7 septembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou ce qu’il en reste)


Renato Almeida
[1895-1981]
Velocidade
[essai]
Rio de Janeiro, Edição Schmidt, 1932
13x19 cm, 133 p.

Achevé d’imprimer le 16 novembre 1932 sur les machines de la Gráfica Kosmos (Rio de Janeiro).


6 septembre 2014

Les couvertures du Modernisme brésilien (ou ce qu’il en reste)


Guilherme de Almeida
[1890-1969]
Meu
(Livro de estampas)
[poèmes]
São Paulo, chez l’auteur, 1925
14x19 cm, 90 p.

Couverture illustrée par Paim [Antonio Paim Vieira, 1895-1988].

Achevé d’imprimer le 10 avril 1925 à la Tipografia Paulista de José Napoli e Comp. (São Paulo), avec 4 ex. sur papier Fabriano numérotés et signés par l’auteur.

5 septembre 2014

(Hommage à Mário de Andrade, l’apprenti photographe)

N.B. : Rentré tout chaud du Brésil, le rédacteur du blog Bois Brésil & Cie reprend ses activités intermittentes.

2 juillet 2014

Propagande transatlantique - Copinage pan-latino-américain



Urbe 1924
Metropolis 1929
City 2010
Métropole 2013


Vient de paraître, en anglais et comme hors de saison (?), une intéressante réflexion critique sur le recueil fameux du stridentiste mexicain Manuel Maples Arce, l’inénarrablement intitulé Urbe (Super-poema bolchevique en 5 cantos) (1924), en écho à la nouvelle traduction américaine du poème par Brandon Holmquest, City, parue en 2010 chez Ugly Duckling Presse (New York), laquelle vint succéder à celle de John Dos Passos, Metropolis, lancée dès 1929 (par ailleurs reprise dans l’anthologie de Jed Rasula et Tim Conley, Burning City : Poems of Metropolitan Modernity, chez Action Books en 2012).

Ça se passe en ligne, sur The Volta Blog, et c’est signé Zoe Tuck :

Pendant ce temps, on peut lire en français (et en espagnol) ce Métropole ainsi que toute la poésie stridentiste de Maples Arce, depuis 2013 grâce au Temps des Cerises (et à quelques critiques attentifs) :

Qu’on se le dise !

29 juin 2014

Un poème

RIO DE JANEIRO
par
Oliverio Girondo


La ville imite, dans le carton, une ville de porphyre.

Des caravanes de montagnes campent dans les environs.

Le « Pain de Sucre » suffit à napper de sirop toute la baie….. Le « Pain de Sucre » et son téléphérique, qui va perdre l’équilibre faute d’une ombrelle de papier.

Avec leurs faces peinturlurées, les constructions sautent les unes par-dessus les autres et quand elles sont en-haut, elles redoublent d'ardeur, pour que les palmiers leur donnent un coup de plumeau sur le crâne.

Le soleil ramollit l’asphalte et les fesses des femmes, fait mûrir les poires de l’électricité, souffre un crépuscule, sur les boutons d’opale que les hommes utilisent jusque pour fermer leur braguette.

Sept fois par jour, on arrose les rues avec de l’eau de jasmin !

Il y a de vieux arbres pédérastes, fleuris de roses thé ; et de vieux arbres qui avalent les gamins qui jouent à l’arc sur les promenades. Des fruits qui en tombant font un trou énorme sur le trottoir ; des noirs qui ont des peaux de tabac, les paumes des mains faites de corail, et des sourires insolents de pastèque.

Pour seulement quatre cents mil-réis on commande un café, qui parfume tout un quartier de la ville pendant dix minutes.

RIO DE JANEIRO, NOVEMBRE 1920.



Poème trad. de l’espagnol (Argentine), tiré de Oliverio Girondo, Veinte poemas para ser leídos en el tranvía [Vingt poèmes à lire dans le tramway], ill. de l’auteur [peintes par Ch. Keller], éd. achevée d’imprimer le 15 décembre 1922 sur les presses de Coulouma, à Argenteuil, tirée à 850 ex. numérotés, sur papier Vélin pur fil Lafuma, et 150 ex., sur le même papier, hors commerce, signés par l’auteur, 24x32cm, n. p.

3 juin 2014

Là où il faut être

# Rendez-vous
le samedi 14 juin à 15h
sur le stand du Temps des Cerises
au 32e Marché de la Poésie
(place Saint-Sulpice, Paris 6e)
pour une
signature,
par son traducteur même,
du livre :

Manuel Maples Arce
Stridentisme !
Poésie & Manifeste
(1921-1927)

Édition bilingue & illustrée

Éd. & trad. de l’espagnol (Mexique)
par Antoine Chareyre


Le Temps des Cerises (Paris), coll. « Commun’art »
16 x 16 cm, 372p., 25€
(paru le 14 novembre 2013)

# 4e de couverture :
Mexico, 1921 : un jeune poète placarde au coin des rues un confondant Comprimido estridentista, synthèse des multiples « ismes » d’Europe à l’usage du Mexique postrévolutionnaire. Avec ce manifeste, Maples Arce (1900-1981) fonde le Stridentisme, l’une des premières et des plus significatives avant-gardes d’Amérique latine. Une demi-décennie durant d’agitation culturelle, de nouveaux manifestes collectifs et de revues éphémères, il publie les recueils Andamios interiores, poemas radiográficos (1922), Urbe, super-poema bolchevique en 5 cantos (1924) et Poemas interdictos (1927). Au-delà des pièces d’anthologie, le présent volume entend donner à lire ces textes essentiels d’un auteur longtemps mésestimé, mais aussi, au gré d’un appareil critique, documentaire et iconographique fourni, à comprendre et à voir un mouvement encore méconnu en France. Ami de Diego Rivera et des muralistes, tôt salué par Borges, traduit par John Dos Passos, tiré des archives par Roberto Bolaño, le chef de file du Stridentisme méritait sans doute les soins de cette première édition d’ensemble en français.

# extraits de presse sur l’ouvrage :

Ouvrage publié avec le soutien du Programme d’Aide à la Traduction (PROTRAD) dépendant d’institutions culturelles mexicaines, et du Centre National du Livre (CNL).

29 mai 2014

Jouons un peu

Fort du nombre de ses non-lecteurs, jamais démenti et en hausse constante, le blog Bois Brésil & Cie. lance en toute inconscience ce grand jeu-concours :

Quel est le point commun
de ces trois ouvrages ?


(Les réponses, dûment justifiées et documentées, seront postées sous la forme de commentaire au présent message.)

21 mai 2014

La critique d'avant-hier soir

« Le sous-titre dont M. Paulo Prado accompagne son Portrait du Brésil nous donne la clef de son livre : c’est un essai sur la tristesse brésilienne. Cette tristesse est un fait : autochtones et voyageurs s’accordent à le reconnaître. […] Les pages que M. Paulo Prado consacre à [la conquête] sont si remarquables que nous ne pouvons qu’exprimer le profond regret qu’elles ne soient point accessibles au lecteur. En effet, l’ouvrage de M. Paulo Prado n’est pas traduit. Ne se trouvera-t-il pas quelque éditeur pour combler cette lacune ? […] son livre est un livre d’amour. C’est le livre d’un homme qui aime son pays et souffre de le voir encore “endormi dans son rêve colonial”, ne pressentant pas “le péril de rester en marge” de tout ce que peut apporter un état de choses nouveau qui, conclut l’auteur, permet tout au moins d’avoir “confiance en un futur qui ne peut être pire que le passé”. Et, à elle seule, cette mélancolie justifierait le titre de son livre. »

(Mathilde Pomès, « Les livres », La Renaissance de l’art français et des industries de luxe (Paris), vol. XIX, n°6, juin 1936, p. 50-51)

En préparation :
Paulo Prado
Portrait du Brésil
(Essai sur la tristesse brésilienne)
trad. du portugais, notes et présentation par A. Chareyre

Vien(nen)t de paraître

Brésilographies


C’est en un mois de mai (1500) que se trouvait conclue la découverte du Brésil, « par hasard », par la flotte de Pedro Álvares Cabral partie pour les Indes, une trouvaille qui se trouva attestée dans la lettre de Vaz de Caminha à Dom Manuel Ier, roi du Portugal. Première relation de voyage au Brésil, invention tout à la fois d’un pays et d’une littérature, et date fondatrice d’une grande tradition d’émerveillement comme de perplexité, sans cesse renouvelée — Oswald de Andrade, dans le Manifesto da Poesia Pau Brasil de 1924, n’entendait-il pas raviver cette « joie de l’ignorance qui découvre » ? retombant en enfance dans le poème « Le 3 mai » : « J’ai appris avec mon fils de dix ans/ Que la poésie est la découverte/ Des choses que je n’ai jamais vues »… Et c’est en un autre mois de mai (2014) que paraissent coup sur coup deux ouvrages qui viennent nous rappeler à quel point cette fabrique textuelle du Brésil fut aussi une grande affaire française, avec ses grandes heures et ses errements, depuis le mystérieux navigateur Binot Paulmier de Gonneville, parti à son tour pour les Indes et abordant lui aussi par accident, tiens donc, les côtes brésiliennes en 1504. Ensemble, ils témoignent de la richesse et de la permanence de cette « relation » privilégiée, cet imaginaire français du Brésil. D’un côté, les 1231 pages de l’anthologie conçue par le spécialiste de la question, Régis Tettamanzi, Le voyage au Brésil (Anthologie de voyageurs français et francophones du XVIe au XXe siècle), nous invitent, à travers une table des matières pléthorique et particulièrement concertée, à une exploration en tous sens, au gré d’itinéraires historique, géographique, thématique et culturel, bien au-delà des synthèses ou simplifications vulgarisatrices. On y retrouvera, à côté de certaines pages consacrées, maints textes oubliés et toujours édifiants, significatifs de dispositions variées, signés par des auteurs les plus divers, de toutes les époques et de tous les métiers, religieux missionnaires, navigateurs, aventuriers, historiens, géographes, scientifiques, ethnologues ou sociologues, diplomates, artistes, poètes, littérateurs et essayistes, reporters… De l’autre, et comme une continuation, le journaliste Patrick Straumann, à qui l’on doit déjà deux volumes sur Rio de Janeiro et sur l’art baroque de l’Aleijadinho, réassume et actualise cette posture du voyageur français et en retient La meilleure part (Voyage au Brésil), une brève synthèse, entre l’essai et le récit de voyage. Ces deux publications ouvrent à leur façon une période où l’on va beaucoup parler du Brésil, et éditer à tour de bras (ça a déjà commencé).

Régis Tettamanzi (éd.), Le voyage au Brésil (Anthologie de voyageurs français et francophones du XVIe au XXe siècle), Robert Laffont, « Bouquins », 2014, 1231p.
Patrick Straumann, La meilleure part (Voyage au Brésil), Chandeigne, « Lusitane », 2014, 118p.

8 avril 2014

Vient de paraître - Copinage pan-latino-américain

Tandis que l’on fomentait, courant 1921 à São Paulo et Rio de Janeiro, le déclenchement officiel du mouvement moderniste brésilien, intervenu lors de la Semana de Arte Moderna programmée en février 1922, que se passait-il de comparable dans l’espace hispano-américain ? — Au Mexique, par exemple, en décembre 1921 : un jeune poète lançait, seul, une belle avant-garde à redécouvrir.
Trois ans après l’importation en France du « bois brésil » d’Oswald de Andrade et conçu, comme l’indique le retour du sous-titre « Poésie et Manifeste », en vertu de ce même concept visant à répondre à une certaine urgence intempestive : un nouveau vade-mecum des avant-gardes périphériques. On voit quelquefois paraître des livres qui normalement ne paraissent pas…


Manuel Maples Arce
Stridentisme !
Poésie & Manifeste
(1921-1927)

Édition bilingue & illustrée

Textes réunis & établis,
traduits de l’espagnol (Mexique),
présentés & annotés
par Antoine Chareyre

Le Temps des Cerises (Paris), coll. « Commun’art »
16 x 16 cm, 372p., 25€
(paru le 14 novembre 2013)



Mexico, 1921 : un jeune poète placarde au coin des rues un confondant Comprimido estridentista, synthèse des multiples « ismes » d’Europe à l’usage du Mexique postrévolutionnaire. Avec ce manifeste, Maples Arce (1900-1981) fonde le Stridentisme, l’une des premières et des plus significatives avant-gardes d’Amérique latine. Une demi-décennie durant d’agitation culturelle, de nouveaux manifestes collectifs et de revues éphémères, il publie les recueils Andamios interiores, poemas radiográficos (1922), Urbe, super-poema bolchevique en 5 cantos (1924) et Poemas interdictos (1927). Au-delà des pièces d’anthologie, le présent volume entend donner à lire ces textes essentiels d’un auteur longtemps mésestimé, mais aussi, au gré d’un appareil critique, documentaire et iconographique fourni, à comprendre et à voir un mouvement encore méconnu en France. Ami de Diego Rivera et des muralistes, tôt salué par Borges, traduit par John Dos Passos, tiré des archives par Roberto Bolaño, le chef de file du Stridentisme méritait sans doute les soins de cette première édition d’ensemble en français. [4e de couverture]

Ouvrage publié avec le soutien du Programme d’Aide à la Traduction (PROTRAD) dépendant d’institutions culturelles mexicaines, et du Centre National du Livre (CNL).



# Rendez-vous autour du livre…

Rencontre autour de la collection « Commun’art » des éditions Le Temps des Cerises, avec la participation de Juliette Combes-Latour, d’Henri Deluy et du traducteur de Maples Arce, événement organisé par l’association La Scène du Balcon en lien avec le thème du 16e Printemps des Poètes, « Au cœur des arts », le mercredi 19 mars à 19h30, Mairie du 2e arrondissement (8, rue de la Banque),

...Présentation de louvrage en présence du traducteur, lecture bilingue par les poètes Francis Combes et Pablo Urquiza, et débat, le mercredi 26 février à 19h30 à la Librairie Delamain (155 rue Saint Honoré, Paris 1er),

Table ronde avec Serge Fauchereau, Juan Manuel Bonet et le traducteur, le mercredi 15 janvier à 19h à l’Instituto Cervantes (7 rue Quentin Bauchart, Paris 8e),

…sur le site Poezibao pour lire l’« Avant-propos » du volume (donné en avant-première) : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2013/10/carte-blanche-avant-propos-à-manuel-maples-arce-stridentisme-poésie-manifeste-1921-1927-par-antoine-.html,

…au Centre Pompidou, dans le cadre de l’exposition « Modernités plurielles, 1905-1970 », pour scruter un rare exemplaire du manifeste de fondation du Stridentisme.



# La presse en parle

« Par la grâce d’un érudit minutieux et passionné, voici que nous revient, superbement traduite, l’œuvre d’un poète mexicain dont le retentissement dans les années vingt du siècle dernier fut sans doute aussi grand que celui d’un Rubén Darío à la génération précédente. Sous forme de documents graphiques, de manifestes et d’une minutieuse étude des textes intégralement reproduits et traduits, le singulier mouvement « stridentiste » reparaît ici en une trajectoire ressuscitée. […] Ajoutons seulement que le travail du traducteur et commentateur, Antoine Chareyre, est tout à fait remarquable, tant par sa substantielle postface, qui est un véritable essai, que par les notes abondantes que pour une fois on a toujours plaisir à lire. »
(Jacques Fressard, « Maples Arce le stridentiste », La Nouvelle Quinzaine littéraire, n°1094, du 1er au 15 décembre 2013.)

« Le Temps des Cerises nous régale coup sur coup de deux livres délectables : Stridentisme !, un volume traduit par Antoine Chareyre, jeune traducteur dont nous n’avons pas eu l’occasion de parler encore, consacré à la figure d’un Mexicain notablement méconnu en France, Manuel Maples Arce, animateur du stridentisme dans les années 1920. […] »
(Éric Dussert, « Des nouvelles… », billet du 14 novembre 2013 sur L’Alamblog.)

« Il reste beaucoup de trouvailles à faire dans la jungle littérature des années 1920 […] témoign[e] de cette époque d’excitation confuse […] le Stridentisme ! du Mexicain Maples Arce, étonnant avatar du futurisme d’outre-Atlantique »
(Éric Dussert, « Proses de Dada », Le Matricule des Anges, n°150, février 2014.)

« Avant ce jour, Manuel Maples Arce n’avait été donné à lire qu’une fois aux lecteurs francophones : c’était en 1936 et c’était ses « Poèmes interdits » dont la traduction d’Edmond Vandercammen était destinée aux Bruxellois Cahiers du Journal des Poètes. Soixante-huit pages en quatre-vingt ans, ça n’était pas de trop pour ce Mexicain moderniste, auteur d’un Urbe, super-poema bolchevique en 5 cantos (1924) traduit par John Dos Passos en 1929 (N. Y., T. S. Book Company), ou des Poemas interdictos (Xalapa, Horizonte, 1927) dont la modernité indéniable avait échappé de ce côté de l’Atlantique.
Servi avec de très belles gravures sur bois d’époque dans un agréable et souple volume sur papier couché, ses œuvres sont désormais accessibles, traduites et commentées par Antoine Chareyre qui nous éclaire sur ce personnage. Et pour commencer par son manifeste stridentiste qui mérite citation : […]
On voit le gaillard. Si remarquable, au fond, qu’après un court passage par l’oubli, il traverse deux romans contemporains, l’Ombre de l’ombre de Paco Ignacio Taibo II (Rivages, 1992) et surtout Les Détectives sauvages (1998 ; Folio, 2010) du regretté Chilien Roberto Bolaño (1953-2003). Indice sur le double intérêt du personnage Manuel Maples Arce et de sa poésie qui se faufile entre « Paroxysme », « Révolution » et « Saudade ».
À l’époque où les avant-gardes se pressaient à s’en user les coudières, il est juste de rendre au Stridentisme sa place et ses écrits. La « Chanson depuis un aéroplane » suffirait presque, d’ailleurs, à le faire anthologiser, ainsi que ses odes à la ville, à la révolution, et ses trouvailles, comme celle du « romantisme cannibale de la musique yankee ». Plein de charme et de vigueur, il est le frère des poètes des années 1920, celui qui revient et que l’on ne peut plus négliger. »
(Éric Dussert, « Manuel Maples Arce et le stridentisme », billet du 16 mars 2014 sur L’Alamblog.)

« L’éternelle juvénilité des avant-gardes paraît une nouvelle fois prouvée, avec ce livre d’Antoine Chareyre, qui rend au poète mexicain Manuel Maples Arce la place qui lui revenait déjà de droit parmi les inventeurs poétiques des années vingt du XXe siècle. Car il aura fallu qu’un Mexicain né en 1900, un Chilien né en 1953, un Français enfin, né dans les années quatre-vingt, tous trois jeunes poètes, l’un traducteur, se rencontrent par-delà les générations pour que naisse enfin cette édition en français du manifeste inaugural et des recueils de poésie stridentistes du premier d’entre eux.
Mexico, 1921 : Manuel Maples Arce, 21 ans, lance tel un brûlot le premier manifeste stridentiste, imprimé sur une feuille volante qu’il placardera sur les murs du centre de la ville. La feuille est vouée à être périodique, elle porte un numéro 1, elle s’intitule Actual. Hoja de vanguardia. Mexico, 1976 : Roberto Bolaño, 23 ans, lui-même membre fondateur de la néo-avant-garde poétique des infraréalistes, proclame la parenté entre les deux mouvements […]. Qu’ils étaient donc alors relégués au second plan, les stridentistes ! Évincés, et rondement, du futur canon littéraire dès la fin des années vingt, par les poètes du trop sage groupe des “Contemporáneos” mexicains […]. Mais la justice poétique est encore la meilleure, et c’est dans la fiction des Détectives sauvages que le redresseur de torts Bolaño, devenu romancier, achèvera de rendre leur honneur de poètes aux stridentistes. C’est là aussi, dans ce roman d’aventures où art et vie ne font qu’un, […] qu’Antoine Chareyre trouvera la confirmation de l’importance du mouvement stridentiste. Paris, 2013 : Antoine Chareyre, le plus âgé des trois, publie Stridentisme !
[…] L’édition d’Antoine Chareyre est précieuse car les poèmes sont présentés en version bilingue, les maquettes et couvertures initiales des recueils, reproduites en fac-similé. Et c’est l’esprit même du groupe stridentiste qui apparaît là, fondé sur la complicité entre écrivains et artistes visuels […]. Le format du livre édité par le Temps des Cerises se prête élégamment à cette mise en valeur de l’interprétation réciproque des textes et des images. »
(Florence Olivier, « Notes de lecture », Europe, n°1020, avril 2014, p.343-345.)

« Ces œuvres, oubliées et sous-estimées, sont remises en lumière par cet ouvrage. [...] Le stridentisme étant encore méconnu en France, l’ouvrage affiche son but didactique. La partie « Dossier » souhaite ainsi guider et éclairer le lecteur à l’aide de documents d’époque. On découvre des reportages et des comptes rendus mais également des articles et propos de Maples Arce […]. La postface permet enfin une approche historique des textes et du parcours du poète. Plus qu’un simple recueil de textes, l’ouvrage souhaite faire connaître cet élan intellectuel souvent ignoré. […] Les fondements, les motivations et la portée du stridentisme sont ainsi mis en lumière, une lumière qui jette encore des feux pour notre temps. »
(Ambre Blondeau« Stridentisme », La Revue du Projet, n°38, juin 2014, en ligne : http://projet.pcf.fr/55902)

قليلون هم الأشخاص في العالمَين العربي والغربي الذين سمعوا باسم مانويل مابليس آرس 1900 - 1981، علماً أنه شاعر كبير أسس في المكسيك حركة طليعية مجيدة عُرفت تحت تسمية"الصريرية"Stridentisme وترك بيانات ونصوصاً شعرية ونقدية ومجلات لا تقل أهميةً براديكاليتها وشحنتها الثورية عن تلك التي أصدرتها الطلائع الأوروبية في الفترة ذاتها. هذا ما يتجلى في الكتاب الضخم الذي أصدرته حديثاً دار Le Temps des Cerises الباريسية ويتضمن في جزئه الأول الترجمة الفرنسية لدواوين مابليس آرس الثلاثة والبيانات الأربعة لحركته، وفي جزئه الثاني وثائق تاريخية تنير الظرف الذي نشط فيه، هو ورفاقه، وتسمح بالتالي بفهم حياتهم وأُسس اقتراحاتهم وأبعادها داخل المكسيك وداخل الفضاء الطليعي الدولي عموماً.
(Antoine Jockey, « كتابات مابليس آرس وحركته الطليعية في كتاب . حركة "الصريرية" المكسيكية تعود الى واجهة الشعر العالمي », Al Hayat, 22 novembre 2013.)

Choses vues / Coisas vistas

Pariceia desvairada...

Portrait de Mário de Andrade, Belleville, Paris, février 2014 (photo A. C.)

Que l’on vienne, à pied s’entend, de la rue du Transvaal, de la rue des Envierges ou encore de la rue Piat, selon sa fantaisie, c’est toujours avec gratitude et un soupçon de saisissement que l’on débouche sur ce parvis-promontoire qui surplombe le Parc de Belleville, et d’où se révèle cette vue sur Paris qui, pour n’être pas la plus connue peut-être, est assurément l’une des plus belles (quoique non sans défauts). J’ai toujours trouvé à cette étrange coudée aux fausses allures de cul-de-sac, un air de bout du monde — un café ainsi qu’une boulangerie-pâtisserie, occupant eux-mêmes des angles d’immeubles, nous y offrent une dernière chance de sociabilité ; dailleurs l’ultime fontaine Wallace s’est perdue là —, un je-ne-sais-quoi d’indifférent à la pesanteur de la ville, promesse d’un délestage salvateur ou invitation à quelque ailleurs indéfini.

Ainsi étais-je comme préparé à découvrir, il est vrai, débouchant là pas plus tard que l’autre jour, le portrait à moi familier de Mário de Andrade ele mesmo, placardé sur le mur d’enceinte du parc susnommé. Stupeur, néanmoins — évidemment. Invité là, le poète de Pauliceia desvairada (São Paulo hallucinée) ? — ce « tupi qui joue du luth », ce chantre définitif de sa ville natale, « gallicisme hurlant dans les déserts de l’Amérique », cet amoureux de son pays qui ne sacrifia jamais, en chair et en os, au rituel du voyage en Europe, contrairement à la plupart de ses camarades modernistes — et n’invoque-t-il pas en ce moment-même, sur une cimaise du Centre Pompidou, la parisienne et cosmopolite Tarsila à rentrer au pays ? Et d’insinuer, par sa présence de papier-collé, quelque chose de son expressionnisme tropical, de son futurisme-malgré-lui, enfin de son desvairismo (« hallucinisme ») dans la capitale métamorphosée, car en effet Paris était aussi, ce jour-là, « arlequinesque », « cendre et or », « lumière et brume »…

Mais enfin, quel artiste de rue — Brésilien de Belleville pris de soudaine saudade, Parisien lusophile ? — a donc bien pu avoir l’idée incongrue d’afficher là cette icône anonyme ? Combien, parmi les innocents badauds, auront identifié le personnage ? Je ne sais. (Car, on l’admettra, rayonnent d’une tout autre aura les graffitis un peu plus notoires du Che, de Rimbaud ou de Pessoa…) Un doute me taraude, tout à coup : aurait-on multiplié dans tout Paris la trombine intempestive de Mário de Andrade ? lui a-t-on accordé, sur des murs circonvoisins, la compagnie d’autres poètes, écrivains ou artistes brésiliens ? Appel à témoins.

RETOUR DE FLÂNERIE : on s’affaire à boucler l’édition française de Paulicéia desvairada, annoncée depuis quelque temps avec d’autres textes (théoriques et critiques) du même, en 2 volumes.

* * *

(En attendant, chacun exigera chez son libraire les romans Aimer, verbe intransitif et Macounaïma, les notes de L’Apprenti Touriste, l’anthologie La Poésie du Brésil, pour tel poème choisi par Max de Carvalho, ou encore le long essai sur la poésie de Luís Aranha en annexe aux Cocktails de ce dernier : http://boisbresilcie.blogspot.fr/2010/11/qui-connait-luis-aranha.html.)

(Par ailleurs, on s’en est assuré avant qu’elle ne s’effrite tout à fait, l’effigie a pu accorder sa muette bénédiction au travail prometteur d’une traductrice inspirée, à qui l’on devra bientôt de lire les Contos novos en français.)




Especialmente para nossos prezados leitores lá no Brasil :

Que venhamos, a pé certamente, da rua du Transvaal, da rua des Envierges ou ainda da rua Piat, segundo a própria fantasia, é sempre com gratidão e uma ponta de emoção que damos nesta praça-promontório que se eleva sobre o Parque de Belleville, e de onde se revela esta vista de Paris que, por não ser, talvez, a mais conhecida, é seguramente uma das mais belas (ainda que não sem defeitos). Sempre encontrei nesse estranho canto com falsos ares de beco sem saída, um quê de fim de mundo — um café e uma padaria-confeitaria, eles mesmos ocupando ângulos de prédios, nos oferecem uma última chance de sociabilidade ; aliás, a última fonte Wallace perdeu-se ali —, um não sei que de indiferença pela cidade pesada, promessa de alívio salvador ou convite para um outro mundo indefinido.

Assim estava eu, como que preparado para descobrir, admito, dando ali, não mais tarde que no outro dia, com o retrato familiar de Mário de Andrade ele mesmo, colado numa coluna da cerca do parque acima nomeado. Espanto, contudo — evidentemente. Convidado ali, o poeta da Pauliceia desvairada ? — esse « tupi tangendo um alaúde », esse cantor definitivo de sua cidade natal, « galicismo a berrar nos desertos da América », esse apaixonado por seu país que nunca se submeteu, em carne e osso, ao ritual de viagem à Europa, contrariamente à maioria de seus camaradas modernistas — e não invocaria ele, neste exato momento, sobre uma parede do museu do Centre Pompidou, a parisiense e cosmopolita Tarsila do Amaral a voltar para a pátria ? Ele insinua, com sua presença de papel colado, algo do seu expressionismo tropical, do seu futurismo-malgrado-seu, enfim, de seu « desvairismo » na capital metamorfoseada, pois de fato Paris também era, neste dia, « arlequinal », « cinza e ouro », « luz e bruma »…

Mas, enfim, que artista de rua — Brasileiro de Belleville tomado de saudade, Parisiense lusófilo ? — pode ter tido a ideia inesperada de afixar ali este ícone anônimo ? Quantos, entre os transeuntes desavisados, terão identificado o personagem ? Não sei. (Pois, deve-se admitir, brilham com uma aura bem diferente os grafites um pouco mais notórios de Che, de Rimbaud ou de Pessoa…) Uma dúvida me atormenta, de repente : Teria o artista multiplicado por toda Paris a carinha intempestiva de Mário de Andrade ? Dera-lhe, em muros vizinhos, a companhia de outros poetas, escritores ou artistas brasileiros ? Busca-se testemunhas.

DEPOIS DO PASSEIO : estamos nos ocupando da finalização da edição francesa de Pauliceia desvairada, já há algum tempo anunciada, com outros textos (teóricos e críticos) do mesmo autor, em 2 volumes.

   * * *   

Enquanto se espera, cada um exigirá, na sua livraria, as traduções dos romances Amar, verbo intransitivo e Macunaíma, as notas de viagem d’O Turista aprendiz, a antologia La Poésie du Brésil, pelos poemas selecionados por Max de Carvalho, ou ainda o longo ensaio sobre a poesia de Luís Aranha em anexo no Cocktails, deste último : http://boisbresilcie.blogspot.fr/2010/11/qui-connait-luis-aranha.html.)

(Além disso, e nos asseguramos disto antes que ela se esfarele totalmente, a afígie deu sua muda benção ao trabalho promissor de uma tradutora inspirada, a quem deveremos, em breve, a leitura dos Contos novos em françês.)


(Tradução do francês por Edilson Oliveira de Carvalho.)

14 mars 2014

Là où il faut être

Musique et poésie
du Brésil*

Lecture par Irène Jacob
et Rita Maubert
Piano : Andrea Corazziari

vendredi 4 avril à 21h
Amphithéâtre Richelieu, Université Paris-Sorbonne
(17 rue de la Sorbonne, Paris 5e)

« Invitation à un voyage sensoriel et à la célébration d’une démesure propre au Brésil, à l’image de la musique et de la poésie du Brésil. Irène Jacob, en français, et Rita Maubert, en portugais, nous proposent une brassée de poèmes accompagnée au piano par Andrea Corazziari.
Les textes sont issus de La Poésie du Brésil. Anthologie du XVIe au XXe siècle établie par Max de Carvalho, Magali de Carvalho et Françoise Beaucamp aux éditions Chandeigne.
Œuvres de Heitor Villa-Lobos, Claudio Santoro, Christian Lauba. »

Événement organisé dans le cadre du Festival Raccord(s) (à l’initiative des Éditeurs Associés) et avec le partenariat du département de Portugais – Université Paris-Sorbonne.

Entrée libre sur réservation
auprès du service culturel de l’université :
agenda-culturel@paris-sorbonne.fr
ou 01 40 46 33 72

http://lesediteursassocies.com/webshop/festival


* En librairie :
La Poésie du Brésil, Anthologie du XVIe au XXe siècle
Édition bilingue
Choix, présentation et traduction de Max de Carvalho,
en collaboration avec Magali de Carvalho et Françoise Beaucamp, et avec la participation d'Ariane Witkowski, Isabel Meyrelles, Inês Oseki-Dépré, Patrick Quillier et Michel Riaudel
Éditions Chandeigne (Paris), « Bibliothèque Lusitane », 2012, 1512p., 42€ 

2 mars 2014

Là où il faut être - Printemps des poètes

Rencontre
autour de la collection
« Commun’art »
des éditions
Le Temps des Cerises

mercredi 19 mars à 19h30
 à la Mairie du 2e arrondissement
(8, rue de la Banque, Paris)


La jeune collection « Commun’art », dirigée par Juliette Combes-Latour aux éditions Le Temps des Cerises, entend proposer des textes inédits ou introuvables d’historiens, de critiques, de poètes ou d’artistes, comme autant de contributions à une histoire sociale de l’art.

Parmi les cinq titres publiés, deux sont déjà consacrés au poète russe Vladimir Maïakovski : L’amour, la poésie, la révolution (2011), édition et traduction d’Henri Deluy, regroupant les poèmes La flûte de vertèbres, J’aime, De ça et Vladimir Ilitch Lénine, avec des « Adresses à Vladimir » par H. Deluy et des illustrations d’Alexandre Rodtchenko ; et Théâtre (2013), édition de Claude Frioux regroupant les pièces La Punaise, Bains publics et Moscou brûle, dans les traductions de C. Frioux, Marianne Gourg-Antuszewicz et Irène Sokologorsky, avec divers documents iconographiques.
Un autre donne à lire et à voir l’avant-garde mexicaine de Manuel Maples Arce, avec Stridentisme ! Poésie & Manifeste (1921-1927) (2013), édition et traduction d’Antoine Chareyre, avec une iconographie collective (Jean Charlot, Leopoldo Méndez, Alva de la Canal, fac-similés divers…). Un autre Paris et ses poètes, Le Baladin de Paris (2012) de Charles Dobzynski, poèmes illustrés de photographies de Louis Monier. Et enfin l’art abstrait, avec le recueil de chroniques de Roger Bordier, Quand triomphait l’art abstrait (2009), premier volume paru dans la collection…
Une soirée pour découvrir, donc, une production éditoriale qui met notamment en regard la poésie et les autres arts.

Événement programmé par l’association La Scène du Balcon dans sa 11e « Saison de lecture », en lien avec la thématique du 16e Printemps des Poètes (du 8 au 23 mars) : « Au cœur des arts ».

Avec la participation
de Juliette Combes-Latour,
d'Henri Deluy,
et du traducteur de Maples Arce.

Entrée libre et gratuite
Réservation au 01 42 96 34 98
ou par e-mail : scenedubalcon3@aol.com

Présentation des titres de la collection sur le site de l’éditeur :
http://letempsdescerises.net/