Dans la
rubrique « Un jour, un livre » du cahier « Été » de Libération,
ce lundi 23 août, Frédérique
Fanchette évoquait la prose d’un bon ami brésilien de Cendrars : l’avant-gardiste
António de Alcântara Machado et ses « nouvelles pleines de vie et de drames dans les ruelles de São Paulo », rassemblées
dans Brás, Bexiga et Barra Funda.
À l’enseigne d’Oswald de Andrade & de sa « poésie d’exportation », une vitrine arbitraire & généreuse de l’actualité éditoriale & culturelle française autour du Brésil moderniste, poétique, littéraire & artistique. « & Cie »: succursales en développement du côté des avant-gardes hispano-américaines. Livres, documents, trouvailles, curiosités, exclusivités dérisoires. Petit commerce de traduction & affaires d'import-export.
26 août 2021
2 août 2021
Alcântara Machado sur America Nostra / Nos Amériques
Dans les « Chroniques »
du blog America Nostra / Nos Amériques, ce 2 août, Christian Roinat évoque notre cher António
de Alcântara Machado et les nouvelles de Brás,
Bexiga et Barra Funda, en mettant en avant « deux façons de lire cet ouvrage »…
Ça se
passe par ici.
25 juillet 2021
L’Alamblog devise sur Alcântara Machado
Non content d’avoir
semé l’inquiétude dans le petit monde du livre, au printemps dernier, en
alertant tout un chacun de l’apparition alors imminente de L’oncle d’Amérique (lire l’épatant billet du 20 avril),
Éric Dussert alias le Préfet maritime a eu le bon goût de lire Brás, Bexiga etc. d’Alcântara
Machado, et le chic d’en rendre compte derechef sur L’Alamblog, dans la
catégorie « Les vrais coupe-faim », ce 24 juillet.
Cet
intelligent billet tout plein de rapprochements inspirants se lit par ici, et la conclusion est sans appel : « Les
nouvelles du volume, annotées avec gourmandise par le traducteur-éditeur,
démontrent qu’on avait tort d’ignorer ce Brás,
Bexiga et Barra Funda, informations de São Paulo, une pièce
remarquable de la littérature du siècle dernier. »
20 juillet 2021
En vogue
Vous voulez du roman prolétarien ? dans une veine féministe ? et
du monde entier ?
En voici :
(De gauche à droite et par ordre de première publication en langue française :)
(N. B. : Ces trois livres, en dépit de ressemblances parfois frappantes, n’ont pas
reçu le même accueil lors de leur parution en français. Rien n’est perdu pour
qui sait tirer les bons fils. Des fois qu’un(e) libraire inspiré(e) voudrait
faire une table thématique...)
À propos de Tarsila
À
lire sur Diacritik depuis le
19 juillet, 5e volet de la série « Peintresses en France » :
« Tarsila do Amaral : star de l’art brésilien », une évocation par Carine Chichereau de la vie et l'œuvre de notre chère Tarsila, figure
majeure du mouvement moderniste, auteure par exemple de la mythique couverture
et des illustrations de Bois Brésil,
le recueil de poèmes de son époux Oswald de Andrade dont nous donnions en 2010
une édition française — laquelle apparaît pour illustrer cet article en ligne,
sans autre référence, et dont une nouvelle version revue et corrigée est en
préparation.
14 juillet 2021
Le Matricule zoome sur Alcântara Machado
Dans Le
Matricule des anges (n°225, juillet-août 2021), l’attentif Guillaume
Contré propose en page 13 un beau « Zoom » sur Brás, Bexiga et
Barra Funda d’António de Alcântara Machado, premier volume paru chez
L’oncle d’Amérique.
11 juillet 2021
Pagu affole (encore) les libraires
C’est ainsi qu’à la librairie Archa des Carmes (23 rue des Carmes, Arles),
on définit notre si chère Patrícia
Galvão (Pagu), entre autres belles
réflexions à propos de son autobiographie Matérialisme & zones érogènes (éd.
Le Temps des Cerises, 2019), publiée pour faire suite au roman Parc industriel (idem, 2015).
L’article, diffusé en mai dernier dans une
newsletter de la librairie, peut se lire sur la page Facebook de l’Archa des
Carmes (par ici).
Les vrais bons livres ne sont jamais des
« nouveautés » en librairie, ce sont toujours déjà des ouvrages de
fonds. Ils espèrent leurs lecteurs, et les trouvent. La preuve.
27 mai 2021
Un écho
Il y en a
qui suivent, et qui savent enfoncer le clou. C’est ainsi qu’Éric Dussert, avant
tout le monde, alertait de belle manière sur l’imminente apparition de L’oncle
d’Amérique traducteur-éditeur, notant
par exemple qu’« il n’y aura pas lieu d’occulter ou de faire mine de ne pas
voir paraître le premier volume de [la] maison », lequel se trouve en librairie depuis le
11 mai 2021.
L’intégralité de cet épatant billet, en date du 20 avril, se lit ici.
Bravo à l’Alamblog, toujours sur la brèche !
24 mai 2021
Vient de paraître
António de Alcântara Machado
Brás, Bexiga et Barra Funda
(Informations de São Paulo)
édition critique & pseudo-fac-similé
traduction du portugais (Brésil),
notes, suppléments, bibliographie & postface
par Antoine Chareyre
L’oncle d’Amérique traducteur-éditeur
ISBN : 978-2-9574976-0-7
14×19 cm – 252 p. – 21 €
– paru le 11 mai –
« Brás, Bexiga et Barra Funda est
l’organe des Italo-Brésiliens de São Paulo. (…) Brás, Bexiga et Barra Funda,
en tant que membre de la presse libre, tente de fixer tout au plus quelques
aspects de la vie laborieuse, intime et quotidienne de ces nouveaux métis
nationaux et nationalistes. C’est un journal. Rien de plus. De l’information.
C’est tout. Il n’a ni parti ni idéal. Il ne commente pas. Il ne discute pas. Il
n’approfondit pas. (…) Dans ses colonnes, on ne trouve pas une seule ligne de
doctrine. Ce ne sont que faits divers. Événements de la chronique urbaine.
Épisodes de la rue. (…) Brás, Bexiga et Barra Funda n’est pas un
livre. »
(La rédaction.)
« Une affaire sérieuse. »
« En fin de compte, ce que voulait vraiment
Alcântara Machado c’était tuer la littérature. Il l’a tuée. Brás, Bexiga et
Barra Funda est le meilleur journal jamais apparu au Brésil. Il ne contient
pas une goutte de littérature. »
(Carlos Drummond de Andrade)
Le Brésilien António de Alcântara Machado (1901-1935) se forme dans le journalisme au
début des années vingt et, repéré par Oswald de Andrade, rejoint bientôt
l’avant-garde de São Paulo dont il se fait un enthousiaste agitateur, assumant
la direction de la revue Terra roxa e outras
terras (1926) et de la fameuse Revista de Antropofagia (1928-1929).
Après la parution remarquée du reportage Pathé-Baby (1926), il s’impose
avec les nouvelles de Brás, Bexiga et Barra Funda (1927) et de Laranja
da China (1928) comme un prosateur essentiel de sa génération, en styliste
hors pair et génie de la forme ultra-courte. Disparu précocement, il laisse
quelques nouvelles éparses, un roman inédit, des travaux érudits du côté de
l’historiographie brésilienne et une œuvre copieuse de journaliste, critique et
chroniqueur. À l’égal de ses amis Oswald de Andrade et Mário de Andrade, il
demeure aujourd’hui un classique du modernisme brésilien.
« Ses livres sont tous des sortes de chef-d’œuvre
parce qu’il réalise toujours intégralement ce qu’il a entrepris. »
« Un exemple typique de l’affaire pliée. »
(Mário de Andrade)
« Je le baptiserais volontiers António de
Alcântara Machado de Assis. »
(Oswald de Andrade)
*
Sur le site de l’éditeur :
● Consulter l’avis de parution/argumentaire et la revue de presse
● Découvrir l’espace documentaire « Autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado » (archives critiques, images, vidéos, musiques…)
● Commander le livre sur la boutique en ligne
6 février 2021
Pagu affole les bibliothèques
On
s’en avise : l’autobiographie de Patrícia Galvão (Pagu), Matérialisme & zones érogènes (Le
Temps des Cerises, 2019), figurait dans la sélection 2020 des « Coups de cœur
des bibliothécaires » de la Ville de Paris.
On
peut saluer la curiosité des bibliothécaires, et noter au passage que le livre se trouve dans quatre bibliothèques du réseau.
À sa sortie, ce livre étonnant a été remarqué par quelques-uns (voir la revue de presse ici), ce qui fait que beaucoup ont encore le privilège de le découvrir.
À sa sortie, ce livre étonnant a été remarqué par quelques-uns (voir la revue de presse ici), ce qui fait que beaucoup ont encore le privilège de le découvrir.
4 février 2021
Un communiqué de L’oncle d’Amérique
Où en
sommes-nous ? (nous demandez-vous)
Eh bien, nous travaillons, avec un sens des priorités assez relatif voilà tout.
Par exemple en inaugurant, sur notre site, la page « Autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado », qui devrait compter une cinquantaine d’items d’ici le lancement du livre.
Comprenez que L’oncle d’Amérique a mobilisé tout son département des archives et son équipe de graphistes au grand complet pour monter et éditer ce petit dossier fait d’archives critiques sur l’édition originale, de témoignages sur l’auteur, d’images et illustrations retrouvées, de vidéos, de vieilles musiques... Documents rares, trouvailles, anecdotes, pour les plus curieux d’entre les curieux.
Une affaire à suivre, amis lecteurs.
Eh bien, nous travaillons, avec un sens des priorités assez relatif voilà tout.
Par exemple en inaugurant, sur notre site, la page « Autour de Brás, etc. d’Alcântara Machado », qui devrait compter une cinquantaine d’items d’ici le lancement du livre.
Comprenez que L’oncle d’Amérique a mobilisé tout son département des archives et son équipe de graphistes au grand complet pour monter et éditer ce petit dossier fait d’archives critiques sur l’édition originale, de témoignages sur l’auteur, d’images et illustrations retrouvées, de vidéos, de vieilles musiques... Documents rares, trouvailles, anecdotes, pour les plus curieux d’entre les curieux.
Une affaire à suivre, amis lecteurs.
10 octobre 2020
La presse se déchaîne pour Pagu
Ce qui
est bien avec les ouvrages de fonds, c’est qu’ils peuvent susciter des commentaires
longtemps, très longtemps après leur sortie en librairie.
Ainsi de Matérialisme & zones érogènes, l’édition
française de l’autobiographie de Pagu, publiée en mars 2019, remarquée ici ou
là (En attendant Nadeau, Sitaudis, Les Lettres françaises…), et qui fait encore l’objet d’une belle
note de lecture dans le dernier numéro des Cahiers
Benjamin Péret (n°9 daté de septembre 2020). Vifs remerciements à Manon Julian
pour sa curiosité et sa lecture attentive.
6 octobre 2020
Petite chronique du mouvement international des livres & des idées : Pagu, par pertes et profits
Au Brésil, les éditions Companhia das Letras viennent de lancer, en ce mois d’octobre,
une nouvelle édition de l’autobiographie de Patrícia Galvão (Pagu), un texte
posthume publié pour la première fois en 2005 chez Agir editora, sous le titre Paixão Pagu (A autobiografia precoce de
Patrícia Galvão), et indisponible depuis quelques années. Une bonne
nouvelle ? Un progrès ?
Une édition savante, comme on dit, qui n’est pas du luxe pour un texte de
cette nature, rédigé en 1940 hors intention de publication, à l’attention d’un
intime, et de ce fait plein d’imprécisions, d’allusions, de non-dits, de
lacunes, un témoignage à la fois précieux et fragile sur une conjoncture (celle
de la fin des années 1920 et surtout des années 1930) qui réclame aujourd’hui
une approche prudente et informée, un récit nommant au passage de multiples
figures, notoires ou moins notoires, du monde intellectuel et artistique, de la vie politique d’alors, pour
le moins complexe et changeante, du mouvement ouvrier et syndical et du
communisme brésilien et international, plongées dans une semi-clandestinité
propre à déconcerter les plus avertis… Une édition, par conséquent, dont on
peut déplorer que le lecteur brésilien ne puisse jouir — cette réédition chez
Companhia das Letras n’ayant pour toute nouveauté que son design de couverture (le marketing,
c’est bien), et la modification, qui s’imposait assurément, du titre principal,
remplacé par le sous-titre.
L’éditeur brésilien, pour présenter ce qui serait l’« unique texte autobiographique laissé par Patrícia Galvão »
(faux : Verdade e liberdade,
édité en 1950, constitue aussi un témoignage capital, et un complément plus qu’utile
au texte de 1940 qui suspend le récit des faits en 1934…), l’éditeur brésilien, donc, écrit
notamment : « Patrícia Galvão a
presque toujours été vue à travers l’optique masculine, que ce soit pour ses
relations ou pour la manière dont son art pouvait être comparé à celui des
hommes de son époque. Dans Autobiographie précoce, pas d’intermédiaires : nous avons accès à une Pagu qui écrit sur
elle-même. Un livre essentiel pour comprendre l’un des personnages les plus
intrigants de l’histoire brésilienne. »
Fort bien. Quitte à supprimer tout intermédiaire masculin, il fallait aussi
s’en tenir à l’état civil et abandonner carrément le nom « Pagu »
(qui trône seul en première de couverture), parce qu’après en avoir fait son
pseudonyme l’intéressée aura fini par le récuser, et qu’il rappelle on ne peut
mieux comment elle fut d’abord l’invention des hommes, en l’occurrence du poète
Raul Bopp, qui la courtisait et la baptisa ainsi dans le poème « Coco de Pagu », peu de temps avant qu’elle ne se transforme en une égérie (à côté
de Tarsila) du groupe de la Revista de
Antropofagia, et à une époque où elle donnait belle matière aux pages
illustrées des magazines de variétés, mondanités et concours de beauté aidant.
Quant à comprendre, comprenne qui peut, en réalité. Car est-ce aussi pour
désaffubler Pagu du regard masculin que l’on est allé jusqu’à supprimer les
textes introductifs de l’édition de 2005, signés par ses deux fils, Geraldo
Galvão Ferraz et Rudá de Andrade, tout de même concernés, et contextualisant
utilement un texte venu tardivement à la publication, et par l’universitaire
nord-américain Kenneth David Jackson, qui reste aujourd’hui l’un des premiers
spécialistes de la vie et de l’œuvre de Pagu ? L’édition de 2005 s’achevait
aussi sur une chronologie plus que sommaire, par trop générale et assez peu
adaptée au contenu de l’autobiographie, et sur quelques notes de vocabulaire,
assez indigentes. N’était-ce pas alors l’occasion de reprendre le travail d’édition
à nouveaux frais, et de donner à ce texte toute la portée et la profondeur qu’il
peut avoir, en l’accompagnant d’une information solide et actualisée ? Fût-ce
en allant voir du côté de l’édition française ? fût-ce en allant consulter
les quelques chercheurs qui se donnent la peine, aujourd’hui, de faire avancer
le « dossier Pagu » ?
Au lieu de cela, cette nouvelle édition s’en tient à une brève et générale « Note
sur l’auteure » en fin de volume (autant dire rien qui vaille), et au principe
du cahier photos de l’édition de 2005, un dossier iconographique peut-être
bienvenu pour illustrer le propos intime de l’auteure, mais qui n’est pas sans
perpétuer cette image glamour de Pagu, pour ne pas dire people et un peu voyeuriste, celle-là même qu’il s’agirait de
mettre à distance, certes pas de censurer ou d’oblitérer (comment comprendre,
dès lors, ce que put représenter cette Pagu-là dans la société brésilienne d’alors ?),
mais d’enchâsser, d’intégrer de manière critique dans une vision beaucoup plus
vaste et, notamment, plus politique.
Enfin, voilà encore une preuve, s’il en fallait, que l’erratique
bibliographie brésilienne, qui fait souvent errer le lecteur d’une édition
épuisée à l’autre, et les divers mouvements de prédation dans l’industrie
éditoriale, à la recherche de quelques parts de marché, ajoutés aux petites
affaires des uns et des autres, ne sont au service ni des œuvres, ni vraiment de
la postérité des auteurs, ni même des lecteurs, en droit de réclamer si tant
est qu’ils puissent se douter de ce dont on les prive.
C’est dire avec quelle impatience on attend, au même catalogue, la
reprise du roman Parque industrial
qui viendra remplacer, pour le meilleur et pour le pire, la belle réédition produite en 2018 par Linha a Linha, qui représentait, excusons-la, la première édition
critique brésilienne de ce roman désormais mythique, et qui a déjà été rendue indisponible (on s’assure ainsi le moment venu, vous comprenez, une petite base
de lecteurs frustrés).
Voyez comme on régresse. Mais comme on est quand même content de voir Pagu
reparaître au Brésil, on peut applaudir les éditions Companhia das Letras, qui
auront fait le service minimum.
18 septembre 2020
La voix de Sérgio Milliet
Le label phonographique
Festa, d’illustre mémoire, fondé à Rio de Janeiro, en 1955, par Irineu Garcia
(1920-1984), lançait en 1958 ce qui devait être le dernier disque de sa fameuse
collection « Poesia[s] », laquelle accueillit en studio un total de 24 poètes
brésiliens issus de trois générations successives, depuis le mouvement
moderniste des années 1920 jusqu’aux figures plus contemporaines.
Ce
volume XIII de la collection (LPP013), sous une pochette illustrée par
Fernando Lemos et avec un texte de présentation de Luís Martins, était partagé comme
à l’accoutumée par deux poètes, en l’occurrence Sérgio Milliet (face A) et
Manuel Bandeira (face B), ce dernier ayant déjà inauguré la collection (et
tout bonnement le catalogue Festa) trois ans plus tôt, en s’octroyant la face A d’un
disque dédié aussi à Carlos Drummond de Andrade.
Loin de
la popularité de ces deux sommités de la poésie brésilienne, Sérgio Milliet
était devenu, depuis la haute époque de l’avant-garde moderniste, un essayiste
et critique d’art et de littérature plutôt influent, l’auteur notamment d’un Diário crítico publié en 10 volumes
de 1944 à 1959, et avait quelque peu relégué au second plan la création
poétique, son apport à l’évolution de la poésie brésilienne ayant toujours été,
du reste, assez discrètement remarqué.
Il faut croire toutefois qu’il jouissait
encore, dans les années 1950, d’une certaine notoriété à ce titre. Il n’avait d’ailleurs
pas cessé de faire paraître, de temps à autre, de nouveaux textes dans le
genre, creusant un sillon discret et singulier, à l’ombre des grandes voix de l’époque,
et ce sont justement des poèmes tardifs qu’il lut alors devant le micro : « Paisagem
italiana », « Longitudes », « Que nada recorde nada »,
« O morto », « Bem da gente », « O mar
outrora », « Lembrança », « Tristeza », « Vazio »,
« Sob o signo da virgem » et « Inverno suiço ».
(L’enregistrement
de « Que nada recorde nada » fut par ailleurs repris, par le même
label, sur Poetas do Brasil (Antologia,
vol. I) (IG49007), un disque intégralement constitué par des titres de
la collection « Poesias » et lancé en 1968 avec un texte de
présentation d’Irineu Garcia.)
Par leur
ton ou leurs thèmes, ces poèmes ne sont pas sans rappeler certaines compositions
des années 1920, que l’on peut lire en français dans le volume Poèmes modernistes et autres écrits (Anthologie
1921-1932) (La Nerthe, 2010). On eût aimé entendre le timbre de voix, l’humeur
du jeune poète qui bataillait alors aux côtés de Mário de Andrade, Oswald de
Andrade et les autres, et même l’accent de celui qui écrivit d’abord ses vers en
français. Mais il s’agit là, sauf erreur, du seul enregistrement connu de la
voix de Sérgio Milliet.
(Source
de la vidéo : chaîne YouTube de Selo Festa Irineu Garcia.)
14 septembre 2020
À paraître
L’oncle
d’Amérique, traducteur-éditeur à
Paris, nous informe : le premier titre de son catalogue sera prochainement dédié au Brésilien
António de Alcântara Machado, génie moderniste de la prose
ultra-courte, et au recueil de nouvelles Brás, Bexiga et Barra Funda
(Informations de São Paulo), première édition française, critique et pseudo-fac-similé, suppléments, notes, bibliographie et postface du
traducteur.
L’éditeur
livre déjà, sur son site, quelques éléments de présentation et un projet de couverture d’après l’originale de 1927.
Un classique très
sympathique, lu par des générations d’écoliers brésiliens, bientôt entre les
mains de tous !
12 septembre 2020
Une anthologie « pour le plaisir », avec Miomandre
Il y a décidément
mille manières de monter une anthologie, que celle-ci soit bonne, mauvaise,
pertinente ou plus oiseuse, objective ou subjective, rationnelle ou hasardeuse,
académique, excentrique ou, simplement, curieuse et un peu inattendue par son
objet, selon que l’on vise l’ouvrage de référence ou l’anecdote
bibliographique…
Étrange trouvaille que celle-ci, pour les collectionneurs et
les amateurs de la chose franco-brésilienne : Poèmes français d’écrivains brésiliens,
[avant-propos,] choix et notes biographiques de Luiz Annibal Falcão (président de l’Alliance française de Rio),
préface de Francis de Miomandre,
Périgueux, Pierre Fanlac, s. d., 115 p. (achevé d’imprimer le
8 août 1967 dans l’atelier de
Pierre Fanlac près la Tour de Vésone à Périgueux).
Une compilation dont le seul titre pose bien des questions, entre réflexions théoriques, histoire littéraire et socio-culturelle, et études de cas : en amont, pourquoi, dans quelles circonstances (collectives ou personnelles) des Brésiliens se sont-ils trouvés écrire en français ? en aval, quelle diffusion, quelle réception, quelles lectures possibles pour ces productions forcément décalées, un peu hors-sol, ni d’ici ni d’ailleurs, écrites pour qui ?
Le bref « Avant-propos » de l’organisateur ne nous donnera qu’une justification bien générale :
Une compilation dont le seul titre pose bien des questions, entre réflexions théoriques, histoire littéraire et socio-culturelle, et études de cas : en amont, pourquoi, dans quelles circonstances (collectives ou personnelles) des Brésiliens se sont-ils trouvés écrire en français ? en aval, quelle diffusion, quelle réception, quelles lectures possibles pour ces productions forcément décalées, un peu hors-sol, ni d’ici ni d’ailleurs, écrites pour qui ?
Le bref « Avant-propos » de l’organisateur ne nous donnera qu’une justification bien générale :
L’influence française au Brésil se faisait déjà sentir au XVIIIe siècle, surtout par la lecture des encyclopédistes.
La conjuration d’Ouro Preto, à Minas, en 1792, qui réunissait un groupe de poètes et d’intellectuels rêvant de proclamer l’indépendance et la révolution de 1817 à Pernambuco, instituant une république éphémère dans le Nord-Est du pays, s’inspirèrent directement des philosophes français et de la Révolution.
La mission artistique appelée, en 1816, par le roi Jean VI du Portugal, alors installé à Rio de Janeiro, dont il avait fait sa capitale, allait contribuer à cette influence d’une manière éclatante.
Ainsi, voici plus de deux siècles que les Brésiliens apprennent, lisent et parlent le français.
C’est donc presque naturellement que des écrivains et des poètes brésiliens ont été amenés à s’exprimer en français. Ce faisant, ils ont démontré, une fois de plus, le miracle de l’universalité de la langue française. Mais, surtout, ils l’ont employée parce qu’elle est un merveilleux instrument d’expression. Nulle autre au monde ne pourrait mieux être ce langage de l’intelligence et du cœur.
Nous avons trouvé plus de deux-cents écrivains brésiliens ayant écrit des poèmes, des contes, des études historiques ou scientifiques en français.
Ce petit recueil de poèmes n’en est donc qu’un court aperçu.
Quant au
corpus, on y trouve un certain nombre d’auteurs parfaitement négligeables, des
amateurs, des déracinés perdus définitivement dans les eaux du bilinguisme
d’antan et dont on ne sait trop s’ils mériteraient de figurer ailleurs qu’en
ces pages, mais aussi quelques signatures plus notoires : Aloysio de
Castro, Alphonsus Guimaraes, Augusto de Menezes, Christovam de Camargo, Dalzo,
Dominique Braga, Gonçalves Crespo, Machado de Assis, Manuel Bandeira, Maria
Eugenia Celso, Ozorio Dutra, Egas Moniz Barretto de Aragao, Raul Pedrosa,
Ribeiro Couto, Sergio Milliet, Tristao da Cunha, Vicomte de Pedra Branca, Joaquim
Nabuco, Rodrigo Octavio, Rosa Tango de Argaez, Gilda Guinle.
On retiendra ici la présence de deux figures du mouvement moderniste, quoique servis par une postérité dissemblable en tant que poètes : Manuel Bandeira (1886-1968) et Sérgio Milliet (1898-1966), encore qu’à ce titre il faudrait aussi dire un mot de Ribeiro Couto (1898-1963), qui fut, autour de 1930, diplomate à Marseille puis à Paris, où il mourut après avoir remporté en 1958 un prix international de poésie décerné aux étrangers.
Manuel Bandeira occupe les pages 53-57, avec « Mes vers te font du mal », « Bonheur lyrique », « Chambre vide » et « Les complaintes de Julien Lescaut », des poèmes déjà bien connus pour deux d’entre eux, recueillis qu’ils furent dans Libertinagem (1930) et sur lesquels l’auteur s’expliqua, je crois bien, dans Itinerário de Pasárgada (1954) ou quelque part dans sa correspondance avec Mário de Andrade. De Bandeira, d’ailleurs, l’unique traduction française en volume (l’anthologie Poèmes, préf. d’Otto Maria Carpeaux, Paris, P. Seghers, « Autour du monde », 1960) fut cotraduite (avec l’auteur et F. H. Blank-Simon) par ce même Luiz Annibal Falcão, ici maître d’ouvrage. Et Bandeira fut lui aussi un fameux anthologiste, entre autres l’organisateur, dans le même genre de curiosités, d’une Antologia dos poetas brasileiros bissextos contemporâneos (Rio de Janeiro, Zélio Valverde, 1946 ; rééd. Nova Fronteira, 1996) — « bissextiles », comprendre : les poètes occasionnels. Voici sa « note biographique », par Falcão :
On retiendra ici la présence de deux figures du mouvement moderniste, quoique servis par une postérité dissemblable en tant que poètes : Manuel Bandeira (1886-1968) et Sérgio Milliet (1898-1966), encore qu’à ce titre il faudrait aussi dire un mot de Ribeiro Couto (1898-1963), qui fut, autour de 1930, diplomate à Marseille puis à Paris, où il mourut après avoir remporté en 1958 un prix international de poésie décerné aux étrangers.
Manuel Bandeira occupe les pages 53-57, avec « Mes vers te font du mal », « Bonheur lyrique », « Chambre vide » et « Les complaintes de Julien Lescaut », des poèmes déjà bien connus pour deux d’entre eux, recueillis qu’ils furent dans Libertinagem (1930) et sur lesquels l’auteur s’expliqua, je crois bien, dans Itinerário de Pasárgada (1954) ou quelque part dans sa correspondance avec Mário de Andrade. De Bandeira, d’ailleurs, l’unique traduction française en volume (l’anthologie Poèmes, préf. d’Otto Maria Carpeaux, Paris, P. Seghers, « Autour du monde », 1960) fut cotraduite (avec l’auteur et F. H. Blank-Simon) par ce même Luiz Annibal Falcão, ici maître d’ouvrage. Et Bandeira fut lui aussi un fameux anthologiste, entre autres l’organisateur, dans le même genre de curiosités, d’une Antologia dos poetas brasileiros bissextos contemporâneos (Rio de Janeiro, Zélio Valverde, 1946 ; rééd. Nova Fronteira, 1996) — « bissextiles », comprendre : les poètes occasionnels. Voici sa « note biographique », par Falcão :
Manuel de Souza Bandeira est né à Recife, État de Pernambuco. Ayant fait ses études à Rio de Janeiro, puis à São Paulo, il suivit la carrière universitaire, étant actuellement professeur des littératures hispano-américaines à l’Université de Rio.
Écrivain et poète, il publia en 1917 son premier recueil de poèmes « A Cinza das Horas » (La Cendre des Heures), qui le classa d’emblée parmi les plus grands poètes du Brésil. On sentait, dans ses poèmes, une émotion profonde, une sensibilité contenue, une amertume voilée mais poignante, sous une forme parfaite, d’un rythme et d’un son nouveaux, et, par-dessus tout, cet indéfinissable qui est la magie de la poésie.
Ce n’est qu’en 1936 que Manuel Bandeira publia son premier livre en prose : « Les Chroniques de la Province du Brésil », où il évoque avec maîtrise le Brésil colonial. En prose, on lui doit encore un magnifique « Guide de Ouro Preto », une Histoire des Littératures et une « Présentation de la Poésie Brésilienne », outre quatre anthologies de poètes brésiliens. En poésie, après « Carnaval » (1919), « Libertinage » (1930) et « Estrela da Manhã » (1936). Il a publié plusieurs éditions de ses poèmes, dont quelques-uns ont été composés en français.
Manuel Bandeira appartient à l’Académie Brésilienne depuis 1940.
Sérgio Milliet, qui occupe les pages 85-90, avait engagé
sa carrière de poète avec trois volumes composés en français ; il est ici
retenu avec deux pièces, « Misère » et « Printemps », tirées
du dernier d’entre eux, Œil-de-bœuf (Anvers,
Lumière, 1923), un recueil rarissime et bien oublié, pourtant significatif, et
désormais lisible dans Poèmes modernistes
& autres écrits (Anthologie 1921-1932) (éd. et trad.
d’A. Chareyre, Toulon, La Nerthe, 2010) — et l’on ignorait cette
réapparition dans une anthologie assez confidentielle de 1967. Voici sa
« note biographique » :
Né en 1898 à São Paulo où il vient de mourir, Sergio Milliet da Costa e Silva, après avoir fait ses études dans sa ville natale, entre à l’Université de Genève. Ses premiers ouvrages sont écrits en français : « Par le sentier » et « Le départ sous la pluie ».
En 1922, il rentre au Brésil et prend part au mouvement de rénovation littéraire des « modernes » de São Paulo. En 1923, il publie « L’œil de bœuf » à Anvers. Après deux ans de séjour à Paris, il rentre définitivement et publie de nombreux ouvrages comme « Poemas análogos » (1927), « Terminus Sêco » (1930), un roman, « Roberto » (1935), « Marcha a rè » et « Roteiro do Café » (1937), « Ensaios » et « Poemas » (1938), « Pintoras e pinturas » (1940), « Duas cartas no meu destino » (1941), « Marginalidade da pintura Moderna » et « A pintura norte-americana » (1943). En 1937, il avait représenté le Brésil au Congrès de Population à Paris.
Professeur à l’École Libre de Sociologie et de Politique, journaliste, traducteur de nombreux ouvrages français ayant trait au Brésil, comme ceux de Jean de Lery, de J. B. Debret et de Claude d’Abbeville, il est le président de l’Association des Écrivains Brésiliens.
Les deux poèmes que l’on va lire et dont on goûtera la saveur, figurent dans « L’œil de bœuf ».
Joie
supplémentaire, cet ensemble est préfacé, quoique à titre posthume, par
l’exquis Francis de Miomandre
(1880-1959), un écrivain et critique mieux connu, en tant que traducteur, pour
ses affinités hispaniques, mais qui fraya aussi du côté brésilien, plus
occasionnellement — ne lui doit-on pas le tout premier roman de Machado de
Assis passé en français, en l’occurrence Dom
Casmurro (préf. d’Afrânio Peixoto, Paris, Institut international de
coopération intellectuelle, « Coll. ibéro-américaine », 1936 ;
rééd. préfacée par le traducteur : Albin Michel, 1956, 1989 ; Le
Livre de Poche, 1997), dans une version revue par un autre poète moderniste, le
cher ami Ronald de Carvalho ? (Une traduction volontiers décriée par les éditrice
et traductrice de la version actuellement en librairie, mais qui ne démérite
certainement pas.)
Miomandre n’évite pas les poncifs, à tous égards, mais il répond à sa façon, lui aussi, aux questions évoquées plus haut. Cette « Préface », pour finir, la voici :
Miomandre n’évite pas les poncifs, à tous égards, mais il répond à sa façon, lui aussi, aux questions évoquées plus haut. Cette « Préface », pour finir, la voici :
Il y a des mots qui, pour chacun de nous, restent chargés d’une puissance d’évocation que rien ne semble jamais devoir diminuer. Ils exercent sur l’esprit une sorte d’enchantement. Pour moi, Brésil est un de ces mots magiques. Il suffit que je le prononce pour voir aussitôt se lever devant mes yeux mille images merveilleuses du Ciel, de l’Océan, de la Montagne, de la Forêt. Mille images de plages éblouissantes, de fleuves immenses, de fleurs inconnues, de savanes, de sylves profondes, de villes abandonnées qui dorment parmi les statues, mille images d’aventures et de splendeurs, de loisir et de beauté, au milieu d’une population où se fondent toutes les races de l’univers, en une harmonie de tolérance et de sagesse. Le modernisme le plus audacieux voisine, en ce pays unique, avec le romantisme le plus sentimental. Et la race est si belle, justement parce qu’elle a su se développer en toute liberté, dans l’ignorance de tout préjugé racial ! Et l’esprit y est tellement ouvert, tellement généreux ! Tous les Brésiliens que j’ai connus avaient ce trait commun de noblesse et de grandeur, de bienveillance enthousiaste à l’égard de toutes les idées et de tous les projets de toutes les formes de la vie. Aucune autre région de l’Amérique ne présente pour moi un attrait aussi vif, dans aucune autre je ne me sentirais mieux en accord…
*
* *
C’est sans doute qu’il existe, entre ce
pays et le mien quelque affinité profonde, que nous dissimulent les
prodigieuses différences du climat et du site. Et cette affinité, comment la
nier quand on constate de quelle faveur ont toujours joui et continuent de
jouir notre langue et notre culture ? et cela (avouons-le à notre confusion)
avec une réciprocité si faible qu’elle en est dérisoire. Oui, le Brésil aime la
France, et s’obstine à croire qu’il peut indéfiniment en subir l’influence et
en recevoir les leçons. Les preuves de cet amour sont tellement nombreuses
qu’on ne saurait en citer une sans aussitôt ressentir l’injustice d’omettre les
autres. Mais celle que nous présentons aujourd’hui, dans ce livre, est une des
plus caractéristiques et des plus saisissantes. Car, enfin, je défie qu’on
arrive dans aucun autre pays du monde, à réunir autant de noms d’auteurs ayant
écrit dans une langue étrangère. Alors qu’au Brésil, on dirait qu’il s’agit
d’une tradition. Aucun snobisme en un tel geste, rien qui ressemble à un accès
de vanité d’érudit. Non, mais la coquetterie bien naturelle de qui s’amuse,
avec la plus gentille et courtoise modestie, à s’exercer en un idiome où il a
appris à penser, à rêver, en un idiome qu’il a eu plaisir à parler en même
temps que sa langue maternelle. C’est tout, et cela finit par faire, tout de
même, un ensemble imposant, et, selon moi, extrêmement émouvant. Car, dans
cette phalange où brillent les maîtres de la littérature brésilienne, si riche
en poètes, en romanciers, en savants, en géographes, en conteurs, en critiques
et en philosophes, vous chercheriez en vain le nom d’un ambitieux quelconque,
d’un homme animé de la moindre arrière-pensée. Toutes ces pages ont été écrites
dans un désintéressement absolu, pour
le plaisir.Puisse ce recueil, absolument unique en son genre, nous inspirer ; d’abord la fierté pleine d’émotion que doit provoquer un hommage si pur et si spontané, mais ensuite — et surtout — l’envie d’en être plus dignes encore en y répondant par la curiosité que mérite l’œuvre directe et personnelle de ces généreux écrivains. Puissent de nombreux traducteurs s’attaquer à cette œuvre abondante et puissante, où le pittoresque ne parvient pas à étouffer la vie intérieure, où les drames du cœur et les fêtes de l’esprit se déroulent parmi les fastes de la plus somptueuse nature. Il n’existe pas de meilleur moyen que la lecture de ces ouvrages pour entrer dans le monde de ce pays plein de mystère et de beauté, dans le monde merveilleux du Brésil.
Francis de Miomandre
9 juillet 2020
Pour relire Sérgio Milliet
« ŒIL
DE BŒUF, par Serge MILLIET (Edit. Lumière,
Anvers.)
Beaucoup
d’influences trop évidentes : Verlaine, par exemple et puis Cendrars et
aussi toute la pacotille moderne… et pourtant… l’auteur a commis quelques vers
agréables et deux bons poèmes : Paysage
et Poésie. Attendons le prochain
recueil. »
C’est ce
qu’écrivait, chichement, le poète et critique Géo Charles (1892-1963) dans sa rubrique
« Les livres » (sous-rubrique « Livres belges ») de la
revue Montparnasse (n°33, 1er mai
1924, p. 7) qu’il codirigea avec Paul Husson et quelques autres, à propos
d’Œil-de-bœuf précédé d’autres poésies
(avec un bois gravé de Joris Minne, Anvers, Éditions Lumière, 1923) de Sérgio
Milliet (1898-1966).
Il s’agissait
du troisième recueil du jeune moderniste brésilien (quoique belge par un hasard
bibliographique), à la fois le dernier qu’il composa en français (les deux
précédents — des œuvres « de jeunesse », comme on dit — ayant été
édités en Suisse à la fin des années 1910) et le premier qui accusât une
inspiration véritablement nouvelle, authentique proposition au sein des
recherches de l’avant-garde de São Paulo que l’auteur intégrait depuis peu,
ayant donné quelques poèmes de l’ouvrage en préparation dans l’éphémère revue Klaxon (1922) après en avoir lu certains, croit-on savoir, lors de la fondatrice « Semaine d’art moderne » (février 1922).
Nonobstant
cette situation pour le moins discrète, dans l’édition comme dans l’histoire de
la poésie brésilienne (sans parler de la française ou de la francophone), Œil-de-bœuf demeure une œuvre d’une
belle fraîcheur juvénile, au croisement d’influences peut-être contradictoires
(mais travaillées comme telles), bien dans l’air du temps sans doute, mais point
impersonnelle et nullement anecdotique, veut-on croire : de ces poésies-synthèses
qui témoignent de l’effort d’une époque, dans le fourmillement des tentatives
oblitérées ensuite par les plus malins, et qui résonnent fort avec certains
chefs-d’œuvre de l’avant-garde d’alors. Et réellement il s’y trouve des pages d’une
belle vigueur, volontiers obsédantes, au-delà de celles que voulut bien retenir
Géo Charles, un autre de ces poètes « mineurs » de l’esprit nouveau qui
se peuvent relire avec curiosité, et qui partageait d’ailleurs avec Milliet une
même admiration pour Cendrars.
Pour le
plaisir de rouvrir un livre qui se peut encore réclamer en librairie, voici les
deux textes sur lesquels se referme le recueil :
ŒIL-DE-BŒUF
Œil-de-bœuf
« Le
ciel est par-dessus le toit »
Mais la
vie est en bas
grouillante
acrobatique
acide
souple
multiface
Homme
sandwich des gratte-ciels illuminés
regards de
fou sur le monde simultané
klaxons
rauques des modernes tempéraments
voici
venir l’homme aux ailes d’acier
l’homme-machine
l’homme-sandwich
Klaxons
rauques des modernes tempéraments
et la vie
est en bas grouillante
parmi les
grands express internationaux
les
automobiles
les
métros
LA
VIE LA VIE
LA VIE
les longues
cheminées des usines
ces
accouchées
les
cheminées d’automne
monotone
avec
leurs beuglements
intermittents
klaxons
rauques
perçant
comme des salves de mitrailleuse
la
misanthropie des vaincus
AH !
L A G U E R R E . . . . . . . .
Effroi
Tous les
drapeaux du monde
arc-en-ciel
et désespoir
ET DEUIL
ET DEUIL ET DEUIL
sénégalais
le couteau rouge entre les dents
et les
armées
les chars
de guerre
les
boulevards
les
avenues
l’affolement
des milliers d’acrobates
dans le
cirque de la vie
les
trapèzes se déplacent
les
boules roulent trop vite
les
chevaux galopent en arrière
et les
clowns inventent de vrais calembours
trop
subtils
pauvre
public
Devant ces
tours nouveaux
la stupeur
se propage
se multiplie
et le
directeur du cirque
annonce
ACROBATIES
DIDACTIQUES
Acide
trop acide
pour l’estomac
habitué
à la
fadeur contemporaine
Poison
Folie
Arrêtez les
criminels
empoisonneurs
détourneurs
des saines intelligences
pauvre
public
effaré
ameuté
qui se
croit leurré
et qui
réclame son bel argent
Manque de
souplesse
ressorts cassés
de
vieilles voitures bon marché
Les
derniers modèles 40 H/P.
mangent les
côtes
sautent
les trous
avalent
les pavés
120 à l’heure
vers l’avenir
« Non,
l’avenir n’est à personne »
Qui
sait 120 à l’heure
Évoluez pour
rattraper
les hommes
multiface
car voici
déjà l’homme-sandwich
Évoluez
Accélérez
120 à l’heure
pour voir
comme eux
le
panorama simultané
ŒIL-DE-BŒUF
harmonie géométrique
des
artères qui se croisent
des cubes
des
sphères
des
pyramides
en relief
des cœurs
qui saignent
des
lèvres adultérines
aventurines
caméléons
ô les
yeux caméléons
quelle
obsession
œil-de-bœuf
accélérez
le
paysage se déforme
les
arbres se rencontrent
dans leur
fuite éperdue
et les
montagnes se déplacent
lentement
comme l’aiguille
de la vitesse
On avale
des kilomètres
et des
paysages
aisément
on avale
tout
de la
blague
du poison
et des
balles de révolver
un jeune
homme très romantique
mille
étoiles dans le ciel
« par-dessus le toit »
Klaxons
rauques
yeux lubriques
viaducs
aqueducs
grands-ducs
et chouettes
associations
révolutions
république
soviétique
guillotine
ŒIL-DE-BŒUF
POST-FACE
Et quelques-uns
ont dit
. . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . .
Ce n’est
qu’un fou
C’est un
poète futuriste
un dé-tra-qué
Un fouturiste ajouta-t-on
. . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Vers d’amour
et romantisme
et sonnets
mirobolants
symbolisme
aussi et SURTOUT
comme une
nuit très longue……
Qu’est
devenue cette hantise de la rime
Mais on
disait encore
. . . . .
. . . . . . . . . . . . . .
Et pourtant
il n’est pas trop bête
c’est
bien dommage
. . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et leur
mépris m’enveloppait d’une auréole
et leurs
paroles
qui
suaient l’envie
et l’affront
s’enchaînaient
en couronne au-dessus de mon front…
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