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28 janvier 2019

Scandaleuse Pagu

Un résumé pour l’autobiographie de Pagu ?
Le voici, excellemment bouclé par quelque rédacteur anonyme d’un quotidien de Rio, dès 1936. Tout y est, ou presque.
(L’ouvrage de Patrícia Galvão (Pagu), Matérialisme & zones érogènes, à paraître aux éditions Le Temps des Cerises, sera en librairie le 7 mars.)


Visage vert et idées rouges
« Pagu », détenue à Paraíso, à São Paulo, continue d’alimenter le sensationnalisme de la presse

Pagu, lors de sa récente arrestation, à São Paulo

São Paulo, le 15 (Correspondance spéciale pour A Nação).
Dona Patrícia Galvão, qui s’est rendue célèbre sous le pseudonyme « Pagu », est de ces créatures destinées à rester toujours au centre des attentions.
Prise par la fièvre ou par le désir d’occuper l’affiche, jolie, jeune, intelligente, mais jugeant ces qualités insuffisantes pour attirer sur elle la curiosité publique, « Pagu », qui appartient à une importante et respectable famille pauliste, est apparue un beau jour, dans la capitale de São Paulo, toute saupoudrée de poudre de riz verte et du bâton violet sur les lèvres.
C’est de ce jour que date la célébrité de « Pagu ».
Se liant, plus tard, à l’écrivain Oswald de Andrade, communiste déclaré, « Pagu » est devenue une sorte de Paul de Tarse féminin de la doctrine marxiste et des credos de Moscou. Après la révolution de 1930, tandis que le général Miguel Costa était secrétaire de la Sûreté publique de São Paulo, « Pagu » et Oswald, profitant d’une ambiance favorable, lancèrent un journal incendiaire, O Homem do Povo, dans lequel ils s’en prenaient à tout ce qui ne sentait pas Lénine, Engels ou Marx. Un jour, la feuille de chou attaqua la Faculté de Droit, en affirmant qu’il fallait raser la vieille et traditionnelle école, et en traitant les étudiants d’ânes bâtés et autres épithètes semblables. Les élèves de la Faculté se rassemblèrent et réagirent, en décidant de saccager la feuille de chou. Se trouvaient à la rédaction, entre autres, Oswald et « Pagu ». L’affaire promettait, et le personnel de la rédaction voulut se mettre à l’abri, en prenant ses jambes à son cou. « Pagu », néanmoins », vit dans cet incident une nouvelle occasion de se mettre en évidence. Et armée d’un révolver, elle fit irruption au sommet des marches. Une huée fracassante accompagna la spectaculaire apparition.
Il y eut des cris, du chahut, des fuites et, bientôt, « Pagu » et quelques-uns des manifestants se trouvaient à la Police centrale, où le général Miguel Costa les admonestait, suspendant dorénavant la circulation d’O Homem do Povo.
« Pagu », la jeune femme qui ne se contentait pas d’être simplement jolie, se rendait de plus en plus célèbre.
À présent, impliquée dans la question de la conspiration communiste, « Pagu » a été arrêtée et incarcérée à la prison de Paraíso.
Mais là encore, dans ce repos imposé, « Pagu » donne de quoi faire aux autorités. De fait, on vient d’observer un curieux conflit juridictionnel entre l’avocat de la jeune communiste et le commissaire de l’Ordre Politique et Social, à propos de la visite de son défenseur à « Pagu ».
L’affaire promet et la femme à la poudre de riz verte qui prêche des idées rouges est certainement en train de se frotter les mains, de contentement. Bien sûr ! Elle est encore une fois sur la sellette…

Trad. A. C.

Source :
« Rosto verde e ideias vermelhas » (texte anonyme)
A Nação, Rio de Janeiro, 16 février 1936, p. 1 et 4
(Photo et légende d’origine.)

14 janvier 2019

« Il vaudrait mieux tout avaler et jeter tout ça. »

un fragment de
Matérialisme & zones érogènes
l’autobiographie précoce de
Patrícia Galvão (Pagu)
aux éditions Le Temps des Cerises

en librairie le 7 mars

4 juin 2018

Un communiqué


Linha a Linha convida para o lançamento:

Patrícia Galvão
Parque Industrial
romance proletário

Dia 23/06
às 16h na Tapera Taperá
Av. São Luís, 187 – 2° andar loja 29 – República
[São Paulo]

O primeiro romance proletário do Brasil, escrito por Pagu, chega em nova edição impressa para o público brasileiro, 85 anos depois de sua publicação original. A nova edição inclui posfácios, notas críticas e uma apresentação inédita de Augusto de Campos.

Para celebrar o aniversário da obra, o 108º aniversário de Pagu e o lançamento deste que é o primeiro livro do catálogo da Linha a Linha, promoveremos um debate com o tema

« Entre golpes: mulheres e política na literatura brasileira,
de 1933 a 2018 »

Os convidados do debate são:
- Ana Rüsche
- Paulo Ferraz
- Augusto de Campos (a confirmar)
- Marília Moschkovich (mediação, Editora Linha a Linha)

Após o debate está prevista uma leitura/performance de um trecho da obra, com a atriz Sophia Castellano.

* * * * *
Sobre a edição crítica:

Pagu tornou-se, nas últimas décadas, quase um mito do modernismo brasileiro. A imagem da jovem militante arrojada, despudorada e destemida povoa o imaginário daquelas (e daqueles) que se aventuram pela nossa literatura, pelo feminismo ou pela militância revolucionária. Pagu — essa Pagu, jovem Pagu — é um ícone. Das mãos de Pagu nasce em palavras e palavrões o Parque Industrial.

Como nos lembra Augusto de Campos na apresentação desta edição comemorativa de Parque Industrial, a autora não tinha sequer completado 23 anos quando as bombásticas páginas encadernadas às pressas eram distribuídas pela primeira vez, na virada do ano de 1932 para 1933. No dia 9 de junho de 2018, quando estas páginas estarão sendo processadas em gráfica, Pagu celebraria seu 108º aniversário.

O Brasil ainda não contava, porém, com uma edição crítica desta obra, que só fez crescer com o tempo. Esta nova edição impressa de Parque Industrial vem à luz para reacender o fogo antropofágico numa sociedade que ainda batalha contra praticamente as mesmas contradições de classe.

Além do texto original do romance de Pagu, a edição vem acompanhada de riquíssimas notas explicativas elaboradas por Antoine Chareyre, tradutor da edição francesa e pesquisador da literatura modernista brasileira. As notas situam a leitura no contexto histórico da época e, por vezes, também na própria biografia de Pagu.

Dois posfácios, em primeira tradução para a língua portuguesa, fazem desta uma edição imprescindível para os estudiosos do romance e de sua autora: o primeiro deles, escrito por Antoine Chareyre, foi publicado originalmente com a edição francesa e o segundo, um ensaio crítico de Kenneth David Jackson, acompanhou a edição estadunidense da obra.

10 mars 2015

Le concours d’avant-hier soir / Lancement Pagu (23)

Quelle est la plus grande
des poétesses brésiliennes ?

Concours organisé par O Malho
auprès de 250 intellectuels brésiliens résidant à Rio de Janeiro


Dépouillement final :

Gilka Machado    100
Maria Eugênia Celso    41
Rosalina C. Lisbôa    11
Carmen Cinira    10
Anna Amelia C. de Mendonça    10
Patrícia Galvão (Pagu)    7
Cecília Meirelles    6
Henriqueta Lisbôa    3
Lia Corrêa Dutra    1
Leda Rios    1
Hildeth Favilla    1
Else Machado    1
Heloisa Bezerra    1
Elza Araripe Milanez    1
Eneida    1
Ide Blumenschein (Colombina)    1
Palmyra Wanderley    1

(O Malho du 18 mars 1933.)

[Ont voté pour Pagu : Garcia de Rezende, Danton Jobin, Ary Pavão, Martins Castello, Arnon de Mello, Ricardo Pinto et Aníbal Machado.]


Justification de Jorge Amado

Gilka Machado est sans nul doute la plus grande poétesse brésilienne. Si elle n’existait pas, j’hésiterais entre Eneida et Pagu.

(O Malho du 17 décembre 1932.)


Justification de Garcia de Rezende

Je vote pour Pagu pour une raison fondamentale : parce qu’elle a foudroyé anthropophagiquement le vieil et indigne sentiment poétique, dans un pays où l’on confond poésie et lubricité. Cela fut un acte de bravoure.

(O Malho du 17 décembre 1932.)


Justification d’Ary Pavão

En débutant sa section « Panorama » dans le Diário Carioca [du 16 décembre], Ary Pavão a publié la justification qui suit, pour son vote hors-concours, que nous ne pouvons qu’avoir le plaisir de transcrire :
Je vote pour Pagu. J’ai envoyé, hier, mon vote pour le concours ouvert par O Malho, par lequel on cherche à élire la plus grande poétesse du Brésil, et dans le corps électoral duquel j’ai été qualifié et enrôlé ex officio — suivant les schémas observés par les nouveaux règlements que Dieu Notre Seigneur a instaurés pour faciliter l’exercice de notre débutante démocratie.
J’ai voté pour Pagu, en hommage à la jeune intelligence de notre pays et à l’unique et authentique expression du féminisme national.
* * *
Patrícia Galvão — Pagu — est apparue un jour, à São Paulo, en empoignant le milieu artistique du grand État de son esprit révolutionnaire d’écrivaine. Ses vers apportaient un parfum de sève jeune et une chaleur inconnue de modernité.
Car — par-dessus tout — Pagu était belle ; et une poétesse laide, c’est comme entendre la plus douce mélodie exécutée par l’orgue-de-barbarie de l’homme au perroquet qui lit la bonne aventure dans les rues des faubourgs.
Dans le journalisme de São Paulo, Pagu a fait les quatre cents coups… Elle a suscité des polémiques, a provoqué des scandales, a tiré des coups de révolver, a pris des coups dans le dos, comme n’importe quel voyou du Morro da Mangueira — et, un jour, elle est sortie de la rédaction entre deux rangées de policiers et de bourgeois révoltés.
C’est ainsi que je comprends le Féminisme, d’où mon admiration pour Pagu.
Le féminisme qui veut les profits du sexe masculin, qui nous prend nos postes avec l’argument imparable d’une paire de jambes hallucinantes, mais qui ne voyage pas sur le marche-pied du tram et ne prend pas les armes, comme l’a rappelé à la bonne heure l’esprit malicieux du général Góes Monteiro — cela n’est pas le Féminisme — c’est un emmerdement.
Le jour où toutes les femmes adeptes du nouveau credo se présenteront avec le courage et la sincérité de Pagu, alors, oui.
J’admettrai que les hommes soient relégués au plan peu agréable qui consiste à changer les couches et à donner le biberon aux bébés... ou à quelque chose de bien pire — si Notre Dame de la Parturition n’a pas pitié de nous.

(O Malho du 31 décembre 1932.)


(Extraits de l’enquête-feuilleton « Qual a maior das poetisas brasileiras ? »,
O Malho (Rio de Janeiro), décembre 1932 – mars 1933.)

Dans le texte : photo de Pagu inséré dans O Malho du 28 janvier 1933.

24 février 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (22)

De Pagu, de Jorge Amado, qui a écrit un véritable « roman prolétaire » ? Comme en réponse à Murilo Mendes, un dernier article pour mettre tout le monde d’accord. Encore un effort pour être prolétaire !

Encore sur Cacao de Jorge Amado
par Eneida

Il y a dans le livre Cacao de Jorge Amado une question qui mérite une réponse :
— Est-ce un roman prolétaire ?
Il n’y a qu’une réponse : Non. M. Jorge Amado n’a pas fait un livre prolétaire.
* * *
Toute la nouveauté, actuellement au Brésil, consiste dans la préoccupation qu’on a d’intituler comme prolétaire une littérature pornographique et fausse. Et apparaissent alors les monstrueux livres de Pagu, Oswald de Andrade, etc., etc. Gros mots. Pornographie. Dissolution. Livres typiquement fin de régime, bien faits pour les délires sexuels des demi-vierges. Mais le terme prolétaire se répand telle une épidémie.
La littérature prolétaire est irréconciliable avec le pessimisme, le scepticisme et toutes les autres espèces de prostration intellectuelle. Elle est concrète, vivante, imprégnée de collectivisme réel, et elle nourrit avec conviction une croyance illimitée dans l’avenir.
D’après les pseudo-écrivains « prolétaires » du Brésil, faire de la littérature prolétaire c’est écrire de manière fautive, employer mal tous les mots et envisager avec une profonde naïveté les choses de la vie.
Cacao est ainsi.
* * *
Ceux qui connaissent par le fait de quoi se compose un prolétaire et un révolutionnaire, en lisant Cacao, sauront que Jorge Amado ne peut être tout au plus qu’un révolté et un petit-bourgeois, avec tous les défauts typiques de sa classe.
Le livre, en prenant un caractère autobiographique, travail individualiste de petit-bourgeois désespéré parce que sa position d’infériorité économique ne lui permet pas d’épouser (civilement et religieusement) la fille du maître d’esclaves : le patron.
Rien chez lui n’est révolutionnaire. Son ascendance : des parents aisés. Son enfance heureuse, et lorsque, adolescent, il rompt avec son oncle, c’est en raison d’une question de femmes.
Le livre tout entier reflète un individualisme égoïste. Il n’y a pas de vie. Il n’y a pas de concrétisation des fins. Il ne parvient pas à révolter. Il ne parle pas à la collectivité. Son auteur nie l’axiome du matérialisme dialectique : la vie détermine la conscience.
À la lecture des 197 pages, nous apprenons que le père (du narrateur ?), bien que… « aimant beaucoup la musique » et possédant une usine où les conditions de travail et de vie ne sont pas (ne peuvent être) différentes, dans ce régime capitaliste, des autres usines, n’exploite pas trop ses ouvriers. Ensuite vient la « gloire » d’être de bonne famille, ce que l’auteur souligne au long des 197 pages, comme si les travailleurs étaient de mauvaise famille…
Quel écrivain prolétaire (au sens véritable du terme) peut ignorer la lutte des classes ?
D’après Jorge Amado, les travailleurs du cacao, et tous les travailleurs du Nord et du Nord-Est, vivent une vie de débauche, d’ivrognerie, de prostituées et de démonstrations de bravoure. Rien, absolument rien dans ce livre n’éclaire, ne met à nu la tragédie économique des travailleurs de la campagne, la tragédie économique qui, ici plus aiguë, là moins, est toujours et partout la même tragédie de l’exploitation de l’homme par l’homme. Des ouvriers qui apparaissent dans Cacao, aucun n’a une conscience de classe, et pourtant nous autres ressentons que le travailleur du Brésil est déjà en train de se réveiller et de comprendre la seule vraie ligne à suivre. Mais le livre de Jorge Amado est une débauche constante. Les femmes, toutes, remarquez bien, toutes les ouvrières dans Cacao sont, ont été ou seront prostituées. Pourtant, la fille du patron, l’enfant mondaine, la poétesse crétine, celle-là mérite presque son adoration, et apparaît avec une sympathie toute spéciale. N’est-ce pas là une solidarité de classe ?
Dans Cacao, nous n’avons aucun contact avec la masse. Nous connaissons deux ou trois ouvriers : l’un parce qu’il tue des gens, l’autre parce qu’il fait le fier chez les prostituées, et seulement un parce qu’il sait qu’« il y a quelque chose ». Mais (crainte ? ignorance ?) l’auteur se refuse à nous expliquer ce qu’est ce « quelque chose », se refuse à nous dire ce que ressent cet ouvrier, ce qu’il pense, et, avec un sentiment de lâcheté qui accompagne chaque ligne du livre (et à tel point qu’elle en arrive même à faire en sorte que ne soit écrit qu’une seule fois le mot : bourgeoisie), il fait de ce personnage une petit-bourgeois confus (comme l’auteur) davantage qu’un ouvrier.
* * *
Pour Jorge Amado, la question sociale n’existe pas. Il n’est préoccupé et absorbé que par une question : la question sexuelle. Et de décrire des cuisses rondes, des ventres généreux et d’autres petites choses excitantes, bien faites pour la joie et l’amusement de la petite bourgeoisie.
* * *
Dans Cacao, toutes les questions s’emmêlent. Rien n’est clair. Tout se confond. La lâcheté politique, la lâcheté intellectuelle, la lâcheté religieuse (dieu prend encore un grand d), et il ne sait même pas pourquoi les prostituées sont des croyantes convaincues, ni la raison pour laquelle il y a des petits saints près des lits, dans les bordels. Jorge Amado pense également que la révolution prolétarienne sera faite avec les prostituées… Là-dessus son livre garantit qu’un jour « les rues de la prostitution se lèveront »… Jorge Amado ne sait même pas que la prostitution est un produit du régime lui-même, que la prostitution résulte de toute la tragédie économique créée par ce régime et qu’elle ne disparaîtra qu’avec le développement de la société socialiste en marche vers le communisme.
* * *
Les travailleurs, dans Cacao, ne pensent pas un seul instant à s’organiser. Ils ne discutent pas des possibles améliorations sociales dont jouiront leurs frères de classe en ville. Ils ne disent rien de la révolte d’une classe opprimée et forte qui coule dans leurs veines. Enfin, rien qui nous donne une idée de collectivisme.
La littérature prolétaire a pour finalité non seulement de transmettre le point de vue collectif, mais également d’orienter la conscience du prolétariat dans le sens de ses objectifs finaux.
Jorge Amado sait-il quels sont les objectifs finaux du prolétariat ? Non. Il pense que la lutte des classes ça n’est que « quelques mots plus beaux que la générosité », il pense également que la solidarité de classe c’est… ne pas épouser la fille du patron.
* * *
La littérature prolétaire n’est possible qu’au sein du régime prolétaire.
La littérature révolutionnaire est celle qui, au sein du régime capitaliste, parle de près des intérêts économico-politiques du prolétariat et des couches appauvries de la société.
* * *
Au moment critique de la lutte des classes que nous vivons, dans le heurt des antagonismes irréconciliables de la bourgeoise, à l’heure héroïque où les masses opprimées des campagnes et des villes attendent le signal pour se réunir et ensuite avancer, ce ne seront pas ces œuvres mystificatrices étiquetées comme prolétaires et révolutionnaires qui détourneront le prolétariat brésilien et international de son assaut décisif, pas plus qu’elles ne détourneront le cours du processus révolutionnaire tracé par le matérialisme historique.
* * *
Et aux entreprises inavouables d’éléments anarchiques et fauteurs de division comme l’œuvre de Jorge Amado, le prolétariat brésilien répondra que « l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».
Rio, novembre 1933.

(Eneida, « Ainda sobre Cacau de Jorge Amado »,
O Homem Livre, São Paulo, rédacteur en chef : Geraldo Ferraz,
1e année, n°21, 3 janvier 1934, p. 4.)

N. B. : Eneida, nom sous lequel se faisait appeler Eneida de Villas Boas Costa de Moraes (1904-1971), écrivain et journaliste, fut une militante éphémère au PCB dont elle fut écartée, en tant qu’intellectuelle, en même temps que son compagnon José Vilar (secrétaire-général du Parti de janvier à novembre 1932), tous deux étant trahis par la camarade Patrícia Galvão obéissant aveuglément aux ordres de l’appareil prolétarisé. Emprisonnée elle aussi sous l’Estado Novo, elle connaît en détention Olga Benario, la compagne de Prestes, et le romancier Graciliano Ramos, qui l’évoque dans ses Memórias do Cárcere (éd. posthume, 1953 ; Mémoires de prison, éd. et trad. Antoine Seel et Jorge Coli, Gallimard, « Du monde entier », 1988).



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (21)

Note sur Cacao
[et sur Parc industriel]
par Murilo Mendes

Cacao est-il un roman prolétaire ? demande Jorge Amado dès l’ouverture du livre. Il faut avant toute chose savoir ce que l’auteur entend par roman prolétaire. Je pense que la mentalité prolétaire est encore en formation ; ce n’est qu’à présent que le prolétariat prend conscience de son rôle historique ; par conséquent, surtout dans des pays au développement capitaliste très en retard, comme le nôtre, il n’existe pas encore une mentalité prolétaire. Naturellement, l’écrivain qui ne trouve pas de motifs d’inspiration dans la vie déjà en décomposition de la société bourgeoise, devra observer la vie des prolétaires, et, s’il veut être un écrivain révolutionnaire, devra s’intégrer à l’esprit prolétaire, dans le cas contraire il fera un simple reportage. Le cas récent de Pagu est typique. « Roman prolétaire », annonce l’auteur au frontispice de Parc industriel. Il y a erreur. C’est un reportage impressionniste, petit-bourgeois, réalisé par quelqu’un qui souhaitait franchir le pas mais ne l’a pas fait. On assiste à l’entrée à l’usine, à la sortie de l’usine, à des rencontres entre le fils du grand capitaliste et la fille de l’ouvrier, etc. Il semble que pour l’auteur l’objectif de la révolution soit de résoudre la question sexuelle.
Sur le parc industriel proprement dit, on sait peu de choses.
Quant à Cacao, ce livre a une tout autre consistance. L’auteur examine la vie des travailleurs de la plantation de cacao avec une ample vision du problème, et ne sacrifie pas au pittoresque l’intérêt humain du drame. Du point de vue littéraire il est bien écrit, sans excès de détails descriptifs ; les conditions de vie dans les plantations sont présentées schématiquement, il y a du mouvement, du naturel dans les dialogues. Les personnages sont plutôt réalistes, même si la fille du Colonel, vers la fin du livre, a de ces palpitations qui nous font penser que l’auteur a voulu faire de la littérature. […]
Avec ce livre, Jorge Amado rejoint l’élite des nouveaux écrivains brésiliens.

(M. Mendes, « Nota sobre Cacau »,
Boletim de Ariel, Rio de Janeiro, n°12, septembre 1933, p. 317.)

N.B. : Murilo Mendes (1901-1975), auteur des éditions Ariel, publiait là dans la revue des éditions Ariel un compte-rendu sur un livre publié aux éditions Ariel. Il s’agit du 7e et dernier écho critique, le seul négatif, consacré à l’époque au roman de Patrícia Galvão (Pagu) qui fut le premier « roman prolétaire » au sens strict publié au Brésil, six mois avant celui de Jorge Amado, lequel connut un autre succès…

À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

Le scandale d’avant-hier soir / Lancement Pagu (20)

La police de Santos a incarcéré
un couple suspect
Pagu distribuait des bulletins subversifs
dans la ville voisine

Santos, le 29 (De la succursale du Diário Nacional) — Dimanche, peu avant 21 heures, un inspecteur de police, tandis qu’il passait par la place Telles, a repéré un couple en train d’y transiter. En observant bien les deux silhouettes, il est arrivé à la conclusion qu’ils étaient étrangers à la ville. Il s’est approché du couple suspect et l’a interpellé, étant mal reçu de lui. Voyant son autorité contestée, l’inspecteur a fait venir un fourgon carcéral pour conduire les deux inconnus au poste de police, qui se trouve dans les environs de la place Telles.
Au poste, le couple suspect a été interrogé par les autorités : elle, sur un ton arrogant, a déclaré qu’elle s’appelait Patrícia Galvão et lui Romão Guerreiro, imprimeur de profession. En les fouillant au corps, les autorités ont trouvé en leur possession plusieurs brochures subversives appelant les travailleurs des docks à se déclarer en grève.
Patrícia, relativement exaltée, a porté outrage aux autorités, rendant nécessaire la présence du commissaire régional, le capitaine Heitor Blanco Pedroão. Informé de ce qui se passait, le commissaire régional a ordonné le transfert du couple dans la prison publique, d’où Patrícia a été aujourd’hui transportée à São Paulo, afin d’être remise en liberté.
Son compagnon est resté en détention pour vérifications.
Patrícia Galvão, ou Elza Pagu, est relativement connue dans cette capitale, où elle fut, il y a peu encore, impliquée dans un conflit avec les étudiants de Droit, en raison de publications considérées comme injurieuses par ces derniers.
Aujourd’hui même, en soirée, la police a été informée de ce que Pagu était revenue dans la ville, pour continuer sa campagne subversive.

(« A polícia de Santos efetuou a prisão de um casal suspeito :
Pagu estava distribuindo boletins subversivos na visinha cidade »,
Diário Nacional, São Paulo, 30 juillet 1931.)

22 février 2015

Deux regards sur São Paulo / Lancement Pagu (19)


Étrange production du muet brésilien, avatar exotique du Berlin, Die Sinfonie der Großstadt (1927) de Walter Ruttmann, São Paulo, A Sinfonia da Metrópole, réalisé par Adalberto Kemeny et Rodolfo Rex Lustig (São Paulo, Rex Film, 1929, 63mn), célèbre avec des airs de propagande officielle (entre réalisme documentaire et utopie futuriste) la vie et le progrès de la fière capitale pauliste, premier « parc industriel » du Brésil moderne. Le centre, ses employés de bureau, ses hommes d’affaires et ses boutiques chic ; les avenues huppées, l’élégance des jardins publics, les sports ; les cafés, le spectacle des enseignes, les crieurs de journaux et les marchands ambulants, le mouvement des piétons et des tramways de la Light, la verticalité des premiers gratte-ciel ; la saine administration publique ; les faubourgs populaires, les ouvriers, les usines, le rythme des machines ; le capital, le travail…


Dans le même décor, c’est dans le genre scénarisé et édifiant que les Fragmentos da vida de José Medina (São Paulo, Rossi Film, 1929, 40mn) font évoluer l’ouvrier, le vagabond, le voyou et la jeune fille. Misère matérielle et sexuelle, contrôle social et ordre bourgeois, surveillance policière et morale religieuse, prison et rédemption par le travail…



D’excellents documents, idéologie comprise, pour se familiariser avec le contexte urbain, social et économique du « roman prolétaire » (lui-même très cinématographique) de Pagu, Parc industriel (1933), à paraître au Temps des Cerises !


21 février 2015

Revolução ! / Lancement Pagu (18)

Olga/Pagu
Deux héroïnes de la Révolution
dans le Brésil des années 1930

ÉTOILE FILANTE : météorite dont le passage dans
l’atmosphère terrestre se signale par un trait de lumière.
(Le Petit Robert)

Elles ne se sont jamais connues, mais presque croisées — dans la clandestinité ou en prison. Leurs trajectoires exemplaires, également fulgurantes, quoique singulièrement tragique pour l’une, ont cette contiguïté qui interpelle, dans le temps et l’espace, en gravitant autour d’un même homme, Luís Carlos Prestes.
Lorsqu’en 1931 la jeune activiste Pagu (Patrícia Galvão, 1910-1962), membre du PCB, approche à Montevideo le grand héros révolutionnaire en exil, celui-ci est encore seul, mais ils luttent déjà pour la même cause. Lorsqu’elle traverse l’URSS, en 1934, pour rejoindre le Paris du Front populaire, elle ignore peut-être qu’il se trouve à Moscou, promu au sein de l’Internationale Communiste où il rencontre l’agente allemande Olga Benario (1908-1942). Lorsqu’elle regagne le Brésil au temps de l'ANL, en 1935, Prestes et sa compagne un peu spéciale viennent d’y débarquer eux-mêmes clandestinement pour fomenter une insurrection. Celle-ci échoue et déclenche une répression massive qui les emportera tous trois, début 1936, dans les geôles de la police politique… L’une avait d’abord manqué d’être remise à l’Allemagne nazie par la police de Laval, comme militante communiste étrangère, rapatriée qu’elle fut par un ambassadeur humaniste ; l’autre, juive, fut enfin livrée à la Gestapo par la police de Vargas, et gazée.
Deux tempéraments féminins dans l’histoire, deux mères séparées de leur enfant, deux martyres de la cause révolutionnaire prises dans les filets du fascisme international, deux destins fracassés, enfin, qui furent un lendemain chantant bien cruellement après la promesse, justement, du « roman prolétaire » lancé par Pagu en 1933, Parc industriel, à paraître au Temps des Cerises.
On peut donc lire, en attendant, le grand récit du journaliste Fernando Morais, Olga, paru en 1985 au Brésil, traduit en français en 1990 et tout récemment revu et réédité :

Fernando Morais
Olga
Allemande, Juive, Révolutionnaire
Trad. du portugais (Brésil)
d’Antoine Albuca,
revue, préfacée et annotée
par Gérard Siary
Chandeigne, « Bibliothèque Lusitane »,
janvier 2015, 454p., 22€

Une étoile filante…
Fille de la bourgeoisie juive allemande, Olga Benario déploie une volonté inouïe pour devenir la militante la plus dynamique des Jeunesses Communistes dans le Berlin des années Vingt. Ensuite, agente de la IIIe Internationale à Moscou, rompue à l’exercice des armes, la voilà chargée d’escorter au Brésil le militant Luís Carlos Prestes, légende en son pays, pour faire tomber la dictature du président Getúlio Vargas. Olga et Prestes tombent amoureux.
Las, l’échec de la révolte de novembre 1935, à Rio de Janeiro, jette les deux amants en prison. Olga est alors enceinte de l’enfant conçu au Brésil avec Prestes. La loi du Brésil interdit de l’extrader. Mais le pouvoir livre Olga, juive et communiste, à l’Allemagne nazie. Déportée à Ravensbrück, enfermée au bloc juif, elle sera gazée. Cette révolutionnaire impavide, ni brisée ni bridée, n’aura eu de cesse, en sa courte vie, d’œuvrer au triomphe de son idéal. Un modèle héroïque au féminin, oui, mais aussi, simplement, un être humain enjoué, disponible, passionné, vaillant…
Avec ce récit politique haletant qu’il a mis cinq ans à écrire, Fernando Morais, grand journaliste, ne nous conte pas seulement le destin fulgurant d’une pasionaria brésilienne. Il nous plonge surtout dans l’histoire fascinante, aux ramifications internationales, qui se joue entre la Russie, l’Europe et les Amériques du sud des années Trente.
[4e de couverture]


N.B. : Fernando Morais (qui est aussi le biographe de Paulo Coelho, que voulez-vous), sera parmi les 48 auteurs brésiliens invités au Salon du Livre de Paris (20-23 mars) dans le cadre de la programmation « Le Brésil à l’honneur ».