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9 janvier 2026

Alcântara Machado retrouve les lecteurs brésiliens


Une note de lecture roborative qui rappelle aux Brésiliens toute l’originalité d’un chef-d’œuvre moderniste un peu négligé, et signale scrupuleusement les enjeux de cette réédition « pour adultes », enfin, et appareillée comme jamais.

10 avril 2025

La preuve par onze

L’actualité des parutions nous oblige à mettre à jour notre...

Petit historique
des
traductions françaises
du
Manifesto antropófago
d’Oswald de Andrade
pour servir
aux esprits compulsifs.

1) par P. F. de Queiroz-Siqueira, dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse, n°6, juin 1972, « Destins du cannibalisme » ; 

2) par Erdmute Wenzel White, dans E. W. White, Les années vingt au Brésil : le Modernisme et l’avant-garde internationale, Paris, Éditions hispaniques, « Thèses, mémoires et travaux », 1977 ;

3) par Béatrice de Chavagnac, dans B. de Chavagnac/ O. de Andrade, Premier volume de la Grande Encyclopédie « Miam-Miam » qui traite, pour cette fois, du Cannibalisme, Paris, Le Couteau dans la Plaie, 1979 ;

4) par Jacques Thiériot, dans : a) Europe, n°599, mars 1979, « Le modernisme brésilien » (org. par Pierre Rivas) ; b) O. de Andrade, Anthropophagies, Paris, Flammarion, « Barroco », 1982 ; c) Modernidade : art brésilien du XXe siècle (catalogue d’exposition), Paris, Association française d'action artistique, 1987 ; d) Art d’Amérique latine, 1911-1968, Paris, Centre Georges Pompidou, 1992 ; e) [en un large extrait qui vaut presque rééd.] Antje Kramer (éd.), Les grands manifestes de l’art des XIXe et XXe siècles, Beaux Arts éditions, 2011 ;

5) par Benedito Nunes, dans Luís de Moura Sobral (org.), Surréalisme périphérique, Université de Montréal, 1984 ;

6) par David Sanson et Danielle Schramm, dans Mouvement, n°36-37, sept.-déc. 2005, dossier « Brésil » ;

7) par [Cédric Vincent ?], dans O. de Andrade, Manifestes, présentation de Cédric Vincent, Bordeaux, Didier Lechenne / Galerie Cortex Athletico, « Tract, archives manifestes », 2006 [tract hors commerce ; voir www.lechenne.fr] ;

8) par Michel Riaudel, dans Papiers (Revue du Collège international de philosophie), n°60, sept. 2008, « Brésil-Europe : repenser le mouvement anthropophagique » {parution en ligne exclusivement : http://www.ciph.org/fichiers_papiers/Papiers60.pdf} ;

9) par Silveane Lucia Silva, dans S. L. Silva, « L’anthropophagisme » dans l’identité culturelle brésilienne, L’Harmattan, « Pouvoirs comparés », 2009 ;

10) par Lorena Janeiro, dans O. de Andrade / Suely Rolnik, Manifeste anthropophage / Anthropophagie zombie, Montreuil-sous-Bois, Blackjack éditions, « Pile ou face », 2011.

11) par Eduardo Jorge de Oliveira, dans O. de Andrade, Anthropophagie, crise, utopies, [Paris], L’extrême contemporain, [2025].

30 juin 2023

Un peu de lecture (en portugais) à propos de la littérature prolétarienne au Brésil


L’illustre revue en ligne Opiniães (Revista dos alunos de literatura brasileira), de l’Université de São Paulo (USP), vient de lancer son n° 22 (janvier-juin 2023) et consacre un dossier thématique, « As mãos das obras », aux représentations des travailleurs urbains dans la littérature brésilienne.
Avec ça, le comité éditorial entend bien célébrer les 90 ans des deux premiers romans prolétariens (l’un déclaré, l’autre plus dubitatif) parus au Brésil, presque concomitamment en 1933 : Cacau, romance de Jorge Amado, certes, mais aussi… Parque industrial, romance proletário de Patrícia Galvão (Pagu), publié six mois plus tôt. Eh oui.

Or ce n’est pas sans joie que l’on s’est vu invité à redonner quelque essai, jadis écrit – première version – pour l’édition française du roman (Parc industriel, prologue de Liliane Giraudon, trad., notes et postface de A. C., Montreuil, Le Temps des Cerises, 2015), puis – deuxième version – revu, augmenté, actualisé et adapté, traduit en portugais, pour une nouvelle édition brésilienne du même (Parque industrial, préface d’Augusto de Campos, notes et postface de A. C., postface de Kenneth D. Jackson, São Paulo, Linha a Linha, 2018), laquelle édition dut tôt quitter les librairies brésiliennes pour de sombres raisons, devenant une rareté introuvable et laissant la place à une autre réédition, médiocre et même fautive celle-là.
Mais un public avide d’érudition réclamait un accès illimité à une postface qui apporta, faut-il croire, quelque épatante nouveauté sur un sujet qu’on n’a pas fini de reconsidérer. Comme de juste, on a profité de l’auguste occasion pour produire, bel et bien, une troisième version de cette étude qui, ma foi, comptait peut-être autant de faiblesses que d’admirateurs.

Ce qui peut laisser à penser qu’une quatrième version accompagnera un de ces jours une nouvelle édition, revue et corrigée, de la traduction française – tant il est vrai que les travaux de A. C. souffrent hélas d’une certaine obsolescence éditoriale (ce n’est pas faute de leur associer de fameux préfaciers, comme on le voit supra). Les spécialistes en génétique textuelle en perdront leur latin. En attendant cette catastrophe, ceux qui lisent le portugais peuvent déjà mettre à jour leurs connaissances sur Pagu* et ce stupéfiant roman prolétarien, mais aussi féministe, mais aussi moderniste, bancal à souhait, radical en tout, et propre à faire pâlir le père Amado. Eh oui.

Bref, c’est tout plein de curiosités pour les curieux, ça s’intitule « “Uma excelente estreia” : a chegada do romance proletário ao Brasil » et ça se lit dans la partie anthologique de la revue en tournant les pages 187 à 226, juste après un article de Walnice Nogueira Galvão sur la même matière et juste avant un article de Edvaldo A. Bergamo sur l’amadien Cacao, si on veut bien faire comme si que c’était une vraie revue en papier.

* Par ailleurs on apprend aujourd’hui même, de source autorisée, que l’œuvre journalistique de Patrícia Galvão, compilée par Kenneth D. Jackson et annoncée de longue date, devrait enfin paraître en 2023, dans une édition électronique en quatre volumes chez Edusp (les presses de l’USP).

5 juin 2023

Rions un peu, avec Cendrars et Oswald de Andrade


« “Permettez-moi de rire !” Les formes du comique dans l’œuvre de Blaise Cendrars »
Mais oui, c’est l’intitulé du colloque international qui se tiendra ces jeudi 8 et vendredi 9 juin à l’Université Lumière Lyon 2.

On ne manquera pas, vendredi matin dans la session « Accommoder le rire en poésie » (modérée par Manon Julian), la communication de Michel Riaudel : « Cendrars, Oswald de Andrade et “le poème-blague” ».

Un grave sujet qui devrait permettre de mieux comprendre cette forme apparue et débattue au sein de la poésie moderniste brésilienne, le dit « poème-blague », et de revisiter la joyeuse période de compagnonnage et de collaboration entre Cendrars et Oswald, en 1924-1925, qui produisit chez l’un la série des Feuilles de route (abordée par Lydie Cavelier dans la même partie du programme), chez l’autre un recueil emblématique du modernisme brésilien, Pau Brasil (cf. Bois Brésil, poésie et manifeste, trad. A. C., Éditions de la Différence, 2010).

Sans rire, prenez des notes.

13 mai 2023

Alcântara Machado à l’université

« Les chemins du livre dans l’Atlantique : entre médiation, traduction et réception » : c’est l’intitulé d’une Journée d’étude internationale qui se tiendra pas plus tard que ce mardi 16 mai à la Cité internationale universitaire (Paris 14e) — et en ligne via Zoom —, sous l’égide de Sorbonne Université et de l’Universidade Federal de Minas Gerais.

De bon matin ou presque, dans une table ronde sur « Les chemins de l’édition », le traducteur en chef de L’oncle d’Amérique n’évitera pas une petite bafouille dont voici le titre : « Import-export : le cas d’António de Alcântara Machado », et le résumé officiel :

« La récente traduction de Brás, Bexiga et Barra Funda (1927), fameux volume de nouvelles d’António de Alcântara Machado (1901-1935), a pu venir combler une lacune objective dans notre réception des lettres brésiliennes. En donnant à lire si tardivement un classique du modernisme, il s’agissait également de produire une édition critique susceptible de faire référence, synthèse mais aussi révision et reprise des recherches sur le texte et son auteur. De là, en retour, l’opportunité d’une publication au Brésil même, propre à favoriser de nouvelles lectures d’une œuvre un peu malmenée dans ses dernières rééditions en date, et à remettre en évidence un grand oublié dans les commémorations du centenaire du modernisme. Antoine Chareyre, responsable de l’édition française comme de la nouvelle édition brésilienne en préparation, témoignera des conditions concrètes et des enjeux nullement divergents de cette double démarche. »

Au programme [ci-contre], on ne manquera pas entre autres l’évocation des cas de Machado de Assis, de Murilo Rubião — dont Dominique Nédellec proposait récemment une première traduction d’ensemble (L’ex-magicien de la taverne du Minho, éd. L’arbre vengeur, 2021) —, et les réflexions du traducteur Mathieu Dosse.

Qu’on se le dise.
*
Présentation officielle :




28 décembre 2022

Encore un communiqué de L’oncle d’Amérique

Figurez-vous que le prochain rendez-vous du très couru Club de lecture de l’Ambassade du Brésil sera consacré à
Brás, Bexiga et Barra Funda, de notre cher António de Alcântara Machado.

Notez que cette rencontre au sommet se tiendra le samedi 14 janvier à 10h30, à la BnF, et sera modestement animée par le traducteur en chef de L’oncle d’Amérique, Antoine Chareyre, avec Maud Lageiste, chargée de collections en langue et littératures d’expression portugaise à la BnF.

N’oubliez pas qu’on s’inscrit fissa en écrivant à rsvpcultural.paris@itamaraty.gov.br (en précisant dans l’objet « Club de lecture #9 »).

Et ne soyez pas sans savoir que les 12 premiers inscrits pourront se porter acquéreurs du livre susmentionné avec un rabais de 50% à la Librairie Portugaise & Brésilienne (21 rue des Fossés Saint-Jacques, Paris 5e).

« Le dit public lecteur est celui qu’on sait », déclarait Alcântara Machado en 1927, en pleine promo de son petit livre.
C’est ce qu’on verra.

25 janvier 2022

Alcântara Machado en Sorbonne

Dans le cadre des « Actualités des études lusophones » et à l’invitation de Michel Riaudel, du Centre de recherches interdisciplinaires sur les mondes ibériques (CRIMIC, Sorbonne Université), l’historien Étienne Sauthier évoquera son récent Proust sous les tropiques (Presses universitaires du Septentrion, 2021) et le traducteur Antoine Chareyre, l’édition de Brás, Bexiga et Barra Funda, nouvelles du moderniste António de Alcântara Machado (L’oncle d’Amérique, 2021).

Une rencontre au sommet qui se tiendra ce mercredi 26 janvier 2022, 18h-19h30, à l’Institut d’Études hispaniques (31 rue Gay-Lussac, Paris 5e, salle 12) et en ligne (via zoom : https://bit.ly/3IJ3KzV).

3 décembre 2021

Alcântara Machado en vitrine

À la librairie L’Archa des Carmes (23 rue des Carmes, Arles), on a eu le bon goût de lire notre édition de Brás, Bexiga et Barra Funda d’Alcântara Machado, et le chic d’en rendre compte dans une note de lecture qui vaut bien mille « petits mots de libraire » :

(* Voir aussi la belle note de lecture sur l’autobiographie de Patrícia Galvão (Pagu), Matérialisme & zones érogènes, du même traducteur : par ici.)

(On peut retrouver la plupart des notes de lecture de L’Archa des Carmes sur le site de la librairie, les consulter sur sa page Facebook, ou même les recevoir sous forme de newsletter, en s’abonnant.)

4 novembre 2021

Pagu affole la bibliographie

Du Brésil en voulez-vous en voilà dans le dernier numéro des Cahiers Benjamin Péret (n°10, septembre 2021).
Manon Julian signe un bel article qui, sous le titre « Pagu, une femme de fer avec des zones érogènes et un appareil digestif », est aussi une tentative de saisie des suggestifs parallélismes et entrecroisements biographiques entre Patrícia Galvão (Pagu) et Péret — et la continuation d’un compte rendu attentif, signé par Manon Julian dans la même revue (n°9, sept. 2020), de l’autobiographie de notre si chère Pagu, Matérialisme & zones érogènes (éd. Le Temps des Cerises, 2019), un petit livre qui ne cesse de se trouver par ici quelques lecteurs fascinés.
Puis dans le dossier « Traductions et traducteurs de Benjamin Péret », Leonor Lourenço de Abreu propose un panorama intitulé « Voyages en lusophonie : l’œuvre de Benjamin Péret au Brésil et au Portugal ».
Qu’on se le dise, & qu’on lise.

15 octobre 2021

Alcântara Machado dans le Lorgnon mélancolique

Sur le blog Le Lorgnon mélancolique, ce 15 octobre 2021, Patrick Corneau examine de long en large notre édition de Brás, Bexiga et Barra Funda, nouvelles du Brésilien António de Alcântara Machado, et il est enthousiasmé.

Ça se passe par ici.

2 août 2021

Alcântara Machado sur America Nostra / Nos Amériques

Dans les « Chroniques » du blog America Nostra / Nos Amériques, ce 2 août, Christian Roinat évoque notre cher António de Alcântara Machado et les nouvelles de Brás, Bexiga et Barra Funda, en mettant en avant « deux façons de lire cet ouvrage »…

Ça se passe par ici.



25 juillet 2021

L’Alamblog devise sur Alcântara Machado

Non content d’avoir semé l’inquiétude dans le petit monde du livre, au printemps dernier, en alertant tout un chacun de l’apparition alors imminente de L’oncle d’Amérique (lire l’épatant billet du 20 avril), Éric Dussert alias le Préfet maritime a eu le bon goût de lire Brás, Bexiga etc. d’Alcântara Machado, et le chic d’en rendre compte derechef sur L’Alamblog, dans la catégorie « Les vrais coupe-faim », ce 24 juillet.

Cet intelligent billet tout plein de rapprochements inspirants se lit par ici, et la conclusion est sans appel : « Les nouvelles du volume, annotées avec gourmandise par le traducteur-éditeur, démontrent qu’on avait tort d’ignorer ce Brás, Bexiga et Barra Funda, informations de São Paulo, une pièce remarquable de la littérature du siècle dernier. »

20 juillet 2021

En vogue

Vous voulez du roman prolétarien ? dans une veine féministe ? et du monde entier ?
En voici :


(De gauche à droite et par ordre de première publication en langue française :)


(N. B. : Ces trois livres, en dépit de ressemblances parfois frappantes, n’ont pas reçu le même accueil lors de leur parution en français. Rien n’est perdu pour qui sait tirer les bons fils. Des fois qu’un(e) libraire inspiré(e) voudrait faire une table thématique...)

À propos de Tarsila

À lire sur Diacritik depuis le 19 juillet, 5e volet de la série « Peintresses en France » : « Tarsila do Amaral : star de l’art brésilien », une évocation par Carine Chichereau de la vie et l'œuvre de notre chère Tarsila, figure majeure du mouvement moderniste, auteure par exemple de la mythique couverture et des illustrations de Bois Brésil, le recueil de poèmes de son époux Oswald de Andrade dont nous donnions en 2010 une édition française — laquelle apparaît pour illustrer cet article en ligne, sans autre référence, et dont une nouvelle version revue et corrigée est en préparation.

14 juillet 2021

Le Matricule zoome sur Alcântara Machado

Dans Le Matricule des anges (n°225, juillet-août 2021), l’attentif Guillaume Contré propose en page 13 un beau « Zoom » sur Brás, Bexiga et Barra Funda d’António de Alcântara Machado, premier volume paru chez L’oncle d’Amérique.

Et fichtre, « on attend déjà la suite » !



11 juillet 2021

Pagu affole (encore) les libraires

« Pagu pourrait être l’une des narratrices des récits de Clarice Lispector. »
C’est ainsi qu’à la librairie Archa des Carmes (23 rue des Carmes, Arles), on définit notre si chère Patrícia Galvão (Pagu), entre autres belles réflexions à propos de son autobiographie Matérialisme & zones érogènes (éd. Le Temps des Cerises, 2019), publiée pour faire suite au roman Parc industriel (idem, 2015).
L’article, diffusé en mai dernier dans une newsletter de la librairie, peut se lire sur la page Facebook de l’Archa des Carmes (par ici).
Les vrais bons livres ne sont jamais des « nouveautés » en librairie, ce sont toujours déjà des ouvrages de fonds. Ils espèrent leurs lecteurs, et les trouvent. La preuve.

10 octobre 2020

La presse se déchaîne pour Pagu

Ce qui est bien avec les ouvrages de fonds, c’est qu’ils peuvent susciter des commentaires longtemps, très longtemps après leur sortie en librairie.
Ainsi de Matérialisme & zones érogènes, l’édition française de l’autobiographie de Pagu, publiée en mars 2019, remarquée ici ou là (En attendant Nadeau, Sitaudis, Les Lettres françaises…), et qui fait encore l’objet d’une belle note de lecture dans le dernier numéro des Cahiers Benjamin Péret (n°9 daté de septembre 2020). Vifs remerciements à Manon Julian pour sa curiosité et sa lecture attentive.

6 octobre 2020

Petite chronique du mouvement international des livres & des idées : Pagu, par pertes et profits

Au Brésil, les éditions Companhia das Letras viennent de lancer, en ce mois d’octobre, une nouvelle édition de l’autobiographie de Patrícia Galvão (Pagu), un texte posthume publié pour la première fois en 2005 chez Agir editora, sous le titre Paixão Pagu (A autobiografia precoce de Patrícia Galvão), et indisponible depuis quelques années. Une bonne nouvelle ? Un progrès ?


Entretemps, faut-il préciser, une traduction intitulée
Matérialisme & zones érogènes (Autobiographie précoce) (Le Temps des Cerises, 2019), faisant suite à celle du roman Parc industriel (Le Temps des Cerises, 2015), aura mis ce témoignage historique, intime, politique et féministe, à la disposition des lecteurs français. Mais cette traduction aura, non moins, assez considérablement fait avancer l’intelligibilité du texte et la connaissance d’ensemble du parcours de l’auteure, une figure tellement galvaudée, tellement sujette aux approximations et au ressassement des mêmes superficiels clichés, au gré d’un généreux glossaire des noms propres (25 p.) et d’une chronologie précise et fouillée (26 p.) contenant, l’un comme l’autre, des éclaircissements indispensables et bien des données tout à fait inédites, aussi bien du côté biographique que du côté de l’histoire culturelle, sociale et politique.
Une édition savante, comme on dit, qui n’est pas du luxe pour un texte de cette nature, rédigé en 1940 hors intention de publication, à l’attention d’un intime, et de ce fait plein d’imprécisions, d’allusions, de non-dits, de lacunes, un témoignage à la fois précieux et fragile sur une conjoncture (celle de la fin des années 1920 et surtout des années 1930) qui réclame aujourd’hui une approche prudente et informée, un récit nommant au passage de multiples figures, notoires ou moins notoires, du monde intellectuel et artistique, de la vie politique d’alors, pour le moins complexe et changeante, du mouvement ouvrier et syndical et du communisme brésilien et international, plongées dans une semi-clandestinité propre à déconcerter les plus avertis… Une édition, par conséquent, dont on peut déplorer que le lecteur brésilien ne puisse jouir — cette réédition chez Companhia das Letras n’ayant pour toute nouveauté que son design de couverture (le marketing, c’est bien), et la modification, qui s’imposait assurément, du titre principal, remplacé par le sous-titre.
L’éditeur brésilien, pour présenter ce qui serait l’« unique texte autobiographique laissé par Patrícia Galvão » (faux : Verdade e liberdade, édité en 1950, constitue aussi un témoignage capital, et un complément plus qu’utile au texte de 1940 qui suspend le récit des faits en 1934…), l’éditeur brésilien, donc, écrit notamment : « Patrícia Galvão a presque toujours été vue à travers l’optique masculine, que ce soit pour ses relations ou pour la manière dont son art pouvait être comparé à celui des hommes de son époque. Dans Autobiographie précoce, pas d’intermédiaires : nous avons accès à une Pagu qui écrit sur elle-même. Un livre essentiel pour comprendre l’un des personnages les plus intrigants de l’histoire brésilienne. »
Fort bien. Quitte à supprimer tout intermédiaire masculin, il fallait aussi s’en tenir à l’état civil et abandonner carrément le nom « Pagu » (qui trône seul en première de couverture), parce qu’après en avoir fait son pseudonyme l’intéressée aura fini par le récuser, et qu’il rappelle on ne peut mieux comment elle fut d’abord l’invention des hommes, en l’occurrence du poète Raul Bopp, qui la courtisait et la baptisa ainsi dans le poème « Coco de Pagu », peu de temps avant qu’elle ne se transforme en une égérie (à côté de Tarsila) du groupe de la Revista de Antropofagia, et à une époque où elle donnait belle matière aux pages illustrées des magazines de variétés, mondanités et concours de beauté aidant.
Quant à comprendre, comprenne qui peut, en réalité. Car est-ce aussi pour désaffubler Pagu du regard masculin que l’on est allé jusqu’à supprimer les textes introductifs de l’édition de 2005, signés par ses deux fils, Geraldo Galvão Ferraz et Rudá de Andrade, tout de même concernés, et contextualisant utilement un texte venu tardivement à la publication, et par l’universitaire nord-américain Kenneth David Jackson, qui reste aujourd’hui l’un des premiers spécialistes de la vie et de l’œuvre de Pagu ? L’édition de 2005 s’achevait aussi sur une chronologie plus que sommaire, par trop générale et assez peu adaptée au contenu de l’autobiographie, et sur quelques notes de vocabulaire, assez indigentes. N’était-ce pas alors l’occasion de reprendre le travail d’édition à nouveaux frais, et de donner à ce texte toute la portée et la profondeur qu’il peut avoir, en l’accompagnant d’une information solide et actualisée ? Fût-ce en allant voir du côté de l’édition française ? fût-ce en allant consulter les quelques chercheurs qui se donnent la peine, aujourd’hui, de faire avancer le « dossier Pagu » ?
Au lieu de cela, cette nouvelle édition s’en tient à une brève et générale « Note sur l’auteure » en fin de volume (autant dire rien qui vaille), et au principe du cahier photos de l’édition de 2005, un dossier iconographique peut-être bienvenu pour illustrer le propos intime de l’auteure, mais qui n’est pas sans perpétuer cette image glamour de Pagu, pour ne pas dire people et un peu voyeuriste, celle-là même qu’il s’agirait de mettre à distance, certes pas de censurer ou d’oblitérer (comment comprendre, dès lors, ce que put représenter cette Pagu-là dans la société brésilienne d’alors ?), mais d’enchâsser, d’intégrer de manière critique dans une vision beaucoup plus vaste et, notamment, plus politique.
Enfin, voilà encore une preuve, s’il en fallait, que l’erratique bibliographie brésilienne, qui fait souvent errer le lecteur d’une édition épuisée à l’autre, et les divers mouvements de prédation dans l’industrie éditoriale, à la recherche de quelques parts de marché, ajoutés aux petites affaires des uns et des autres, ne sont au service ni des œuvres, ni vraiment de la postérité des auteurs, ni même des lecteurs, en droit de réclamer si tant est qu’ils puissent se douter de ce dont on les prive.
C’est dire avec quelle impatience on attend, au même catalogue, la reprise du roman Parque industrial qui viendra remplacer, pour le meilleur et pour le pire, la belle réédition produite en 2018 par Linha a Linha, qui représentait, excusons-la, la première édition critique brésilienne de ce roman désormais mythique, et qui a déjà été rendue indisponible (on s’assure ainsi le moment venu, vous comprenez, une petite base de lecteurs frustrés).
Voyez comme on régresse. Mais comme on est quand même content de voir Pagu reparaître au Brésil, on peut applaudir les éditions Companhia das Letras, qui auront fait le service minimum.