16 février 2015

Le Carnaval d’avant-hier soir / Lancement Pagu (14)

Pagu Face B
l’égérie oubliée du Carnaval de 1930 !

Pour l’ami Augusto Massi,
éditeur scrupuleux
de Poesia completa de Raul Bopp.

Février 1932. Otávia, la prolétaire militante, quitte la Colonie de prisonniers politiques de Dois Rios, après six mois de déportation pour agitation syndicale. « La deuxième classe du train de nuit qui la reconduit à São Paulo apporte aussi les derniers sambas de Rio de Janeiro. Les préoccupations de la lutte sociale ont déjà envahi la chanson populaire./ — Tournons !/ — Tournons !/ Ce samba/ Va finir en prison. » Et pourtant, en cette saison où le Carnaval de Rio a été officialisé, « il y a eu du champagne à gogo au [Théâtre] Municipal » mais « bien des gens sont tombés dans la rue, de faim ». En dénonçant une liesse nationale qui « étouffe et trompe la révolte des exploités », dans Parque industrial (1933), Patrícia Galvão fait aussi le procès de qui elle fut : un produit, somme toute, de l’industrie du divertissement. C’est Mara Lobo, qui signe, et qui se retourne contre Pagu, laquelle avait été non seulement « l’annonce lumineuse de l’Anthropophagie », côté avant-garde mondaine, mais aussi, côté culture de masse, un thème éphémère de la chanson populaire… C’est ce qu’il convient d’établir.

« Pagu » naît à la lettre en 1928, femme-concept inventée par des hommes, figure de cette élite culturelle qui assure le spectacle, photos à l’appui, dans les pages des magazines, lorsque Raul Bopp, membre du groupe de la Revista de Antropofagia, publie en forme d’hommage le poème « Coco de Pagu » dans la revue grand public Para Todos (Rio de Janeiro, n°515, 27 octobre 1928), avec un portrait (supposément) de l’intéressée par Di Cavalcanti (dédicataire du poème). Sensation et notoriété soudaine : « Bopp a fait un poème pour elle. Et le Brésil a connu Pagu. […] Quand on voit Pagu, on se répète pour soi ce que Bopp a écrit », notait Clovis de Gusmão (Para Todos, n°555, 3 août 1929). En se donnant des airs folkloriques, par référence au coco (une danse traditionnelle du Nordeste, ou bien le chant qui s’en détache), le texte célébrait rien de moins quune beauté fatale — ici dans une version française sans grâce particulière :

Pagu a des yeux doux
Para Todos (27 oct. 1928)
Des yeux de je-ne-sais-quoi
Quand on est près d’eux
L’âme se met à souffrir.

Aïe Pagu eh
On souffre parce que c’est
[bon de faire souffrir

Pagu ! Pagu !
Je ne sais pas ce que tu as.
Qu’on le veuille ou non,
On te veut du bien.

Eh Pagu eh
On souffre parce que c’est
[bon de faire souffrir

Tu as un corps de serpent
Indolent et tout ondulé,
D’un petit venin délicieux
Qui nous fait souffrir la bouche.

Aïe Pagu eh
On souffre parce que c’est
[bon de faire souffrir

Je te veux pour moi.
Je ne sais pas si tu veux de moi.
Si tu veux aller bien loin
J’irai là où tu veux.

Eh Pagu eh
On souffre parce que c’est bon de faire souffrir

Mais si tu veux être tout près
Vraiment tout près d’ici
Alors… tu peux venir
Aïe… ti ti ti, ri ri ri… ih…

Eh Pagu eh
On souffre parce que c’est bon de faire souffrir

Le poème fit son petit bout de chemin, comme une réclame, avant d’être recueilli par Bopp dans Urucungo (poemas negros) (1932), plus tard remanié et retitré simplement « Coco ». D’abord repris dans Maracajá (suppl. littéraire de O Povo de Fortaleza, 7 avril 1929), puis dans A Manhã de Rio de Janeiro (11 août 1929), il fut aussi porté sur la scène par sa muse même. Car la belle et jeune Pagu, en effet, tout juste sortie de l’École Normale d’institutrices, et non sans s’être classée dans un « Concurso Fotogênico de Beleza Feminina e Varonil » promu par la Fox en 1927, se faisait alors connaître dans le sillage du groupe anthropophage comme déclamatrice de poésie moderniste, donnant des pièces de sa composition, des poèmes de son amant et prochain époux, l’anthropophage en chef Oswald de Andrade, et de Raul Bopp, dont ce « Coco de Pagu », donc, qu’elle interpréta notamment lors d’une réception au Teatro Municipal de São Paulo le 5 juin 1929, à la faveur d’une prestation devant une audience houleuse, et remarquée par la presse — « révélant, rapporte un journaliste, des beautés cachées dans le poème de Raul Bopp », ce dernier se souvenant (en 1966) d’une Pagu « ajoutant aux vers qu’elle disait de légères doses de malice »…

Tout cela est connu, depuis que l’histoire du mouvement moderniste est écrite par le menu (ou presque), et depuis que l’on s’est penché de près sur la biographie de Pagu. Mais ce nest pas tout. Ce que l’on sait moins, c’est que par le truchement du poème de Bopp, Pagu devait atteindre jusqu’à la chanson populaire, et ce dans le contexte carnavalesque. Une autre beauté du moment, Laura Suarez (1909-1990), Miss Ipanema 1929, compositrice et interprète, actrice au théâtre, bientôt au cinéma et plus tard à la télévision, se trouva composer, dans le genre toada, une chanson sur le poème de Bopp, qu’elle donna par exemple lors d’un récital au Teatro Lyrico de Rio le 19 juillet 1929. Elle lança bientôt, début 1930, son premier 78t. (disque Brunswick n°10.015) : des deux toadas qu’elle y chantait, accompagnée par les guitares du Conjunto Típico Brasileiro Bomfiglio, l’une, en face B, n’était autre que sa mise en musique de « Coco de Pagu ». Le titre fut diffusé les 15 et 22 janvier et 12 février 1930, au soir, sur les ondes de la Radio Sociedade Record (São Paulo), dans le programme « Hora Brunswick ». L’enregistrement fut salué dans les colonnes dO Malho (Rio, 8 février 1930), dans celles du Correio da Manhã (Rio, 9 février), avant quoi la revue Phono-Arte du 30 janvier 1930 (ci-contre) avait donné la transcription du texte « sur écoute du disque » (Bopp n’y étant semble-t-il pas crédité), en classant la chanson (peut-être pas la mieux indiquée) parmi les possibles succès du Carnaval de 1930

(Autant que l’on sache, il n’en fut rien. Cette année-là, les succès du Carnaval furent plutôt deux marchinhas devenues autrement des standards : celle qu’enregistra la grande débutante Carmen Miranda, Pra você gostar de mim, une composition de Joubert de Carvalho arrangée par Pixinguinha ; et celle d’Ary Barroso, Dá nela, triste incitation à l’agression phallocrate, qui résonne à ce titre dans le premier roman de Jorge Amado, O País do Carnaval (1931), où elle se trouve mise en application — comme dans celui de Pagu, Parque industrial (1933), mais pour y être retournée en un geste d’émancipation féminine par l’égérie frustrée de 1930, devenue Mara Lobo…)

De coco en toada, et en plein Carnaval 2015, redécouvrons donc cette archive confidentielle, ici révélée en exclusivité :




N. B. : « Coco de Pagu » fut également interprété, dans leurs propres compositions, vers 1935 par une certaine Leticia de Figueiredo (encore à découvrir), et bien plus récemment par Beatriz Azevedo (sur le CD Alegria, en écoute ici.)

(L’identité entre le poème de Bopp et la composition de Laura Suarez n’aurait pu être confirmée sans le matériel sonore généreusement communiqué -et ici mal reporté- par le journaliste Marcelo Bonavides, auteur du blog Estrelas que nunca se apagam. Qu’il en soit chaleureusement remercié. A. C.)

15 février 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (13)

Notes
Pagu

São Paulo vient de se réaffirmer à l’avant-garde littéraire qu’elle occupe avec l’apparition d’un roman social de Mara Lobo (Pagu) intitulé Parc industriel et qui a pour sujet la lutte déjà définie dans le grand centre économique du pays entre la classe capitaliste et la classe prolétaire. Ce livre, qui a rencontré un grand succès de librairie, est écrit avec une liberté inouïe mais sans perdre sa finalité de propagande sociale.
Dans le Jornal do Brasil, le célèbre critique et académicien João Ribeiro l’a considéré comme un travail merveilleux et poignant dans presque toutes ses pages.
Les personnages de Parc industriel sont tirés sur le vif de la société pauliste et de ses milieux prolétaires.
En eux se rencontrent et s’entrechoquent les différents courants idéologiques qui définissent la lutte des classes, toujours plus aiguë dans le développement de la crise mondiale.
L’atmosphère de désagrégation des classes possédantes met en relief la lutte prolétaire qui s’agite dans la São Paulo du capital et du travail. Le langage cru des dialogues de Parc industriel résulte de la copie fidèle de ce qui se passe dans l’un et l’autre secteur. C’est en fin de compte le langage d’un livre impressionnant, qui ne peut avoir de plus grande fatalité. Le nouveau Brésil, résultat des transformations économiques, politiques et sociales postérieures à octobre 1930, a trouvé en Mara Lobo ou Pagu (dont le véritable nom est Patrícia Galvão) un notable conservateur qui en outre possède le sens dramatique et social des situations de classe.
Parc industriel constitue de fait un excellent début d’écrivain, bien plus important que les poèmes inédits qui ont classé Pagu dans le concours lancé par la revue O Malho pour savoir quelle est la plus grande poétesse brésilienne actuelle.
Pagu, qui a adopté ce pseudonyme il y a plusieurs années, dans le journalisme de São Paulo, va désormais partir pour Leticia, comme correspondante de guerre de différents journaux.

(Anonyme, « Notas / Pagu »,
Diário da Manhã, Vitória (Espírito Santo), jeudi 9 mars 1933, p. 1.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

14 février 2015

Eh Pagu, eh ! / Lancement Pagu (12)

Eh Pagu, eh !
Court-métrage sur la vie de Patrícia Galvão,
écrit et réalisé par Ivo Branco (1982).


À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

Le comic strip politique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (11)


Cliquez pour agrandir !
Légendes :
(1) Kabelluda fit un meeting communiste sur la Praça da Lamparina
(2) Elle fut arrêtée
(3) Fusillée
(4) Au troisième jour elle ressuscita d’entre les morts ! [Dans le dessin : Z’allez me le payer !]

(de la série « Malakabeça, Fanika e Kabelluda », tenue par Pagu
dans O Homem do Povo, São Paulo ; ici dans le n°4, 2 avril 1931, p. 6.)



13 février 2015

People / Lancement Pagu (10)

Qui donc fait la couverture du Matricule des Anges n°160 de ce mois de février ?
C’est bien sûr Liliane Giraudon, qui fut la première éditrice française de Pagu (dans Banana Split en 1985) et qui préface le roman Parc industriel à paraître au Temps des Cerises !



(Dossier « Liliane Giraudon & Jean-Jacques Viton » par Emmanuel Laugier, p. 16-26.)

Au courrier des lecteurs / Lancement Pagu (9)

S. Paulo, 14 avril 1931.

Camarade Pagu.

Je n’aime pas que vous vous moquiez de tout le monde, surtout des jeunes étudiantes. J’ai une fille à l’École Normale à qui j’apprenais à être antireligieuse et communiste, conformément aux leçons d’O Homem do Povo. Mais depuis que vous vous êtes moquée des jeunes filles, je me demande si cela vaut la peine d’être antireligieuse et communiste de cette façon ?
Quelle belle moisson de fruits O Homem do Povo ne ferait-il pas dans la propagande communiste, s’il employait un autre langage et d’autres manières pour se moquer de qui le mérite, y compris les curés. Étant donné la transformation qui s’est opérée en moi en lisant le bel article de Hélio Negro, sur ce qu’est le communisme, imprimé dans les premiers numéros, je ne sais plus bien le titre, mais qui était écrit dans un langage noble et sain.
Dans ce même numéro (8) on lit un bel et convaincant travail de Raul Maia, sans parler de l’édito magistral d’Oswald de Andrade.
Je termine en envoyant un salut enthousiaste à O Homem do Povo, qui, avec l’attaque de ces beaux jeunes gens, a gagné en popularité et est devenu très connu.
Qu’il continue, de l’avant, à éduquer les consciences et à propager le communisme, mais sans se moquer de ceux qui le méritent en termes peu recommandables à la bonne éducation.
Je suis franche, parce que je suis sincère et que j’aime O Homem do Povo, qui parle le langage convaincant de l’homme qui travaille et connaît le besoin, de l’homme qui travaille et endure le froid et la faim.

Walkiria de Souza.


(Lettre manuscrite, relative au 8 d’O Homem do Povo,
le dernier paru avant suspension définitive par la police ;
dossier Patrícia Galvão (Pagu) du Fonds Deops
[Departamento de Ordem Política e Social],
Archives Publiques de l’État de São Paulo ;
doc. publié dans l’éd. fac-similé de la revue :
São Paulo, Globo/ Imprensa Oficial, 2009, p. 53.)

Trad. A. C.




L’humour d’avant-hier soir / Lancement Pagu (8)

Les styles caricaturés
par Osvaldo da Sylveyra

Patrícia Galvão (Pagu)

U.R.S.S.
(poème soviétique)

« à qui est cette 4 cylindres
qui passe en ronflant
sur l’Av. Paulista
comme un sanglier
piétinant
celui qui passe ?
elle est à cet imbécile
de petit-bourgeois
qui travaille
jusqu’à 10h chez Matarazzo ;
mais je me vengerai
tendez voir !
un jour moi aussi
j’achèterai une ford
à crédit
et je montrerai à ces types-là
comment on les piétine !
vous croyez que j’ai peur
du Cabinet ?
tss !!! »

(Osv. da Sylveyra, « Estylos em caricatura / Patrícia Galvão (Pagu) »,
O Malho, Rio de Janeiro, n°1576, 4 mars 1933, p. 11.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

L’édito d’avant-hier soir / Lancement Pagu (7)

[L'Homme du Peuple]

Ordre et Progrès
par Oswald de Andrade

Nous n’avons ni généraux ni prophètes. Nous sommes l’opinion libre mais bien informée.
Nous savons nous positionner dans l’espace-temps.
Nous savons qu’il existe à São Paulo un courant séparatiste qui préfère l’occupation étrangère à l’évolution du Brésil dans la direction de l’explosion du monde par la guerre et par la révolution sociale.
Nous savons qu’aux frontières du Sud il existe un grand chef* capable de créer une aventure de caractère romantique et populaire.
Nous savons que le parti communiste, aidé par les faits, prépare les masses des usines et des campagnes, tandis que la résistance Koulak se forme dans la dissolution naturelle des latifundios. Dans ce secteur, le déterminisme historique se divise en deux et s’affronte.
Nous savons qu’il y a de mystiques estomacs vides au Nord-Est, des arrivistes dans le Sud, des indifférents à l’Ouest, des canons impérialistes dans nos eaux.
Nous savons qu’existe l’aile des gauchers, dans le monde comme ici. Y adhèrent ceux qui, croyant être de gauche, ne sont rien d’autre que des droitistes confus.
Entre les uns et les autres, nous nous positionnons avec une immense et claire sympathie du côté des revendications de notre peuple exploité.
Notre programme est simple — il suffit que d’intégrer notre drapeau. Donner vie, force et signification à une devise qui hier encore semblait vide et ironique — ORDRE ET progrès. Miracle des idées dites subversives !
Nous voulons la révolution nationale comme étape vers l’harmonie planétaire que nous promet l’ère de la machine.
Contre les grands trusts parasitaires qui vivent de notre bain turc de peuple agriculteur. Nous voulons la révolution technique et donc l’efficacité américaine. Nous admirons la Russie actuelle, car désordonnés que nous sommes encore, nous devons respecter les maisons avec comptabilité. Nous combattrons donc du côté de la rationalisation économique et contre le colin-maillard de la production capitaliste. Ordre économique, progrès technique et social. En 1923, la Russie avait un déficit de près de 6 millions de roubles dans sa métallurgie, tandis que prospéraient de manière stupéfiante les brasseries et les petits bars. Dans n’importe quel pays capitaliste orienté par les forces aveugles du marché et par le profit anarchique de l’offre et de la demande, les bars auraient prospéré comme ici le café sous la productive vigilance de MM. Lazard Brothers, et la métallurgie aurait péri.
Mais dans la patrie de Lénine, c’est le contraire qui se produisit. Il n’y eut jamais surproduction de brasseries et la métallurgie, qui au début fut aidée, concentre aujourd’hui les merveilleux résultats du plan quinquennal.
Ici, les capitaux étrangers ont étrangement déformé notre économie.
D’un pays qui possède la plus grande réserve de fer et le plus haut potentiel hydraulique, ils ont fait un pays de dessert. Café, sucre, tabac, bananes.
Qu’ils nous laissent au moins les bananes !
Les capitaux étrangers ont acheté nos chutes d’eau et ont créé un sordide et mol urbanisme colonial qui est devenu ce qu’ils désiraient — l’un des meilleurs marchés pour leurs produits et leurs hochets.
De la sorte, l’or entre par le café et sort par le pot d’échappement des automobiles. Nous dépensons trois cent mille contos annuels en pneumatiques, essence ou choses de ce genre. Et l’Amazonie du caoutchouc comme le bassin de l’alcool-moteur périssent.
Notre capacité intérieure de consommation pour le café (40 millions d’habitants) serait normalement de 5 millions de sacs par an. Mais qui a dit que le Pauliste ou n’importe quel autre homme riche du littoral s’est jamais incommodé plus que lyriquement des populations affamées du Nordeste ou des récents esclaves de Mister Ford ? Nous protégeons le sel d’Espagne contre la production des salines du Rio Grande do Norte. Nous mangeons la pomme de Californie, la morue et la sardine, mais nous maintenons au plus avilissant des bas niveaux celui qui produit les fruits les meilleurs du monde et celui qui pêche l’abondant poisson de nos rivières et de notre mer. Si nous n’achetons rien aux autres États du pays, il est plus que logique que nous suffoquions sous 22 millions de sacs de café, la pierre y compris !
Dans le tram où nous montons, dans le cinéma où nous entrons, dans le pain que nous mangeons, nous mettons avec le sourire la généreuse obole de plus de 50% pour les petits pauvres étrangers qui ont aidé à créer notre grandeur.
Telle est la situation du Brésil, dans laquelle O HOMEM DO POVO se situe pour dire ce qu’il endure, ce qu’il pense et ce qu’il veut.

(O. de Andrade, « Ordem e Progresso »,
édito dO Homem do Povo, São Paulo, n°1, 27 mars 1931.)

* Luís Carlos Prestes (1898-1990), figure majeure du tenentismo, mouvement politico-militaire insurrectionnel dans les années 1920 ; passé au marxisme et alors en exil à Montevideo (Uruguay).
Trad. A. C.

29 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (6)

La vie mondaine
Lettres et Arts

Parc industriel, l’intéressant roman de Mara Lobo, continue d’obtenir un grand succès de librairie.

(notule tirée de la rubrique « Vida mundana / Letras e artes »,
Diário Carioca, Rio de Janeiro, dimanche 29 janvier 1933, p. 4.)







À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

26 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (5)

Registre littéraire
par João Ribeiro

Mara Lobo, Parc industriel, São Paulo, s. n.

C’est un livre d’une grande modernité par son sujet et par la philosophie que nous pouvons déduire de ses véhéments concepts. Il s’agit de la vie prolétaire qui vit ou végète sous la pression des classes dominantes. C’est, donc, un libelle, sous la forme du roman qui est toujours plus adaptée à la lecture et à la compréhension populaire.
Mara Lobo, ou Pagu, comme nous le révèle une note bibliographique de ce journal, s’est faite ouvrière pour connaître la vie prolétaire sous tous ses aspects de misère morale victime de l’exploitation des millionnaires.
Quel que soit l’excès littéraire de ce roman anti-bourgeois, la vérité ressort involontairement de ces pages véhémentes et tristes. Les mêmes misères et exploitations existent à l’intérieur de la bourgeoisie, dans la lutte sentimentale qui oppose les forts et les habiles aux êtres faibles et sans défense. On ne peut nier que le bourgeois n’est qu’un surnom de l’exploiteur quelle que soit son origine de classe, indistinctement. C’est un surnom littéraire quand les victimes sont humbles et sans protection, sans argent et sans ressources. Alors, le prétendu bourgeois encourage et fomente les tendances érotiques des malheureuses qui lui tombent entre les mains, par ambition, sous la force de désirs irrépressibles de vanité, de luxe et d’oisiveté. Elles paraissent alors des victimes, quand il n’est pas rare qu’elles soient également des bourreaux, et elles font leurs affaires comme elles peuvent. Enfin, l’argent est la cause principale de ces drames plus ou moins honteux et ignorés. Quoi qu’il en soit, les faits sont positifs et les misérables créatures s’élèvent et retombent selon ce rythme de dépravation et d’aventure.
Mara Lobo a choisi son thème dans la classe prolétaire la plus prédisposée à ces catastrophes amoureuses et lubriques. Les filles que le Moloch de l’industrie prépare au sacrifice forment une armée dans les grandes villes industrielles. Elles sont comme ces domestiques qui profitent de ce qu’elles appellent l’anse du panier*.
Naturellement, ceux qui profitent sont les bourgeois, parce qu’ils ont plus d’argent et qu’ils peuvent le consacrer à ces dépenses marginales, sans travail de contrainte et presque sans crime, au sens de la loi, qui est essentiellement bourgeoise.
Le roman de Mara Lobo est un pamphlet admirable d’observations et de probabilités.
La phrase qui suit définit l’esprit du livre :
« À travers les cent rues du Brás, la longue file matinale des enfants naturels de la société. Enfants naturels parce qu’ils se distinguent des autres qui ont eu de copieux héritages et accès à tout dans la vie. La bourgeoisie a toujours des enfants légitimes. Même si les épouses vertueuses sont adultères… »
Il y a dans ces lignes quelques morceaux de vérité. Et c’est pourquoi, sans être intégralement authentique, le livre de Mara Lobo n’est pas l’un de ces mensonges de la convention sociale.
Les descriptions sont magnifiques et les dialogues entre les filles qui, le lundi, sortent en direction des usines, sont de cette teneur :
« — Moi je me marierai qu’avec un travailleur.
« — La poisse ! Avec moi ça fait assez d’une pauvre. Passer toute ma vie dans cette m… »
Il y a, par conséquent, une volonté de sortir de l’ignominie du travail. Le dit bourgeois n’est parfois pas plus qu’un incitateur, un calculateur sans succès.
Le style du livre est l’un des éléments de satisfaction de Parc industriel. Pour les « filles vachement jolies » la moindre fête est sensass. L’une d’elles, enfin, Eleonora, de l’École Normale du Brás, fait un mariage luxueux. Elle épouse richement Alfredo Rocha. Elle était au bord du naufrage, prête à presque toutes les concessions. Mais elle s’est sauvée dans l’extrémité, et du Brás elle a évolué vers une maisonnette futuriste dans un quartier élégant.
Il y a un carnaval, comme il y a une série de tableaux pittoresques et merveilleux, dessinés avec un grand réalisme (page 51) [p.45-46 dans l’éd. française à paraître], qu’il est impossible de reproduire mais que l’on peut recommander au lecteur doué d’un œil leste. Corina, la métisse, avec « le ventre de celui qui a mangé de la terre », est un épisode émouvant. Elle se paye, elle se vend. « La souffrance du pauvre c’est l’argent. »
Nous ignorons si le prolétariat se tiendra pour défendu dans ce livre anti-bourgeois. Il est probable que non. La misère ou le besoin ne croient pas en leurs propres avocats ; naturellement, ils protesteront.
La vérité est que le livra comptera d’innombrables lecteurs, pour l’éclatante beauté de ses tableaux vivants de dissolution et de mort.
Le type de la plus grande résistance est Alfredo, qui enfile la blouse qu’il avait désirée depuis sa littérature de livres libertaires, ayant déjà abandonné l’abjecte Eleonora, qui a dévoré sa fortune, et, par bonheur, ayant trouvé Otávia, la compagne saine et forte, pure et consciente comme il avait rêvé…
Alfredo est, malgré tout, un oppositionniste de gauche, un désillusionné, qui a adopté cette dissimulation de gauchiste…
On voit bien que la bourgeoisie est impropre à sauver le prolétariat. Pas plus que le prolétariat, comme en Russie, ne peut de se sauver lui-même.

(J. Ribeiro, « Registro literário / Mara Lobo, Parque industrial,
S. Paulo, sem indicação de tipografia »,
Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, jeudi 26 janvier 1933, p. 8.)


N.B. : Critique littéraire de renom, membre depuis 1898 de l’Academia Brasileira de Letras, João Ribeiro (1860-1934) s’était montré régulièrement attentif, en aîné honnête et pondéré, aux productions de la jeune génération moderniste dans les années 1920, et signait là l’une de ses dernières recensions. À la reprise de cet article dans le volume posthume Os modernos (Crítica, vol. IX, 1952), saluant sans ambages « le critique le plus illustre et le plus aimable de son temps », Patrícia Galvão devait s’amuser de se voir incluse, dans la table des matières, « entre deux calamités — le Jorge Amado du Pays du Carnaval et le Tristão de Ataíde des Études et de la Doctrine catholique » (Fanfulla, São Paulo, 27 mai 1953).



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

24 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (4)

Bibliographie

Mara Lobo, Parc industriel, São Paulo

Pagu (Mara Lobo) qui vient
de publier avec grand succès
son roman Parque industrial
Parc industriel, au commencement d’une littérature anémique, pauvre en couleur et en vibration, comme l’est la littérature brésilienne, présente une saveur et une violence impressionnantes.
Mara Lobo, le nom qui apparaît comme étant celui de l’auteur de Parc industriel, n’est rien d’autre qu’un pseudonyme. Et ce pseudonyme dissimule Pagu, cette curieuse et admirable Pagu, qui se révélait il y a peu, à São Paulo et Rio, une femme de culture et d’action.
Réellement, Pagu a eu une vie singulière, dans ce pays. D’hier date sa campagne d’O Homem do Povo, campagne qu’elle mena aux côtés d’Oswald de Andrade, et qui s’acheva en un grave conflit.
Ensuite elle se prolétarisa, enfila la blouse de l’ouvrière, travailla en usine. C’est de cette phase que lui sont restées les impressions qui, condensées en un livre, donnèrent ce roman rapide, expressif, vibrant, clair, qu’est Parc industriel.
Livre prolétaire, roman dans lequel évoluent des ouvriers malheureux et des millionnaires inconscients — Parc industriel est un cri, une protestation qu’il faut prendre en considération.
Du succès que le livre rencontre actuellement, peut témoigner le fait suivant : sorti il y a un peu plus d’une semaine [sic], il fait déjà l’objet d’une deuxième édition.

(Anonyme, « Bibliografia / Mara Lobo, Parque industrial, S. Paulo »,
Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, mardi 24 janvier 1933, p. 7.)

Dans le texte : ill. et légende originales.



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

19 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (3)

Panorama
par Ary Pavão

Parc industriel, roman prolétaire… Tant que « les employés des tissages déchiffrent sur le crâne de la crevette impérialiste » que São Paulo est le plus grand centre industriel de l’Amérique du Sud, on croit encore à Mara Lobo, mais, dès que la « petite Italienne matinale » adresse certain salut expressif au tram, le nom de la couverture du livre disparaît comme par enchantement, pour laisser apparaître à sa place — Pagu — avec la violence et l’éclat de son tempérament révolutionnaire. Puis c’est le Brás avec ses usines, ses cheminées puissantes, ses mendiants, ses enfants en haillons, ses apôtres anonymes ; la rue de l’amertume, enfin… cette même rue de la vie facile, que les heureuses créatures font « paver de diamants, pour que s’y promène leur amour »…
« Travailleuses à l’aiguille », les humbles petites couturières qui lèchent les vitrines des maisons élégantes de la rue Barão de Itapetininga, pleines d’envie devant les gourmandises exposées… Araignées tristes qui tissent les robes coûteuses des autres femmes, sans pouvoir les porter. Un jour, voilà qu’arrive l’élégant coupé sport qui ne manque jamais de faire son apparition là où il y a de jeunes ouvrières faméliques. Après la garçonnière, l’abandon, la honte… La lutte des classes dans tous les secteurs. La séance du syndicat régional est une page extraordinaire. Le compagnon Miguetti qui est un agent de la police, et qui se rend à la réunion dans l’unique dessein d’interrompre les orateurs et de les dénoncer à l’Ordre Politique et Social, est une figure obligée dans toutes les sociétés ouvrières du Brésil. Le jour où les travailleurs mettront à la rue tous les Miguetti qui vivent parmi eux, je ne dis pas qu’ils augmenteront le volume de leurs revendications, mais ils diminueront considérablement leurs ennuis. Miguetti est une institution nationale. Il débute comme prolétaire, devient agent infiltré et finit propriétaire et persécuteur de ses anciens compagnons…
Le noir Alexandre, que la cavalerie de l’Ordre a un jour assassiné, est une autre figure impressionnante et bizarre du livre de Pagu. Et les deux petits noirs, Carlos Marx et Frederico Engels, que la vieille paralytique a commodément brésilianisé en Marcos et Enguis ?... Et toute une somme de choses délicieuses. Otávia, Alfredo et Eleonora — les principales figures du roman —, on les connaît. Les deux premiers évoluent par ici, heureux des idéaux qu’ils ont embrassés. Eleonora est restée à l’Esplanada, attendant sa nouvelle toilette* pour un gala de charité. De temps à autre, peut-être, la visite une légère nostalgie du temps passé. Mais le sifflement des usines est une musique fort malcommode aux oreilles habituées aux orchestres des hôtels de luxe… Et elle chasse les mauvaises pensées en commandant un autre Martini…
Roman rapide, couleurs fortes, personnalité. Même pour ceux qui, comme moi, ne participent pas au courant d’idées qui l’a inspiré, Parc industriel de Pagu est un livre qui se lit avec plaisir. Impropre aux enfants et aux jeunes filles — comme tout livre qui contient des idées — il intéresse, parce qu’il peint avec une notable simplicité les aspects les plus désolants de cette lutte terrible que les inégalités humaines ont créée entre les différentes couches sociales.
N’était la présence de certains termes que les dictionnaires civilisés ont bannis de leurs pages, par incapacité esthétique, je conseillerais à tout le monde la lecture de ce livre. Il y a des créatures, toutefois, que leur sensibilité empêche de lire ou d’entendre certains mots… quand bien même nous les avons tous à l’esprit, en un stock imposant, pour les déverser — quoique mentalement — sur ceux-là qui se mettent en travers de notre chemin, ou qui tentent, d’une certaine manière, de diminuer notre part de bonheur…

(A. Pavão, « Panorama »,
Diário Carioca, Rio de Janeiro, jeudi 19 janvier 1933, p. 4.)



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

7 janvier 2015

La critique d’avant-hier soir / Lancement Pagu (2)

Le livre de la semaine
Dans le sous-sol du parc industriel
par Geraldo Ferraz

Le livre de Mara Lobo, Parc industriel, est sorti samedi 31 décembre, avec une publicité disant qu’il s’agit d’un roman prolétaire, le premier de 1933.
C’est une anticipation de la nouvelle année qui a illustré les vitrines des librairies avec le sérieux cinématographique noir et blanc de la couverture horrible, antipathique, du livre de Mara Lobo.
Je n’ai même pas besoin de le lire pour écrire ici qu’il ne s’agit pas d’un roman prolétaire. La qualification, qui est expliquée par la préface (« la statistique et l’histoire de la couche humaine qui soutient le parc industriel de São Paulo, et qui parle la langue de ce livre, se trouvent, sous le régime capitaliste, dans les prisons et dans les baraquements ouvriers, dans les hôpitaux et dans les morgues ») de la 5e page, ne correspond à aucun modèle littéraire existant. Cela a été suffisamment expliqué dans une note du Diário da Noite, à la publication du livre de Paulo Torres, des poèmes dits également prolétaires. En résumé, le contenu peut avoir un sens révolutionnaire (révolution prolétaire) mais il ne s’agira pas pour autant d’une œuvre prolétaire. Celle-ci ne sera possible que sous le régime déterminé par la révolution prolétaire, et elle devra correspondre aux conditions sociales et humaines qui en découleront, etc.
Le livre de Mara Lobo est un roman de sens révolutionnaire. Pour ce faire, l’auteur a sélectionné certains éléments et a réalisé, dans une forme toujours intéressante, un notable travail littéraire, dans la succession des épisodes du récit.
Ces éléments sont bien distribués et sont le résultat passionnément exposé du choc des vies qui palpitent dans le sous-sol du parc industriel. C’est la ville des travailleurs qui s’entraperçoit avec son fleuve Tietê, ses rues de résidences ouvrières, l’âpreté de la journée, dans l’atmosphère enfumée par les hautes cheminées d’usine. L’insistance des métiers à tisser jusqu’aux machines à coudre où s’éreintent les filles du parc industriel. Logements collectifs et syndicats en pleine séance. L’attitude de M. L. au côté du Parti contre l’Opposition, parfaitement manifestée. Et toute la question sexuelle avec sa somme de causes, conséquences et conflits. Quelques mots par trop grossiers, dénonçant une préoccupation littéraire néfaste. Roman du parc industriel pauliste, roman pauliste. Complète opposition au roman carioca de Lima Barreto et sa dernière édition, Marques Rebelo. Souvenir d’Oswald de Andrade 1e phase, Les Condamnés (de la Trilogie en souffrance), jusque dans certains épisodes. Sans plagiat. Mais admirable de couleur bien locale — si différent de la Bagaceira du ministre des Transports, Zé Américo.
Des lignes d’eau-forte dans certaines descriptions :
« Le Tietê trouble. Barques à l’ancre et en transit, chargées de troncs et de gros hommes aux chemises à haut col couleur cannelle. Ils s’installent.
« Le bac qui grogne de ses engrenages rouillés. Elle mouille sur l’herbe trempée le tissu bon marché de son manteau à la doublure usée. Ses cheveux noirs s’entortillent autour des lianes. Terre, morceaux de charbon. »
Et la lumière des projecteurs balaye incisivement la scène, les spectateurs, tout le mouvement du parc industriel, sous-sol obscur d’où surgissent les détails des masques tragiques, des moments angoissants des meetings, place de la Concórdia, des mouvements de bas en haut, dans la force d’aurores que l’on commence à pressentir, sur la ligne de l’horizon…
Ce n’est plus la littérature sambinette de Mário de Andrade Conservatoire. Les âneries de Coelho Neto pour Prix Nobel. Les sirops anglais de Machado de Assis. C’est la vie humaine en conflit avec les conditions qui encadrent les relations du capital et du travail, dans la lutte en perspective. Les débuts d’écrivain les plus beaux et les plus courageux de cette délicieuse fin 1932. Malgré tous ses défauts. Peut-être pour cela-même, une jeune sincérité.

(G. Ferraz, « O livro da semana / No subsolo do parque industrial »,
Correio de S. Paulo, samedi 7 janvier 1933, p. 2.)


N.B. : Cet article méconnu, qui constitue la toute première recension du roman dans la presse de l’époque, est signé par un proche, appelé qui plus est à occuper le premier plan de la biographie de Pagu. Le journaliste et romancier Geraldo Ferraz (1905-1979) s’était d’abord signalé comme secrétaire de rédaction de la Revista de Antropofagia (2e phase, 1929) d’Oswald de Andrade, et avait collaboré ponctuellement à O Homem do Povo (1931), le journal d’Oswald et Pagu, fondant et dirigeant lui-même un autre journal de gauche également radical, O Homem Livre (22 n°, mai 1933-février 1934). C’est avec sa complicité que Pagu, condamnée début 1936, s’évadera avant la fin de sa peine de 2 ans d’emprisonnement, en 1937, avant d’être arrêtée et nouvellement condamnée en 1938. À sa sortie définitive de prison, en 1940, G. Ferraz la recueille et l’épouse. Ils passeront ensemble le reste de leur vie, partageant un même engagement, à commencer par leur collaboration au journal du trotskiste Mário Pedrosa, Vanguarda Socialista (1945), et signant ensemble le roman anti-stalinien A Famosa Revista (1945), le deuxième et dernier roman publié par Pagu.



À paraître :
Patrícia Galvão (Pagu)
Parc industriel
(roman prolétaire)
Inédit en français
Prologue de Liliane Giraudon
Le Temps des Cerises
mars 2015

31 décembre 2014

Les couvertures du (post-)modernisme brésilien / Lancement Pagu


Mara Lobo
[Patrícia Galvão, dite Pagu, 1910-1962]
Parque industrial
(Romance proletário)
São Paulo, s. n., 1933
145 p.

Couverture anonyme, attribuée à Lívio Abramo (1903-1992).

Pas d’achevé d’imprimer, pas de justification de tirage. Ouvrage diffusé à partir du 31 décembre 1932 ; 2e tirage supposé en janvier 1933.

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Mise à jour :

14 décembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou presque)


Jean Gravigny
[Fernand Aubier (1876-1961)]
Montmartre en 1925
Édition définitive augmentée de quelques notes curieuses
et particulièrement d’une étude plus complète sur la galanterie à Montmartre
Paris, Éditions Montaigne, « Coll. du Gai Savoir » (n°1), 1925
14x19 cm, 181 p.

Couverture en couleurs et dessins de Vicente do Rego Monteiro [1899-1970].

Achevé d’imprimer le 29 avril 1925 sur les Presses des artisans imprimeurs, F. Lefèvre directeur (23, rue de la Mare, Paris).