15 juillet 2018

 À propos d'un inédit mexicain

« Entre Picasso et Diego Rivera, Xavier Icaza dresse sa tente multicolore. Les vents convergent autour d’un cône figurant un cratère — le Popocatepetl ? — d’où surgit la fumerole d’un haut-parleur de radio, en forme d’aérostat. Autour de la tente, un chapelet pyrotechnique. À la porte, Xavier Icaza, grimé en Indien — un peu boulevard* —, feint une attitude sévèrement comique de professeur et proclame : “Il y a deux chemins pour arriver à la connaissance transcendantale : le chemin du raisonnement et le chemin de la sensation ‘méritée’. Le peuple, généralement pieds nus, ne peut marcher que sur le sable chaud du second, et le premier, même ceux qui ont des chaussures ne l’empruntent pas, parce qu’ils ont entendu dire qu’il n’est guère hygiénique, et ils ont raison ! En outre, le chemin du raisonnement est plein de poteaux indicateurs, et l’autre, au contraire, nous donne l’impression de découvrir et d’inventer nous-mêmes chaque paysage, et c’est ce qui plaît à Panchito Chapopote. Je vous présenterai — poursuit Icaza à la porte de sa tente — ce Veracruzano typique, et il vous conduira au cœur même du Mexique afin que vous le voyiez palpiter au rythme authentique de 1928. Vingt minutes d’attention. Pas question de statistiques ni d’articles de fond. Des sensations. Il n’y a rien qu’à voir, entendre et sentir. Les trois impressions, mêlées, sont le détonateur de l’intuition, au contact duquel celle-ci s’enflamme en feux de Bengale et roussit gracieusement la vérité, comme par hasard.” »

C’était Ramón J. Sender qui nous présentait Xavier Icaza qui nous présentait son Panchito Chapopote. Plutôt tentant, n’est-ce pas ?

(Une traduction en préparation, tenez-vous bien.)

13 juillet 2018

Sous le roman, la poésie

Dans le numéro d’été de la revue Europe, consacré à Roberto Bolaño, il y a plein de bonnes choses, il n’y a même que ça, je crois bien. Il y a, par exemple, l’indispensable témoignage de Robert Amutio, qui fut (et ne sera plus) son traducteur français. Il y a aussi un excellent article de Florence Olivier, auteure par ailleurs d’un essai qui se conseille, Sous le roman, la poésie : le défi de Roberto Bolaño (Hermann, 2016).
Et comme chacun voit un peu midi à sa porte, on se rappelle que Florence Olivier avait également signé, dans Europe déjà (avril 2014), une splendide note de lecture sur l’ouvrage Stridentisme ! (Le Temps des Cerises, 2013) du Mexicain Maples Arce, l’un de ces rares poètes pistés par l’érudition sauvage de Bolaño, une étoile bizarre de sa fascinante constellation littéraire.
Allez, on vous la redonne, cette critique, parce que le livre se lit très bien à la plage, en supplément aux Détectives sauvages

7 juillet 2018

Migrants : une chronique brésilienne de 1930

Eldorado
par
António de Alcântara Machado


– Émigrants

De la dernière chronique de Marcel Brion qui, dans les Nouvelles littéraires [386, 8 mars 1930, p. 6 : « L’actualité littéraire à l’étranger »], passe en revue les nouveautés de l’étranger, je traduis, faute de mieux, ceci :
« M. Francesco Perri nous avait conté l’an dernier les douloureuses aventures des émigrants italiens. Sous le même titre Emigrantes (Livraria Renascenca, Lisbonne) [cf. Émigrants [1928], trad. du portugais (Portugal) par A. K. Valère, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1948, 328 p.], M. Ferreira de Castro nous donne aujourd’hui un tragique tableau des souffrances qui attendent au Brésil les émigrants portugais. C’est un livre d’un pessimisme profond, sans une lueur d’espoir, sans un moment d’apaisement. Écrit “au nom de la solidarité humaine”, il a pour but de mettre en garde contre le mirage de l’or ceux qui, trop nombreux, sont tentés de chercher fortune en Amérique. […]
« On sent dans ce roman, de même que dans les nouvelles de O Vôo nas Trevas (Livraria Civilização, Porto) une connaissance des plus basses destinées humaines, une expérience de la misère et de la souffrance, qui ajoutent à ces livres réalistes et vrais, un accent d’indiscutable sincérité.
« M. Ferreira de Castro se penche sur ces malheureuses victimes de la pauvreté, de la maladie, sur ces vaincus de la vie, avec une grande compassion et une chaleur de sympathie extrêmement émouvante. Ses livres sont humains parce qu’ils sont écrits avec toute la pitié et la révolte qu’inspire le malheur. »
Fort bien.


 Italiens

Le Brésil de Francesco Perri (s’il s’agit bien du Brésil, comme cela semble être le cas) doit être le Brésil-hécatombe de ces quelques livres de ritals apparus dernièrement et qui sont bien utiles à la politique anti-émigrationniste du fascisme. Un Brésil assurément différent de celui que connaissent la légion des potentats napolitains, siciliens, lombards, etc., des industries, des gratte-ciel et des fazendas. Proclamé, même, en de probables moments de sincérité et de gratitude. Probables seulement, bien que légitimes. Mussolini a fait de l’Italie une prison pour les Italiens et nous n’avons rien à voir avec cela. Tout au plus peut-on reconnaître qu’il fait bien de vouloir exploiter la main d’œuvre nationale au profit de l’Italie qui en a besoin. C’est tout à fait juste. Mais cela devient une tout autre affaire quand, pour attacher le citoyen à son pays, on maltraite le pays étranger qui l’attire. Ne quittez pas l’Italie pour le Brésil, car le Brésil est ceci, est cela, une quantité de choses affreuses. De la sorte, non. Ne quittez pas l’Italie, car l’Italie a besoin de vous. Voilà comment il faut faire. Nous n’aurions rien à redire. Nous aiderions plutôt le fascisme en ajoutant : Et le Brésil n’a pas besoin de vous.
Maintenant, vouloir nier la réalité au moyen de calomnies dégoûtantes et d’un tas de crétineries, c’est hors de propos, cela irrite et ne sert qu’à provoquer des querelles. Je le dis même si je pense que la mauvaise réputation du Brésil ne lui a jamais causé ni ne lui causera jamais le moindre préjudice. J’écrivais même il y a peu que notre prétendue sauvagerie constitue une belle propagande. Pays sauvage veut dire un pays où tout est à faire, un terrain parfait, donc, pour toutes les activités. Il attire, quoi qu’on en dise. Et nous pouvons sans crainte garantir aux patriotes que l’ignorance des étrangers contribue à assurer au Brésil un développement tranquille. On ignore et on invente. Il continuera de se développer. D’autres peuples dédaignés et insultés ont déjà causé de la sorte bien de la stupeur à travers le monde.
Mais le nationalisme à l’exaltation facile prend ombrage des perfidies de l’étranger qui pour cette raison se révèlent désastreuses. La tant célébrée harmonie italo-brésilienne a déjà connu des moments désagréables à cause de celles-ci. Dans l’intérêt même des Italiens qui vivent parmi nous, le gouvernement fasciste était dans l’obligation de mettre un terme définitif à cette campagne stupide contre le Brésil. Cependant, il la tolère et, même, de manière plus ou moins dissimulée, la commande et la stimule. De la sorte, les choses finiront mal, tôt ou tard. C’est évident.


 Portugais

Quant au livre de ce Ferreira de Castro, le propos de Marcel Brion ne permet aucun doute ; c’est ouvertement un roman écrit dans l’intention de détourner du Brésil le courant d’émigration portugaise. Il est inutile d’ajouter quoi que ce soit. Ce vice d’origine est un motif largement suffisant pour que nous mettions Emigrantes en quarantaine, en tant que littérature et en tant que document (en vertu de quelle autorité un Français peut-il dire que le livre est vrai ?). Le roman appartient au genre édifiant. Sauf qu’il ne s’agit pas de mettre en garde la jeunesse étourdie contre les dangers du monde, mais les Portugais contre le Brésil. Des enfants le poil au menton, ingénus, dont l’expérience de quatre siècles n’a pas encore ouvert les petits yeux. Aujourd’hui encore, ils ne comprennent pas quel immense malheur a été et demeure pour leur pays la découverte de 1500. Pauvres petits, pauvres petits.
Il y a un livre fort amusant à écrire sur les multiples transformations de l’attitude portugaise à l’égard du Brésil. Tout le monde sait qu’au début, le Portugal n’accorda pas la moindre importance au pays découvert. Il ne commença à comprendre ce qu’il valait qu’après que d’autres plus malins eurent voulu s’en emparer. On créa alors les capitaineries. Et la piraterie qui était pratiquée ici et là par les autres, le fut dès lors par les découvreurs. Une piraterie timide, d’ailleurs, qui ne se risquait pas à l’intérieur du pays. Contre les traités de la métropole, les métis téméraires agrandirent et construisirent le Brésil. Contre l’inertie de la métropole, la colonie lutta durant les deux premiers siècles pour expulser les Français et les Hollandais. En récompense, elle se mit à fournir de l’or. Elle gava d’or les Bragance. Et par l’intermédiaire des imbéciles, elle couvrit d’or les Anglais et le Saint-Siège. Minas Gerais, São Paulo, Mato Grosso, Bahia, Goiás et Ceará envoyèrent plus de mille tonnes d’or. À nouveau, en récompense, des lois fermant les routes, restreignant l’importation, supprimant la poste et ainsi de suite. Emploi de la force pour les désobéissants. Par-dessus le marché, le mépris et même le dégoût. Le sentiment que jusqu’en 1822 le Brésil inspira toujours aux Portugais est patent dans la fameuse attitude de ceux qui accompagnèrent le roi fugitif à Rio de Janeiro. Après 1822, le dégoût se transforma en une sorte de dépit irrité, et le mépris, s’il perdura, servait de vengeance. Tandis que les historiens s’efforçaient de démontrer les bienfaits de la domination portugaise, la littérature, jusqu’à la fin du siècle, quand elle parlait de l’ancienne colonie et des anciens colons, employait toujours un ton idiot d’ironie paternelle et méchante. Le progrès du Brésil (désordonnée ou non) était un thème de moquerie amère pour le Portugal décadent. Cependant, l’émigration se développait et, sous le régime brésilien, prospérait comme jamais elle ne l’avait fait sous le régime portugais. Le travail des émigrants devint et demeure aujourd’hui l’une des bases économiques qui soutiennent encore miraculeusement la « sainte patrie » dans tout son désordre. Avec une population sept fois plus nombreuse, le Brésil était le premier consommateur et le premier lecteur des sardines et des livres du Portugal. C’est alors qu’un nouveau changement se produisit de la part de celui-ci. Avec une affection que l’on n’avait jamais soupçonnée auparavant, le Portugal proclama le Brésil son héritier, son continuateur, et sans la moindre gêne se déclara fier de l’œuvre accomplie. On inventa l’idée d’une confédération luso-brésilienne (à notre avantage, bien entendu). La rhétorique portugaise joignit au thème héroïque des Gama et des Albuquerque, le thème plus lucratif de l’alliance entre les deux nations qu’elle prétendait sœurs.
Tout cela est par trop connu, mais il est toujours bon de le répéter, maintenant qu’au nom de la solidarité humaine un Portugais dépeint dans un roman les horreurs et les misères que ses compatriotes subissent au Brésil. Au Brésil, pays qui, comme cela est aussi connu, a des côtes extrêmement longues (plus de six mille kilomètres). À l’ironie littéraire succède l’attaque violente, et cela marque peut-être une nouvelle phase de la vieille amitié que nous voue le Portugal. Je dis peut-être, d’une part, parce qu’il ne faut pas donner trop d’importance au romancier et la prudence ordonne de considérer sa voix comme une voix isolée, jusqu’à preuve du contraire. D’autre part, parce que les choses sont liées, les faits anciens expliquent les nouveaux, la question des pêcheurs de Póvoa de Varzim par exemple est récente, le Portugal comme l’Italie a besoin de ses enfants à la maison, etc.


 Le drame de l’émigration

Le drame de l’émigration au Brésil est stupéfiant, et peut à lui seul alimenter longtemps plus d’une littérature. Mais il sera toujours falsifié si celui qui le dessine et le décrit y met quelque intention autre qu’exclusivement littéraire. Je veux dire : l’intérêt nationaliste ou l’objectif d’une campagne contre ou même pour, ne pourront qu’en offrir (ce qui ne se produira pas si l’on est curieux de l’aspect simplement psychologique) un aspect partial et donc une vision erronée. Il s’agit avant tout d’un drame d’adaptation. Que celle-ci réussisse ou non, il y a sans nul doute un intérêt lésé : celui du pays d’origine ou du pays d’adoption. Il est quoi qu’il en soit impossible de nier de bonne foi que le nombre de ceux qui sont personnellement bénéficiaires est à tel point supérieur au nombre des victimes que ce dernier en réalité ne compte pas. En outre, fuir une situation qui ne nous satisfait pas et échouer, cela n’est pas pire ou bien pire : on reste dans la même situation ou presque. Et attribuer simplement ou principalement au changement de pays le malheur d’un homme, c’est résoudre avec une bien grande naïveté le drame humain. Dans l’un et l’autre cas, on élimine ou réduit cet élément prépondérant : l’homme.


 Pitié

Le sujet est sans fin et, pour ce qui concerne surtout les Italiens et les Portugais, il prête bien à rire du point de vue brésilien. Il vaut mieux rire en silence. Mais je ne peux manquer de déplorer ici, également au nom de la solidarité humaine, les innocents que le roman de Ferreira de Castro est venu trop tard mettre en garde contre les misères de l’Eldorado. Les Vicomtes de Morais, les Ferreira Botelho, les Dias Garcia, les Costa Pereira, les Pereira Inácio et d’autres malheureux, des milliers, des tas de milliers, pour qui il n’y a pas une lueur d’espoir, ni un instant de paix, une fois qu’ils ont débarqué au Brésil. Car la compassion pour les vaincus de la vie est mon unique vertu. Et personne ne doit perdre une occasion de montrer son meilleur côté.

Beaulieu-sur-Mer, mars 1930.


Trad. inédite du portugais (Brésil) par A. C.

Source :
« Eldorado »
O Jornal, Rio de Janeiro, 22 juin 1930

Chronique recueillie dans :
A. de Alcântara Machado, Cavaquinho e saxofone (Solos), 1926-1935
[éd. posthume, organisée par Sérgio Milliet et Cândido Mota Filho]
Rio de Janeiro, Livraria Editora José Olympio, 1940
section « Cavaquinho / II. [Notícias] do Brasil », p. 77-83

*

Du même auteur, en français :


Brás, Bexiga et Barra Funda (Informations de São Paulo)
trad., notes & postface d’Antoine Chareyre
(en préparation)

6 juillet 2018

Football & nationalité : une chronique brésilienne de 1929

Notes sur la visite du Bologna FC
par
António de Alcântara Machado


1 – Prolégomènes

Au Salon Santa Gertrudes, dès que l’on fut informé de l’embarquement en Italie, la discussion s’engagea : d’un côté les coiffeurs, de l’autre les cireurs de chaussures. Autrement dit : Italiens contre Italo-Brésiliens. Le compartiment des cireurs se trouve à l’avant. De sorte que les clients entraient, s’installaient sur une chaise et écoutaient rimer les fanfarons : Les coiffeurs ils l’ont mauvaise, on va triompher à l’aise ! Les désœuvrés lisaient le journal et commentaient les télégrammes. Ou alors faisaient des suggestions pour former la sélection.
Dans le fond, les coiffeurs accordaient deux buts pour l’honneur. Ils disaient : Qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? C’est pas les Hongrois, ça non, ce sont des penalties ! De temps en temps, les supporters du Brésil faisaient du bruit dans la section des cireurs et un coiffeur demandait le silence. Mais il était mal reçu. Les gamins brandissaient leur brosse en criant : On est chez nous ! Alors le gérant intervenait de son habituelle autorité : Au football y a pas de patrie ! Il se trouvait toujours un client pour être d’accord.
On connaissait la biographie de chacun des joueurs qui étaient du voyage. Quand apparaissait quelque doute, un coiffeur ouvrait le tiroir, en sortait un journal et remettait vite les choses à leurs justes places. Les parieurs déposaient l’argent dans les mains du gérant à l’honnêteté inattaquable.


2 – Premier match

Le soir du match contre les Cariocas, le peuple occupait la rue Líbero Badaró depuis la place São Bento jusqu’à l’avenue São João. Costume gris et cravate rouge : l’Italien élégant. Mais il y en avait aussi de bien moins élégants. La radio racontait la dispute dans tous ses détails. Et les auditeurs applaudissaient et huaient sans discontinuer. Le seul point que marquèrent les Bolognais provoqua quelques querelles, parce que dans les regards des Italiens brilla une satisfaction fasciste. Mais cela n’eut pas grande importance. L’envie d’écouter ne laissait de temps pour rien d’autre. Puis l’espoir indécis de la victoire força à la tolérance.
Le deuxième point que marquèrent les Cariocas fut salué par des applaudissements, des cris et des coups de klaxon. S’ensuivit une phrase angoissante par quoi la radio annonçait la réaction des Bolognais. C’est alors que se détacha de la foule un type avec canne et chapeau de paille, hurlant comme un fou furieux. Il se plaça devant un groupe exalté et se mit à diriger les supporters nationaux. Quand le haut-parleur décrivait, sous de noires couleurs, une avancée des Italiens, il faisait un signe de sa canne et jetait le mauvais sort sur l’attaque des Bolognais, conduisant le chœur monstrueux :

Ramona
Tu as des lèvres corallines
Ramona
Tu es subtile et angélique.

On ne discutait même pas. La radio informait aussitôt : Schiavo tire mais Joel assure brillamment la défense. Ou bien : Constantino perd le ballon au profit de Hildegardo. Parfois, le jeu se modifiait tout à coup de telle sorte qu’à une attaque des Italiens succédait, sans une minute de répit, une attaque des Cariocas. Alors le maestro suspendait le chœur : Arrêtez ! Arrêtez ! Mais il suffisait que Banchero s’empare du ballon pour que le chant reprenne de plus belle :

Ramona
Dans mon beau château de cristal
Ramona
Tu seras reine sans égale.

Et il en fut ainsi jusqu’à la fin du match. Le maestro n’avait plus de voix. Il bondissait ou dansait la matchiche tout seul par pur enthousiasme.


3 – Deuxième match

Il y avait foule au Parc Antarctica. Tant que le match n’était pas commencé, on s’amusait en escaladant les arbres. Le Noir grimpait. Le Blanc ne tombait pas. Le nougat coûtait cinq mil-réis et la chaise vingt. Le gros fit son apparition au beau milieu du peuple avec un plateau de deux mètres de haut, atteignit sa place avec cinquante centimètres. Peut-être moins. Dans le parterre, on s’arrachait la cravate, on s’arrachait le col de chemise, on se mettait à l’aise. Et les blagues pleuvaient. Parce que le soleil était fort, l’Italien baissa son chapeau sur les yeux. Gaetaninho le vit et lui cria : Hé, l’Italien ! T’aurais pas peur du soleil ? Tu veux pas r’garder le rival de Mussolini ? Les gens riaient et crachaient.
Dès que les joueurs du Bologna furent entrés sur le terrain, le gardien s’occupa de mesurer la hauteur de sa cage puis commença à aller d’un côté à l’autre tout en regardant sa ligne. Un type demanda à voix haute : Il cherche un billet de vingt mil-réis ? D’autres répétaient la question. Cela devint bientôt un hurlement effrayant : Il regarde s’il trouve pas de l’argent ?
Ces trois points marqués d’entrée de jeu affaiblirent les supporters. Ce n’est qu’à la deuxième mi-temps, quand les Paulistes réagirent, firent la différence et conquirent peu à peu la victoire, que l’affaire s’enflamma vraiment. Les Bolognais ne pouvaient même pas l’ouvrir. On conseillait aussitôt : Mets-lui la main sur la bouche, Feitiço ! Le juge souffrait : Gros porc ! Les attaquants italiens lançaient le ballon au-dessus du but pauliste et on demandait : Y a pas corner, l’arbitre ? Finalement la sélection l’emporta en beauté, les tramways se remplirent, la criaillerie s’en alla dans les rues. Qui a gagné ? La réponse était moqueuse : Va l’demander à Taquara !
Taquara était un maigre et grand vieillard, entraîneur du Bologna qui, en pantalon de golf, dirigeait le jeu de son équipe en courant le long du terrain.


4 – Dialogue et embarras

Le dimanche soir se rencontrèrent l’Italien et le mulâtre. Il était déjà dix heures passées. Le mulâtre provoqua. Elle est passée où ta langue depuis hier ? L’Italien répondit : À l’escrime vous êtes perdants, sérieux ! Et le mulâtre : On joue pas à l’escrime, on joue au couteau. Et l’Italien : Le Bologna a perdu aujourd’hui mais Spalla a gagné contre Benedito y a cinq ans ! Et le mulâtre : Les gens vous les servez à manger dans la glace ! Et l’Italien : Mais vous, vous avez pas un Ferrarin. Et le mulâtre : Il a volé dans l’aéroplane inventé par Santos Dumont !
Le lundi, Il Piccolo se trouva sacrément dans l’embarras, il ne pouvait nier la défaite, mais ne voulait pas s’avouer vaincu, alors il s’en tira avec cette nouvelle, pour résumer le match :

Primo tempo : Bologna, 3 — Selezionato, 1
Secondo tempo : Bologna, 1 — Selezionato, 5

Comme quelqu’un qui dit : Nous avons perdu à la seconde mi-temps mais nous avons gagné à la première. Match nul.


5 – Troisième match

Aussitôt que le match eut commencé, on vit la supériorité du Corinthians. Les attaquants d’un demi-mètre passaient en plaisantant entre les géants du Bologna et entraient dans leur cage avec le ballon et tout. La première mesure consista à attraper les gamins par le maillot, les blesser et les faire tomber. Le parterre commentait : Le Bologna joue avec le pied et avec la main. Ce qui n’empêchait pas les Paulistes de dominer toujours plus le jeu. On changea alors de tactique. On remplaçait régulièrement les joueurs. Le parterre commentait : S’ils sont vingt-deux ils peuvent mettre tout le monde sur le terrain.
Les gens qui se trouvaient là, en plein soleil depuis midi, avaient soif. Il y avait un robinet mais séparé par une barrière des gens qui avaient soif. Un gosse vendait la bouteille deux cents réis et la demi-bouteille cent réis. Le client se plaignait en disant qu’il ne voulait qu’une demi-bouteille. Et le garçon, consciencieusement, devant le client vidait la moitié de la bouteille dans l’herbe, servait le reste et recevait les cent réis.
On eût dit une seule voix qui criait : Encore un ! Encore un ! Encore un — encore un — encore un ! Parfois cela variait : Fastoche ! Fastoche ! Fastoche-fastoche-fastoche ! Le milieu-de-terrain bolognais, araguira rougeâtre avec ses cheveux hérissés, reçut le surnom de Tico-Tico-Roi. Les tirs de Grané étaient salués d’un : Hé, le buteur ! Tout le monde le reconnaissait : Ce diable a pas de famille ! Et les supporters du Corinthians étaient sans pitié : Toucouroucoutou ! Allez-allez ! Toucouroutou ! Allez-allez ! hourrah ! hourrah ! Corinthians !
Dans les moments de danger, les petits cris féminins provoquaient les rires. De l’Usine Matarazzo, avenue Água Branca, arrivait une odeur de suif qui donnait même le mal de tête. Parce que le score en faveur du Corinthians ne faisait qu’augmenter, les supporters du Bologna se retiraient tout rouges et parlant bas. Mozeglio mit le pied sur Rodrigues, Rodrigues tomba, d’autres intervinrent, Rodrigues et Mozeglio se rapprochèrent en une rude accolade car l’amitié qui unit l’Italie au Brésil ne doit pas subir la plus légère égratignure.
Quand l’arbitre siffla la fin du match, la foule envahit le terrain et souleva les joueurs en nage, tandis que les gamins au milieu du gazon jouaient au football avec des canotiers troués par l’enthousiasme. C’est alors que commença la litanie traditionnelle. Quelqu’un lançait : Le Bologna va jouer dans les champs ! Et les autres : Ora pro nobis ! Le premier : Le Bologna fait honte à l’Italie ! Et les autres : Ora pro nobis !
De toute sa portugaise importance, M. Oliveira déclara : Le match a été très bien résumé !


Trad. inédite du portugais (Brésil) par A. C.

Source :
« Notas sobre a visita do Bologna F. C. »
O Jornal, Rio de Janeiro, 3 août 1929, p. 4
[paru également dans le Diário de S. Paulo, éd. non localisée]

Chronique recueillie dans :
A. de Alcântara Machado, Cavaquinho e saxofone (Solos), 1926-1935
[éd. posthume, organisée par Sérgio Milliet et Cândido Mota Filho]
Rio de Janeiro, Livraria Editora José Olympio, 1940
section « Cavaquinho / I. Notícias de S. Paulo », p. 27-32

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Du même auteur, en français :


Brás, Bexiga et Barra Funda (Informations de São Paulo)
trad., notes & postface d’Antoine Chareyre
(en préparation)

23 juin 2018

Vient de (re)paraître (au Brésil)



Mara Lobo
(Pagu)
[Patrícia Galvão]
Parque industrial
(romance proletário)

prefácio de
Augusto de Campos

notas & posfácio de
Antoine Chareyre

posfácio de
Kenneth David Jackson





São Paulo
Editorial Linha a Linha
2018

Preço de capa : R$ 55

Livro disponível
(av. São Luís, 187 – São Paulo)




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(São Paulo, 23 de Junho de 2018)

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No blog Bois Brésil & Cie :

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Une soirée avec Pagu

Lancement du livre Parque industrial de Patrícia Galvão (Pagu)
à la librairie Tapera Taperá (São Paulo), 23 juin 2018

Débat « Entre golpes : mulher e política na literatura brasileira, de 1933 a 2018 »
avec Ana Rüsche & Paulo Ferraz
modéré par Marília Moschkovich (éditions Linha a Linha)

20 juin 2018

[Petite chronique du mouvement international des livres & des idées : un cas d’import-export]


L’intérêt, parmi tant d’autres, quand on s’efforce de traduire & introduire des auteurs méconnus si ce n’est de seconde zone, & des textes négligés de l’avant-veille, emblématiques ou marginaux, emblématiquement marginaux — & dont il arrive d’ailleurs, au moment même où l’on entreprend de les traduire, qu’ils ne soient plus édités (ou mal) dans la langue originale, pour ne rien dire des hapax éditoriaux localisés & exhumés coûte que coûte —, l’intérêt, donc, c’est que l’on a parfois la satisfaction intellectuelle de voir ces auteurs-là suivre leur bout de chemin posthume, & ces œuvres-là réapparaître, reparaître dans leur pays d’origine, & même, parfois, qui plus est, de se trouver personnellement associé à l’entreprise de réédition — signe, peut-être, qu’on ne fait pas tout à fait n’importe quoi. Ça circule dans tous les sens & c’est très bien comme ça.

Joie & fierté, donc & tout d’abord, de voir paraître ces jours-ci, au Brésil, la 5e édition qui est aussi la 4e édition posthume qui est aussi la 1re édition critique en portugais de Parque industrial, ce si singulier romance proletário de la fascinante Pagu (Patrícia Galvão, 1910-1962), une absolue rareté d’abord autoéditée presque clandestinement, sous le pseudonyme Mara Lobo, en 1933, puis reprise en 1981, 1994 & 2006 — il revenait de loin, ce petit livre, & comme on le voit, le rythme des rééditions s’accélère drôlement !

Joie & fierté, non moins, d’avoir comme qui dirait contribué à cette belle & nécessaire publication, comme ça, en donnant aux lecteurs brésiliens une version revue & corrigée, augmentée & adaptée, de la postface & des notes conçues initialement pour l’édition française (2015), l’ouvrage ayant connu par ailleurs des traductions en anglais (1993) — Kenneth David Jackson est également de la partie —, en croate (2013) & en espagnol (2016).
(Un amical & confraternel coup de chapeau à Daniel Lühmann, qui s’est chargé, dans une large mesure, de mettre en bel & bon portugais mes quelques considérations sur l’apparition & les enjeux de ce premier roman prolétarien (& féministe) de la littérature brésilienne, influencé par le meilleur de la prose moderniste.)

Forte émotion, aussi, à l’idée d’en partager le sommaire avec Augusto de Campos, qui livre ici une préface inédite, lui sans qui Pagu serait sans doute restée dans les limbes de l’histoire littéraire & culturelle, dans l’ombre maudite de la mémoire politique brésilienne, et qui est aujourd’hui une légende, & un exemple.

Gratitude envers l’initiative de Marília Moschkovich des éditions Linha a Linha, cette « première maison d’édition féministe au Brésil » qui avec pareil titre ne pouvait mieux inaugurer son catalogue, sous un label, « Carolina », expressément dédié aux écritures féminines & aux questions de genre, aux voix marginales & discriminées.

& puis, tant qu’on y est : amitiés volontiers renouvelées à Juliette Combes-Latour & aux éditions Le Temps des Cerises qui, ayant publié tantôt la version française du roman (joliment saluée par la critique), se trouvent contribuer de la sorte, indirectement, à l’histoire de l’édition brésilienne. Pour une petite maison militante cofondée par Jorge Amado — cet autre pionnier du roman social brésilien —, c’était bien la moindre des choses…

Revoilà donc, lisible de tous, portée par un geste éditorial concerté & ouvertement militant, une fiction efficace, brute & brutale, qui conjugue activisme communiste & revendications féministes : un brûlot révolutionnaire qui a de quoi agiter les esprits dans le Brésil de 2018, en proie à toutes les régressions morales, politiques, sociales & culturelles !


N.B. : & les lecteurs français, eh bien qu’ils se jettent, si ce n’est fait, sur l’édition française :


Ça se trouve, en librairie.

Mais uma vez sobre Pagu e seu romance proletário

Parque industrial de Mara Lobo,
aliás Patrícia Galvão, aliás Pagu
por Paulo Ferraz

Por um acaso alfarrábico, li às vésperas do Primeiro de Maio o romance Parque Industrial da Pagu, publicado em 1933, sob o pseudônimo de Mara Lobo, e que não mereceu então um debate crítico mais profundo, salvo algumas notas na imprensa, entre elas uma publicada em 23.01.1933 no Jornal do Brasil pelo acadêmico João Ribeiro que a saudava e enaltecia sua estreia com “um livro de grande modernidade pelo assunto e pela filosofia”, considerando-o um “panfleto admirável de observações e probabilidades”. Com o passar do tempo acabou praticamente esquecido com algumas escassas referências acadêmicas em geral relacionadas à atividade política na literatura, por vezes em comparação aos livros de Jorge Amado do mesmo período.

O romance de Pagu talvez não chamasse tanta atenção para exigência estética da burguesia modernista, já que a narrativa é sempre direta, com cenas curtas e personagens um tanto esquemáticas que cumprem papeis específicos, prestando-se a cumprir certa sina dentro da estrutura de opressão social na qual a narrativa se insere. Mas não se trata de “exigência burguesa”, o livro foi escrito para operários suburbanos da década de 1930, sua função era a de fazer da literatura uma atividade comprometida, a qual chamamos pejorativamente de panfletária. Mas aparentemente seu panfleto desagradou até os comunistas, já que há pouco Marx (e quando há o didatismo por meio de exemplos, de fato, prejudica a forma) para muita realidade pós-escravista em nosso parque industrial que mais parecia uma fazenda com teares e chaminés. A despeito de eventuais dúvidas quanto a sua função política, Geraldo Ferraz não poupou em classificar a obra como “um romance de sentido revolucionário. Para fazer isso, a autora selecionou alguns elementos e realizou numa forma sempre interessante, um trabalho notável, na sequência episódica da narrativa. (...) Não é mais literatura sambinha de Mário de Andrade Conservatório. Bobagem de Coelho Neto pró prêmio Nobel. Xaropes ingleses de Machado de Assis. É a condição humana em que se enquadram as relações do capital, na luta em perspectiva” (Correio de São Paulo, 7.01.1933)

Ainda assim, em meio a um texto aparentemente didático, diria que há um eco da poética oswaldiana, as frases curtas têm como centro a ação ou um elemento essencial do ambiente, que funciona como síntese, sem se importar tanto com a descrição. Em favor de uma certa velocidade, Pagu emprega cortes abruptos de uma cena para outra, às vezes pequenos quadros justapostos, que dão um ritmo da narrativa muitas vezes próximos ao de um poema em prosa, tanto que na seleção de sua obra que Augusto de Campos preparou, ele pinçou passagens que se prestam justamente a essa função. Mas há algo que nem em Oswald se encontra, a violência física também se reproduz numa violência vocabular que registra as ofensas, o palavrão, a falta de pudores com que as personagens falam de seus corpos ou mesmo do sexo, que não é insinuado, sugerido, está presente na forma consentida ou não.

“— Eu só me caso com trabalhador.
— Sai azar! Pra pobre basta eu. Passar a vida inteira nesta merda” (...)
“Que importa morrer de bala em vez de morrer de fome!” (...)
“Peitos propositais acendem os bicos sexualizados” (...)
“Os professores penetram nas classes depois de falar muito sobre crise, Sovadinhos. Recalcados. No meio de tanta menina coxuda e bonita!” (...)
“Todas as meninas bonitas estão sendo bolinadas.” (...)
“Sabe? Não quero saber de uma puta!” (...)
“Por que nascera mulata? é tão bonita. Quando se pinta então. O diabo é a cor. (...) Por que os pretos têm filhos?” (...)
“— Abortar? Matar o meu filhinho?” (...)
“Psiu! Benzinho! Vem cá! Te dou o botão... Aumenta pouco a pouco o vocabulário erótico” (...)
“Eu prefiro a corcunda porque ninguém quer. Essa ao menos é limpa!” (...)
“— Não chegue perto. Te pego doença. Se você visse! Minha boceta é um buraco!
— Ora boba! Eu também estou podre! Vem comer comigo! Xii! Caraio de boia! Tenho vontade de meter essa porcaria no queixo do carcereiro. Todo dia esse macarrão fedido. Filho da puta!”

Parque Industrial é um romance proletário, sem dúvida, entretanto é preciso adicionar uma outra orientação do discurso que lhe é inerente, é um romance proletário e feminista, e esse diferencial é o mais significativo de sua obra, basta voltar às frases citadas acima, suas personagens são em geral as jovens da periferia, moradoras de cortiços na Penha, de vilas operárias da Zona Leste, trabalhadoras cotidianamente humilhadas nas fábricas de tecidos do Brás ou costureiras da Barão de Itapetinga. Algumas notas contemporâneas refutavam justamente os desvios vocabulares, que fazia do romance impróprio para alguns leitores, e outros chegaram a considerá-lo pornográfico. Murilo Mendes ao resenhar o livro para o Boletim de Ariel, chegou a pôr em dúvidas as intenções revolucionárias de Pagu, chamando o livro de “reportagem impressionista” de uma autora pequeno burguesa, para quem a revolução seria resolver a questão sexual... Embora fosse uma forma de diminuir sua proposta, a leitura de seu romance deixa clara que a revolução haveria de passar por uma emancipação feminina. Por serem mulheres (algumas mulatas, é importante que se diga), as relações de trabalho são ainda mais violentas que as prescritas pelo manual do Partido, que seguramente não dizia nada sobre assédio sexual, violência doméstica, abandono, aborto, prostituição, crianças pobres fora das escolas, trabalhadores analfabetos. Talvez aí esteja a importância dessa obra, é uma narrativa com as “cores” do Brasil colonial em pleno século XX, com desvios sociais que só podem existir onde sequer há a noção de coletividade, agravando as relações hierárquicas. Em mais de um momento a palavra “escravo” aparece em substituição a “trabalhador”, o que seguramente evidencia um modo não dogmático de ver as relações de classe no país e as formas de combatê-las.

A prosa dos anos 1930 tem características sociais e políticas claras, mas na sua quase totalidade as obras que ilustram o período são as ambientadas no sertão nordestino, onde a marca da opressão social se manifestava na seca, no engenho, no coronel, um Brasil “regional” que parecia então talvez um fóssil. Já o romance urbano, com antecedentes num Machado de Assis ou num Lima Barreto, que tivesse operários e pobres como protagonistas não mereceu a mesma atenção da crítica, tal como mereceu da polícia política do Getulio Vargas, e não falo só no Parque Industrial, penso em O Gororoba, de Lauro Palhano, também ignorado em sua importância para uma narrativa popular no Brasil. Pagu era uma militante que não encontra similar entre os intelectuais nacionais do modernismo, alguém capaz de enfrentar fisicamente — e armada segundo os relatos — um bando de alunos de direito do Largo de São Francisco que queriam empastelar a redação de O Homem do Povo, tendo pago por isso o alto preço do encarceramento e do ostracismo das editoras e seus contemporâneos. Um perfil da época, descreve-a como “o tipo mais interessante de mulher que o Brasil produziu. Bonita, inteligente, livre de preconceitos (...). Com aquele gênio e aquelas manias, Pagu forçosamente deveria ser comunista. (...) Somente nós, parasitas de sangue de barata seremos capaz de ver o que Pagu viu e ficar calados. Ela não. Ela viu e falou. Gritou. Esbravejou. Bateu-se como uma leoa pela causa. Ela que podia, com sua beleza, conquistar milionários, preferiu conquistar os miseráveis. Ela que poderia viver no luxo, preferiu viver no simples. Que podia andar de sedas, anda em modesto vestido de zephir. Pagu fuma. Anda como homem, de passo firme. E diz os nomes feios que os homens dizem. É um tipo original, em suma, essa Pagu.” (O Malho, 15.04.1933) Em Parque Industrial, ela não se exime de retratar polícias infiltrados, operários dedos-duros e poetas “lacaios” dos capitalistas ilustrados que financiavam a modernização em São Paulo (“como não hei de ser comunista se sou moderna?” diz uma caricata D. Finoca, velha protetora das artes novas, que bem poderia ser uma D. Olivia Guedes Penteado), um único personagem burguês que acaba se convertendo à causa operária, capaz de abandonar o Hotel Esplanada e vestir as roupas do trabalhador, acaba sendo acusado de divisionista e trotskista, não merecendo nem mesmo a compreensão da militante que o acolheu em sua cama.

Depois dos anos 1940, depois de se desligar do Partido Comunista, Pagu seguiu sua militância privada, escrevendo e traduzindo, até morrer praticamente esquecida em 1962, tendo que esperar por quase duas décadas que um Augusto de Campos a resgatasse em todo o seu valor, por sinal, Augusto chama Parque Industrial de “a última pérola modernista engastada na pedreira do nascente romance social dos anos 30, do qual é um excêntrico e atrevido precursor”. Mas ainda segue pouco reconhecida em sua importância no processo de modernização da literatura brasileira e dos próprios intelectuais do século XX. Nesse momento em que mais uma vez a burguesia parece dar as costas ao país, voltarmos ao exemplo Parque Industrial talvez nos ajudasse a entender o papel dos escritores nesse cenário, ainda mais hoje quando além dos escritores egressos da burguesia, cada dia mais surgem aqueles nascidos nas periferias que Pagu descreveu e que desde então seguem praticamente ausentes do imaginário literário nacional.

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Nota: Paulo Ferraz participará no debate “Entre golpes: mulheres e política na literatura brasileira, de 1933 a 2018”, com Ana Rüsche, Augusto de Campos (a confirmar) e Marília Moschkovich (mediação), promovido pela editora Linha a Linha na ocasião do lançamento da nova edição de Parque Industrial, dia 23/06 às 16h na Tapera Taperá, Av. São Luís, 187 – 2° andar, loja 29 – República – São Paulo.