17 mai 2019

Du nouveau sur Pagu

Une chose doit être dite : quarante ans après les premières recherches sur le sujet, et alors même que les travaux de nature biographique nont pas manqué de s’accumuler, on n’en finit pas d’explorer les archives de presse et de mettre la main sur de nouveaux faits relatifs à la vie stupéfiante de Pagu (Patrícia Galvão, 1910-1962), de réviser, d’augmenter la chronologie de péripéties de toutes sortes, entre menues anecdotes et événements plus ou moins majeurs… Les récentes éditions critiques du roman Parc industriel (française en 2015 et brésilienne en 2018), puis l’édition française de son autobiographie (Matérialisme & zones érogènes, Le Temps des Cerises, 2019), ont pu établir des éléments jusqu’alors inconnus — et vous pensez bien qu’on ne peut pas tout retenir, encore, dans les appareils critiques. Ces apports ne sont jamais vains puisqu’ils permettent à la fois de sortir de l’ornière des clichés approximatifs qui finiraient presque par galvauder une figure trop mythique, et de compléter considérablement notre connaissance et notre compréhension d’une « vie-œuvre » autrefois défrichée par Augusto de Campos, ce pionnier.

L’internationale des amis de Pagu fait son œuvre (tandis que sétoffent les bibliothèques numériques), et pour cette fois c’est la chercheuse et écrivaine brésilienne Adriana Armony, qui enquête actuellement sur le séjour parisien de Pagu de l’été 1934 à l’été 1935 (période peu ou prou connue, mais encore très imprécisément documentée, mal balisée), qui vient de nous dégoter ces petites nouvelles parues dans le n°265 de La Défense (Organe de la Section française du Secours Rouge International) (Paris, 8e année), en date du vendredi 7 septembre 1934.


Une arrestation de plus, dans le parcours erratique de la jeune militante communiste qui était partie seule, à 23 ans, faire le tour du monde, et déjà une menace d’expulsion alors qu’elle venait juste de débarquer à Paris, expulsion qui ne devait intervenir, dans d’autres circonstances, qu’un an plus tard.

En page 3 de cette livraison de La Défense, une notule insérée dans la « Quinzaine de la répression (du 16 au 31 août) / Contre les immigrés » donnait ainsi l’alerte, coquille comprise : « Galvao Pagne [sic] est arrêtée sans motif et expulsée de France. »

   

Absconse information développée en page 4, dans « La page de nos correspondants : la vie de nos comités et les petites nouvelles des villes & villages », rubrique « De la région parisienne » :

Une scandaleuse expulsion dans le 17e
     
Notre camarade Patricia Galvao, de nationalité brésilienne, a été arrêtée samedi 26 août, sous prétexte de distribution de tracts. Elle se trouvait dans le square des Batignolles où avait lieu effectivement une distribution de tracts contre les manœuvres aériennes, mais elle n’y participait pas, étant au bras de son compagnon. Le gardien du square la désigna aux agents parce qu’elle portait une cravate rouge.
Patricia Galvao ne fut relâchée que lundi soir, après être restée plus de 24 heures sans nourriture, après avoir été insultée grossièrement, et on lui signifia alors un arrêté d’expulsion.
Contre cet acte d’arbitraire, les travailleurs du 17e doivent protester, signer par milliers des listes de pétition pour obtenir le retrait de cette mesure inique.
    

  

Voilà donc en partie éclaircies, et ce n’est pas rien, la date et les circonstances de l’une des arrestations de Pagu durant son étape parisienne, qui furent, croit-on savoir, au nombre de trois. L’écho nous dit quelque chose, en outre, de l’intégration de la « camarade » Pagu dans les réseaux militants, communistes ou antifascistes, alors actifs dans la capitale française. Il faudrait aussi identifier, un jour, peut-être, quel fut ce « compagnon » de la belle Pagu (déjà séparée d’Oswald de Andrade) ; pour sûr quelque descendant aurait des souvenirs à divulguer, qui sait quelques papiers et documents oubliés dans un grenier ? Affaire à suivre, naturellement.

Source des images : gallica.bnf.fr / BnF

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