postface par Antoine Chareyre

Le Temps des Cerises (Montreuil)
Coll. « Romans des Libertés »
166 p., 14€

(paru le 19 mars)


*
Le roman prolétaire
mondialement salué par la critique brésilienne !

« Une ultime perle moderniste, un excentrique et audacieux précurseur
du roman social des années 1930. »
« Un style fragmentaire, direct et concis, influencé par
la prose télégraphique d’Oswald de Andrade. »
« La poignante poéticité de l’utopie prolétaire de Pagu. »
(Augusto de Campos)

« Patrícia Galvão, muse tragique de la Révolution. »
(Carlos Drummond de Andrade)


« Pagu, l’unique et authentique expression du féminisme national. »
(Ary Pavão, Diário Carioca)

« Un douloureux document humain,
le premier roman prolétaire publié au Brésil. »
« La première femme emprisonnée au Brésil,
dans la lutte révolutionnaire idéologique. »
(Geraldo Ferraz, A Tribuna)

« Le choc des vies qui palpitent dans le sous-sol du parc industriel. »
« Les débuts d’écrivain les plus beaux et les plus courageux
de cette délicieuse fin 1932. »

« La violence et l’éclat d’un tempérament révolutionnaire. »
« Roman rapide, couleurs fortes, personnalité. »

« Curieuse et admirable Pagu, femme de culture et d’action. »
« Roman rapide, expressif, vibrant, clair. »

« Un libelle sous la forme du roman. »
« Des pages véhémentes et tristes. »
« Un pamphlet admirable d’observations et de probabilités. »
« Une série de tableaux pittoresques et merveilleux,
dessinés avec un grand réalisme. »
« L’éclatante beauté de tableaux vivants de dissolution et de mort. »

« São Paulo vient de se réaffirmer à l’avant-garde littéraire qu’elle occupe. »
« Le sens dramatique et social des situations de classe. »

« Pagu a vu et a parlé, a crié, a hurlé. »
« La tragédie ouvrière, sans fioritures ni poésie bourgeoise. »

12 mars 2015

Vient de paraître – Connaissez-vous Pagu ?

Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)

prologue de Liliane Giraudon

traduction du portugais (Brésil),
notes & postface par Antoine Chareyre

Le Temps des Cerises (Montreuil), coll. « Romans des libertés »
14×19,5 cm, 166 p., 14 € - en librairie le 19 mars


Pagu, alias Mara Lobo, a essayé de raconter dans ce livre, avec un maximum de littérature pour un maximum d’efficacité, la vie et les luttes des travailleuses de l’industrie textile du quartier du Brás, à São Paulo.
C’est un roman prolétaire. Le premier, en 1933, au Brésil.

Patrícia Galvão (São Paulo, 1910 – Santos, 1962), connue sous le nom de Pagu, rejoint d’abord le groupe de la Revista de Antropofagia (1928-29), dernière mani-festation du modernisme brésilien. Elle y rencontre l’écrivain Oswald de Andrade, qu’elle épouse, et se lance avec lui dans le militantisme d’extrême-gauche au lendemain de la Révolution de 1930, en publiant par exemple la revue O Homem do Povo (1931). Membre turbulent du PCB, première femme à connaître la prison pour motifs politiques dans l’histoire du Brésil, en 1931, elle se consacre corps et âme à la cause révolutionnaire et publie à son propre compte, sous pseudonyme, ce récit de propagande communiste inspiré de ses premières années d’activisme et de fréquentation du prolétariat : Parque industrial, étrange compromis entre la prose d’avant-garde des années 1920 et le roman social des années 1930. Arrêtée en 1936, elle passe près de cinq années en prison, aux pires heures de la dictature de Vargas.

Inédit en français

*
à consulter :

Présentation du livre sur le site de l’éditeur

Dossier Pagu sur le blog Bois Brésil & Cie
(dossier critique d’époque sur le roman,
documents rares ou inédits sur et autour de Pagu,
vidéos, musiques…)

Dossier de presse de l'ouvrage
(comptes rendus parus dans la presse française ou en ligne)

24 février 2015

Le scandale d’avant-hier soir / Lancement Pagu (20)

La police de Santos a incarcéré
un couple suspect
Pagu distribuait des bulletins subversifs
dans la ville voisine

Santos, le 29 (De la succursale du Diário Nacional) — Dimanche, peu avant 21 heures, un inspecteur de police, tandis qu’il passait par la place Telles, a repéré un couple en train d’y transiter. En observant bien les deux silhouettes, il est arrivé à la conclusion qu’ils étaient étrangers à la ville. Il s’est approché du couple suspect et l’a interpellé, étant mal reçu de lui. Voyant son autorité contestée, l’inspecteur a fait venir un fourgon carcéral pour conduire les deux inconnus au poste de police, qui se trouve dans les environs de la place Telles.
Au poste, le couple suspect a été interrogé par les autorités : elle, sur un ton arrogant, a déclaré qu’elle s’appelait Patrícia Galvão et lui Romão Guerreiro, imprimeur de profession. En les fouillant au corps, les autorités ont trouvé en leur possession plusieurs brochures subversives appelant les travailleurs des docks à se déclarer en grève.
Patrícia, relativement exaltée, a porté outrage aux autorités, rendant nécessaire la présence du commissaire régional, le capitaine Heitor Blanco Pedroão. Informé de ce qui se passait, le commissaire régional a ordonné le transfert du couple dans la prison publique, d’où Patrícia a été aujourd’hui transportée à São Paulo, afin d’être remise en liberté.
Son compagnon est resté en détention pour vérifications.
Patrícia Galvão, ou Elza Pagu, est relativement connue dans cette capitale, où elle fut, il y a peu encore, impliquée dans un conflit avec les étudiants de Droit, en raison de publications considérées comme injurieuses par ces derniers.
Aujourd’hui même, en soirée, la police a été informée de ce que Pagu était revenue dans la ville, pour continuer sa campagne subversive.

(« A polícia de Santos efetuou a prisão de um casal suspeito :
Pagu estava distribuindo boletins subversivos na visinha cidade »,
Diário Nacional, São Paulo, 30 juillet 1931.)

21 février 2015

Revolução ! / Lancement Pagu (18)

Olga/Pagu
Deux héroïnes de la Révolution
dans le Brésil des années 1930

ÉTOILE FILANTE : météorite dont le passage dans
l’atmosphère terrestre se signale par un trait de lumière.
(Le Petit Robert)

Elles ne se sont jamais connues, mais presque croisées — dans la clandestinité ou en prison. Leurs trajectoires exemplaires, également fulgurantes, quoique singulièrement tragique pour l’une, ont cette contiguïté qui interpelle, dans le temps et l’espace, en gravitant autour d’un même homme, Luís Carlos Prestes.
Lorsqu’en 1931 la jeune activiste Pagu (Patrícia Galvão, 1910-1962), membre du PCB, approche à Montevideo le grand héros révolutionnaire en exil, celui-ci est encore seul, mais ils luttent déjà pour la même cause. Lorsqu’elle traverse l’URSS, en 1934, pour rejoindre le Paris du Front populaire, elle ignore peut-être qu’il se trouve à Moscou, promu au sein de l’Internationale Communiste où il rencontre l’agente allemande Olga Benario (1908-1942). Lorsqu’elle regagne le Brésil au temps de l'ANL, en 1935, Prestes et sa compagne un peu spéciale viennent d’y débarquer eux-mêmes clandestinement pour fomenter une insurrection. Celle-ci échoue et déclenche une répression massive qui les emportera tous trois, début 1936, dans les geôles de la police politique… L’une avait d’abord manqué d’être remise à l’Allemagne nazie par la police de Laval, comme militante communiste étrangère, rapatriée qu’elle fut par un ambassadeur humaniste ; l’autre, juive, fut enfin livrée à la Gestapo par la police de Vargas, et gazée.
Deux tempéraments féminins dans l’histoire, deux mères séparées de leur enfant, deux martyres de la cause révolutionnaire prises dans les filets du fascisme international, deux destins fracassés, enfin, qui furent un lendemain chantant bien cruellement après la promesse, justement, du « roman prolétaire » lancé par Pagu en 1933, Parc industriel, à paraître au Temps des Cerises.
On peut donc lire, en attendant, le grand récit du journaliste Fernando Morais, Olga, paru en 1985 au Brésil, traduit en français en 1990 et tout récemment revu et réédité :

Fernando Morais
Olga
Allemande, Juive, Révolutionnaire
Trad. du portugais (Brésil)
d’Antoine Albuca,
revue, préfacée et annotée
par Gérard Siary
Chandeigne, « Bibliothèque Lusitane »,
janvier 2015, 454p., 22€

Une étoile filante…
Fille de la bourgeoisie juive allemande, Olga Benario déploie une volonté inouïe pour devenir la militante la plus dynamique des Jeunesses Communistes dans le Berlin des années Vingt. Ensuite, agente de la IIIe Internationale à Moscou, rompue à l’exercice des armes, la voilà chargée d’escorter au Brésil le militant Luís Carlos Prestes, légende en son pays, pour faire tomber la dictature du président Getúlio Vargas. Olga et Prestes tombent amoureux.
Las, l’échec de la révolte de novembre 1935, à Rio de Janeiro, jette les deux amants en prison. Olga est alors enceinte de l’enfant conçu au Brésil avec Prestes. La loi du Brésil interdit de l’extrader. Mais le pouvoir livre Olga, juive et communiste, à l’Allemagne nazie. Déportée à Ravensbrück, enfermée au bloc juif, elle sera gazée. Cette révolutionnaire impavide, ni brisée ni bridée, n’aura eu de cesse, en sa courte vie, d’œuvrer au triomphe de son idéal. Un modèle héroïque au féminin, oui, mais aussi, simplement, un être humain enjoué, disponible, passionné, vaillant…
Avec ce récit politique haletant qu’il a mis cinq ans à écrire, Fernando Morais, grand journaliste, ne nous conte pas seulement le destin fulgurant d’une pasionaria brésilienne. Il nous plonge surtout dans l’histoire fascinante, aux ramifications internationales, qui se joue entre la Russie, l’Europe et les Amériques du sud des années Trente.
[4e de couverture]


N.B. : Fernando Morais (qui est aussi le biographe de Paulo Coelho, que voulez-vous), sera parmi les 48 auteurs brésiliens invités au Salon du Livre de Paris (20-23 mars) dans le cadre de la programmation « Le Brésil à l’honneur ».

18 février 2015

Dans les archives de la police politique / Lancement Pagu (16)

São Paulo, 23 janvier 1936, au soir : Patrícia Galvão (1910-1962), dite Pagu, membre du PCB illégal, première femme incarcérée pour raisons politiques au Brésil, dès 1931, et surveillée de plus en plus étroitement par la police politique, le Deops (Departamento de Ordem Política e Social), qui intensifiait alors la traque des activistes communistes au lendemain de l’insurrection manquée (nov. 1935) de Luís Carlos Prestes — Pagu, lasse, est enfin appréhendée « en flagrant délit d’action extrémiste » (comme le rapporte la presse), c’est-à-dire apparemment sur le point de transmettre du matériel de propagande, en pleine rue, lors d’un rendez-vous clandestin.
Ce n’est pas sa première arrestation, mais ce coup de filet augure de sa mise à l’ombre pour un certain temps : inculpée de crime politique, relaxée par la Justice Fédérale de São Paulo (faute de preuves concluantes) puis condamnée plus sûrement à deux ans et demi de prison par le Tribunal Militaire de Rio, elle s’évade en octobre 1937 pour quelques mois, à la faveur d’une hospitalisation, s’engage dans un groupe trotskiste dissident, et se voit nouvellement arrêtée en avril 1938 et condamnée à deux ans par le Tribunal de Segurança Nacional. De 25 à 30 ans, près de cinq années, cavale comprise, dans les geôles d’une sombre dictature. Victime, parmi bien d’autres, de ces années de terreur dans le Brésil de Vargas.

Le procès-verbal de son interrogatoire, le jour-même à la Surintendance de l’Ordre Politique et Social, jette une lumière crue sur ce que pouvait être alors le quotidien d’un militant poussé à la clandestinité, comme sur l’humeur politique de Pagu, en consignant…

que depuis l’année 1930 la déclarante sympathise avec le communisme, parce qu’elle voit des injustices dans le régime présent et que seul le Parti Communiste peut y apporter une solution, en installant la dictature du prolétariat dans un premier temps, pour ensuite établir le régime communiste ; que, si la déclarante en ayant l’occasion, elle a l’intention de prêter main forte, la déclarante se refuse à déclarer si elle aidera ou non la lutte révolutionnaire ; que la déclarante a déjà été détenue douze fois, plus ou moins, toujours sans aucune preuve ; que la déclarante a été arrêtée une fois à Santos durant un meeting du « Secours Rouge », Herculano de Souza étant mort à cette occasion ; que la déclarante, quant au matériel trouvé à son domicile, doit informer qu’elle n’en était que dépositaire, toute question à ce sujet étant inutile, parce qu’elle ne sait pas le nom de la personne qui l’a laissé là, ne le connaissant que de vue ; que la déclarante adopte le nom de « Paula » depuis douze ou quinze jours, parce qu’elle savait qu’elle était recherchée par la police ; que la déclarante réside dans la rue susmentionnée [rua Domingos de Morais] depuis douze ou quinze jours, étant donné qu’elle a résidé auparavant dans la maison d’un conducteur de la Light, Rizzieri Mazziotti, vers le Bosque da Saúde, durant huit jours ; que de cette adresse la déclarante est allée résider à Santo Amaro, rue Senador Flaquer, dont elle ne se rappelle plus le numéro, ne faisant qu’y résider ; que la déclarante, contre la volonté du conducteur Rizzieri Mazziotti, a laissé dans sa maison une machine à écrire, avec laquelle elle travaillait sur des traductions et des services particuliers ; que la déclarante a résidé également à la rédaction du journal A Plateia, étant assuré que la machine l’a suivie là également ; que, quant aux papiers stencils trouvés à son domicile aujourd’hui, la déclarante doit également dire qu’ils ne lui appartiennent pas ; que la déclarante est arrivée d’Europe il y a trois mois plus ou moins et que, de passage, elle s’est trouvée en Russie, y ayant perfectionné sa sympathie pour le communisme s’agissant du seul pays où il a été installé ; que, quant au matériel appréhendé aujourd’hui à son domicile, concernant l’« Aliança Nacional Libertadora » et le « Governo Nacional Popular Revolucionário », elle ne peut non plus rien dire, car, comme elle l’a dit, elle en était dépositaire, ne sachant rien à ce sujet. Elle n’a rien dit de plus.

(doc. dactylographié, dossier P. Galvão du Fonds Deops,
Archives Publiques de l’État de São Paulo ;
reproduit dans Viva Pagu : Fotobiografia de Patrícia Galvão,
éd. de Lúcia Maria Teixeira Furlani et Geraldo Galvão Ferraz,
Santos/ São Paulo, Unisanta/ Imprensa Oficial do Estado de São Paulo, 2010, p. 156.)

Photo de P. Galvão, fournie par les services de police
et diffusée par la presse en janvier 1936 :
fonds Lúcia Maria Teixeira Furlani / Centro de Estudos Pagu Unisanta.

Trad. A. C.

15 février 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (13)

Notes
Pagu

São Paulo vient de se réaffirmer à l’avant-garde littéraire qu’elle occupe avec l’apparition d’un roman social de Mara Lobo (Pagu) intitulé Parc industriel et qui a pour sujet la lutte déjà définie dans le grand centre économique du pays entre la classe capitaliste et la classe prolétaire. Ce livre, qui a rencontré un grand succès de librairie, est écrit avec une liberté inouïe mais sans perdre sa finalité de propagande sociale.
Dans le Jornal do Brasil, le célèbre critique et académicien João Ribeiro l’a considéré comme un travail merveilleux et poignant dans presque toutes ses pages.
Les personnages de Parc industriel sont tirés sur le vif de la société pauliste et de ses milieux prolétaires.
En eux se rencontrent et s’entrechoquent les différents courants idéologiques qui définissent la lutte des classes, toujours plus aiguë dans le développement de la crise mondiale.
L’atmosphère de désagrégation des classes possédantes met en relief la lutte prolétaire qui s’agite dans la São Paulo du capital et du travail. Le langage cru des dialogues de Parc industriel résulte de la copie fidèle de ce qui se passe dans l’un et l’autre secteur. C’est en fin de compte le langage d’un livre impressionnant, qui ne peut avoir de plus grande fatalité. Le nouveau Brésil, résultat des transformations économiques, politiques et sociales postérieures à octobre 1930, a trouvé en Mara Lobo ou Pagu (dont le véritable nom est Patrícia Galvão) un notable conservateur qui en outre possède le sens dramatique et social des situations de classe.
Parc industriel constitue de fait un excellent début d’écrivain, bien plus important que les poèmes inédits qui ont classé Pagu dans le concours lancé par la revue O Malho pour savoir quelle est la plus grande poétesse brésilienne actuelle.
Pagu, qui a adopté ce pseudonyme il y a plusieurs années, dans le journalisme de São Paulo, va désormais partir pour Leticia, comme correspondante de guerre de différents journaux.

(Anonyme, « Notas / Pagu »,
Diário da Manhã, Vitória (Espírito Santo), jeudi 9 mars 1933, p. 1.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

13 février 2015

L’humour d’avant-hier soir / Lancement Pagu (8)

Les styles caricaturés
par Osvaldo da Sylveyra

Patrícia Galvão (Pagu)

U.R.S.S.
(poème soviétique)

« à qui est cette 4 cylindres
qui passe en ronflant
sur l’Av. Paulista
comme un sanglier
piétinant
celui qui passe ?
elle est à cet imbécile
de petit-bourgeois
qui travaille
jusqu’à 10h chez Matarazzo ;
mais je me vengerai
’tendez voir !
un jour moi aussi
j’achèterai une ford
à crédit
et je montrerai à ces types-là
comment on les piétine !
vous croyez que j’ai peur
du Cabinet ?
tss !!! »

(Osv. da Sylveyra, « Estylos em caricatura / Patrícia Galvão (Pagu) »,
O Malho, Rio de Janeiro, n°1576, 4 mars 1933, p. 11.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

L’édito d’avant-hier soir / Lancement Pagu (7)

[L'Homme du Peuple]

Ordre et Progrès
par Oswald de Andrade

Nous n’avons ni généraux ni prophètes. Nous sommes l’opinion libre mais bien informée.
Nous savons nous positionner dans l’espace-temps.
Nous savons qu’il existe à São Paulo un courant séparatiste qui préfère l’occupation étrangère à l’évolution du Brésil dans la direction de l’explosion du monde par la guerre et par la révolution sociale.
Nous savons qu’aux frontières du Sud il existe un grand chef* capable de créer une aventure de caractère romantique et populaire.
Nous savons que le parti communiste, aidé par les faits, prépare les masses des usines et des campagnes, tandis que la résistance Koulak se forme dans la dissolution naturelle des latifundios. Dans ce secteur, le déterminisme historique se divise en deux et s’affronte.
Nous savons qu’il y a de mystiques estomacs vides au Nord-Est, des arrivistes dans le Sud, des indifférents à l’Ouest, des canons impérialistes dans nos eaux.
Nous savons qu’existe l’aile des gauchers, dans le monde comme ici. Y adhèrent ceux qui, croyant être de gauche, ne sont rien d’autre que des droitistes confus.
Entre les uns et les autres, nous nous positionnons avec une immense et claire sympathie du côté des revendications de notre peuple exploité.
Notre programme est simple — il suffit que d’intégrer notre drapeau. Donner vie, force et signification à une devise qui hier encore semblait vide et ironique — ORDRE ET progrès. Miracle des idées dites subversives !
Nous voulons la révolution nationale comme étape vers l’harmonie planétaire que nous promet l’ère de la machine.
Contre les grands trusts parasitaires qui vivent de notre bain turc de peuple agriculteur. Nous voulons la révolution technique et donc l’efficacité américaine. Nous admirons la Russie actuelle, car désordonnés que nous sommes encore, nous devons respecter les maisons avec comptabilité. Nous combattrons donc du côté de la rationalisation économique et contre le colin-maillard de la production capitaliste. Ordre économique, progrès technique et social. En 1923, la Russie avait un déficit de près de 6 millions de roubles dans sa métallurgie, tandis que prospéraient de manière stupéfiante les brasseries et les petits bars. Dans n’importe quel pays capitaliste orienté par les forces aveugles du marché et par le profit anarchique de l’offre et de la demande, les bars auraient prospéré comme ici le café sous la productive vigilance de MM. Lazard Brothers, et la métallurgie aurait péri.
Mais dans la patrie de Lénine, c’est le contraire qui se produisit. Il n’y eut jamais surproduction de brasseries et la métallurgie, qui au début fut aidée, concentre aujourd’hui les merveilleux résultats du plan quinquennal.
Ici, les capitaux étrangers ont étrangement déformé notre économie.
D’un pays qui possède la plus grande réserve de fer et le plus haut potentiel hydraulique, ils ont fait un pays de dessert. Café, sucre, tabac, bananes.
Qu’ils nous laissent au moins les bananes !
Les capitaux étrangers ont acheté nos chutes d’eau et ont créé un sordide et mol urbanisme colonial qui est devenu ce qu’ils désiraient — l’un des meilleurs marchés pour leurs produits et leurs hochets.
De la sorte, l’or entre par le café et sort par le pot d’échappement des automobiles. Nous dépensons trois cent mille contos annuels en pneumatiques, essence ou choses de ce genre. Et l’Amazonie du caoutchouc comme le bassin de l’alcool-moteur périssent.
Notre capacité intérieure de consommation pour le café (40 millions d’habitants) serait normalement de 5 millions de sacs par an. Mais qui a dit que le Pauliste ou n’importe quel autre homme riche du littoral s’est jamais incommodé plus que lyriquement des populations affamées du Nordeste ou des récents esclaves de Mister Ford ? Nous protégeons le sel d’Espagne contre la production des salines du Rio Grande do Norte. Nous mangeons la pomme de Californie, la morue et la sardine, mais nous maintenons au plus avilissant des bas niveaux celui qui produit les fruits les meilleurs du monde et celui qui pêche l’abondant poisson de nos rivières et de notre mer. Si nous n’achetons rien aux autres États du pays, il est plus que logique que nous suffoquions sous 22 millions de sacs de café, la pierre y compris !
Dans le tram où nous montons, dans le cinéma où nous entrons, dans le pain que nous mangeons, nous mettons avec le sourire la généreuse obole de plus de 50% pour les petits pauvres étrangers qui ont aidé à créer notre grandeur.
Telle est la situation du Brésil, dans laquelle O HOMEM DO POVO se situe pour dire ce qu’il endure, ce qu’il pense et ce qu’il veut.

(O. de Andrade, « Ordem e Progresso »,
édito d’O Homem do Povo, São Paulo, n°1, 27 mars 1931.)

* Luís Carlos Prestes (1898-1990), figure majeure du tenentismo, mouvement politico-militaire insurrectionnel dans les années 1920 ; passé au marxisme et alors en exil à Montevideo (Uruguay).
Trad. A. C.

29 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (6)

La vie mondaine
Lettres et Arts

Parc industriel, l’intéressant roman de Mara Lobo, continue d’obtenir un grand succès de librairie.

(notule tirée de la rubrique « Vida mundana / Letras e artes »,
Diário Carioca, Rio de Janeiro, dimanche 29 janvier 1933, p. 4.)







À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

26 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (5)

Registre littéraire
par João Ribeiro

Mara Lobo, Parc industriel, São Paulo, s. n.

C’est un livre d’une grande modernité par son sujet et par la philosophie que nous pouvons déduire de ses véhéments concepts. Il s’agit de la vie prolétaire qui vit ou végète sous la pression des classes dominantes. C’est, donc, un libelle, sous la forme du roman qui est toujours plus adaptée à la lecture et à la compréhension populaire.
Mara Lobo, ou Pagu, comme nous le révèle une note bibliographique de ce journal, s’est faite ouvrière pour connaître la vie prolétaire sous tous ses aspects de misère morale victime de l’exploitation des millionnaires.
Quel que soit l’excès littéraire de ce roman anti-bourgeois, la vérité ressort involontairement de ces pages véhémentes et tristes. Les mêmes misères et exploitations existent à l’intérieur de la bourgeoisie, dans la lutte sentimentale qui oppose les forts et les habiles aux êtres faibles et sans défense. On ne peut nier que le bourgeois n’est qu’un surnom de l’exploiteur quelle que soit son origine de classe, indistinctement. C’est un surnom littéraire quand les victimes sont humbles et sans protection, sans argent et sans ressources. Alors, le prétendu bourgeois encourage et fomente les tendances érotiques des malheureuses qui lui tombent entre les mains, par ambition, sous la force de désirs irrépressibles de vanité, de luxe et d’oisiveté. Elles paraissent alors des victimes, quand il n’est pas rare qu’elles soient également des bourreaux, et elles font leurs affaires comme elles peuvent. Enfin, l’argent est la cause principale de ces drames plus ou moins honteux et ignorés. Quoi qu’il en soit, les faits sont positifs et les misérables créatures s’élèvent et retombent selon ce rythme de dépravation et d’aventure.
Mara Lobo a choisi son thème dans la classe prolétaire la plus prédisposée à ces catastrophes amoureuses et lubriques. Les filles que le Moloch de l’industrie prépare au sacrifice forment une armée dans les grandes villes industrielles. Elles sont comme ces domestiques qui profitent de ce qu’elles appellent l’anse du panier*.
Naturellement, ceux qui profitent sont les bourgeois, parce qu’ils ont plus d’argent et qu’ils peuvent le consacrer à ces dépenses marginales, sans travail de contrainte et presque sans crime, au sens de la loi, qui est essentiellement bourgeoise.
Le roman de Mara Lobo est un pamphlet admirable d’observations et de probabilités.
La phrase qui suit définit l’esprit du livre :
« À travers les cent rues du Brás, la longue file matinale des enfants naturels de la société. Enfants naturels parce qu’ils se distinguent des autres qui ont eu de copieux héritages et accès à tout dans la vie. La bourgeoisie a toujours des enfants légitimes. Même si les épouses vertueuses sont adultères… »
Il y a dans ces lignes quelques morceaux de vérité. Et c’est pourquoi, sans être intégralement authentique, le livre de Mara Lobo n’est pas l’un de ces mensonges de la convention sociale.
Les descriptions sont magnifiques et les dialogues entre les filles qui, le lundi, sortent en direction des usines, sont de cette teneur :
« — Moi je me marierai qu’avec un travailleur.
« — La poisse ! Avec moi ça fait assez d’une pauvre. Passer toute ma vie dans cette m… »
Il y a, par conséquent, une volonté de sortir de l’ignominie du travail. Le dit bourgeois n’est parfois pas plus qu’un incitateur, un calculateur sans succès.
Le style du livre est l’un des éléments de satisfaction de Parc industriel. Pour les « filles vachement jolies » la moindre fête est sensass. L’une d’elles, enfin, Eleonora, de l’École Normale du Brás, fait un mariage luxueux. Elle épouse richement Alfredo Rocha. Elle était au bord du naufrage, prête à presque toutes les concessions. Mais elle s’est sauvée dans l’extrémité, et du Brás elle a évolué vers une maisonnette futuriste dans un quartier élégant.
Il y a un carnaval, comme il y a une série de tableaux pittoresques et merveilleux, dessinés avec un grand réalisme (page 51) [p.45-46 dans l’éd. française à paraître], qu’il est impossible de reproduire mais que l’on peut recommander au lecteur doué d’un œil leste. Corina, la métisse, avec « le ventre de celui qui a mangé de la terre », est un épisode émouvant. Elle se paye, elle se vend. « La souffrance du pauvre c’est l’argent. »
Nous ignorons si le prolétariat se tiendra pour défendu dans ce livre anti-bourgeois. Il est probable que non. La misère ou le besoin ne croient pas en leurs propres avocats ; naturellement, ils protesteront.
La vérité est que le livra comptera d’innombrables lecteurs, pour l’éclatante beauté de ses tableaux vivants de dissolution et de mort.
Le type de la plus grande résistance est Alfredo, qui enfile la blouse qu’il avait désirée depuis sa littérature de livres libertaires, ayant déjà abandonné l’abjecte Eleonora, qui a dévoré sa fortune, et, par bonheur, ayant trouvé Otávia, la compagne saine et forte, pure et consciente comme il avait rêvé…
Alfredo est, malgré tout, un oppositionniste de gauche, un désillusionné, qui a adopté cette dissimulation de gauchiste…
On voit bien que la bourgeoisie est impropre à sauver le prolétariat. Pas plus que le prolétariat, comme en Russie, ne peut de se sauver lui-même.

(J. Ribeiro, « Registro literário / Mara Lobo, Parque industrial,
S. Paulo, sem indicação de tipografia »,
Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, jeudi 26 janvier 1933, p. 8.)


N.B. : Critique littéraire de renom, membre depuis 1898 de l’Academia Brasileira de Letras, João Ribeiro (1860-1934) s’était montré régulièrement attentif, en aîné honnête et pondéré, aux productions de la jeune génération moderniste dans les années 1920, et signait là l’une de ses dernières recensions. À la reprise de cet article dans le volume posthume Os modernos (Crítica, vol. IX, 1952), saluant sans ambages « le critique le plus illustre et le plus aimable de son temps », Patrícia Galvão devait s’amuser de se voir incluse, dans la table des matières, « entre deux calamités — le Jorge Amado du Pays du Carnaval et le Tristão de Ataíde des Études et de la Doctrine catholique » (Fanfulla, São Paulo, 27 mai 1953).



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

24 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (4)

Bibliographie

Mara Lobo, Parc industriel, São Paulo

Pagu (Mara Lobo) qui vient
de publier avec grand succès
son roman Parque industrial
Parc industriel, au commencement d’une littérature anémique, pauvre en couleur et en vibration, comme l’est la littérature brésilienne, présente une saveur et une violence impressionnantes.
Mara Lobo, le nom qui apparaît comme étant celui de l’auteur de Parc industriel, n’est rien d’autre qu’un pseudonyme. Et ce pseudonyme dissimule Pagu, cette curieuse et admirable Pagu, qui se révélait il y a peu, à São Paulo et Rio, une femme de culture et d’action.
Réellement, Pagu a eu une vie singulière, dans ce pays. D’hier date sa campagne d’O Homem do Povo, campagne qu’elle mena aux côtés d’Oswald de Andrade, et qui s’acheva en un grave conflit.
Ensuite elle se prolétarisa, enfila la blouse de l’ouvrière, travailla en usine. C’est de cette phase que lui sont restées les impressions qui, condensées en un livre, donnèrent ce roman rapide, expressif, vibrant, clair, qu’est Parc industriel.
Livre prolétaire, roman dans lequel évoluent des ouvriers malheureux et des millionnaires inconscients — Parc industriel est un cri, une protestation qu’il faut prendre en considération.
Du succès que le livre rencontre actuellement, peut témoigner le fait suivant : sorti il y a un peu plus d’une semaine [sic], il fait déjà l’objet d’une deuxième édition.

(Anonyme, « Bibliografia / Mara Lobo, Parque industrial, S. Paulo »,
Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, mardi 24 janvier 1933, p. 7.)

Dans le texte : ill. et légende originales.



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015